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Yvelines : le système Bédier ou comment prendre le pouvoir et le conserver

par | 7 juin 2021 | Poli­tique, Tri­bunes

Cou­ver­ture du mag­a­zine L’Ex­press paru en juin 2016. (DR)

Les élec­tions départe­men­tales sont l’oc­ca­sion pour les citoyens de choisir leurs représen­tants à l’assem­blée départe­men­tale. Yves Van­de­walle, ancien député des Yve­lines et con­seiller départe­men­tal des Yve­lines, veut nous aver­tir, par cette tri­bune parue dans son blog hier et que nous repro­duisons ci-dessous in exten­so avec son autori­sa­tion, que le départe­ment est actuelle­ment con­trôlé par un per­son­nage à bien des égards con­tro­ver­sé, preuves à l’appui ! 

« Pierre Bédi­er, le prési­dent du con­seil départe­men­tal des Yve­lines, aime le pou­voir, le pou­voir pour le pou­voir et le clien­télisme qu’il pra­tique avec une cer­taine élé­gance est en réal­ité un red­outable instru­ment de con­quête et de con­ser­va­tion du pouvoir.

Il ne s’agit pas d’acheter bête­ment les électeurs comme à Cor­beil-Essonne, mais d’une toile d’araignée con­sti­tuée patiem­ment, fondée sur des réseaux d’influence complexes.

Le fief de Mantes-la-Jolie

Dans les années 1990 il s’est d’abord con­sti­tué un fief élec­toral inex­pugnable à Mantes-la-Jolie, en s’appuyant sur les com­mu­nautés maro­caine et séné­galaise par le truche­ment d’une mul­ti­tude d’associations comme vous pou­vez le véri­fi­er en regar­dant ce reportage d’investigation de la chaîne de télévi­sion M6 dif­fusé dans le 12–45 le 14 jan­vi­er 2021.

Aujourd’hui, Mantes-la-Jolie compte 2 mosquées, la pre­mière d’inspiration wahabite à l’origine, la sec­onde sous influ­ence maro­caine vieille de deux ans.

A tel point que cer­tains évo­quent un « bédiéristan » !

Cette influ­ence par le truche­ment de très nom­breuses asso­ci­a­tions a été relevée par la Cham­bre régionale des Comptes (voir les rap­ports de la Cham­bre régionale des Comptes des 17 octo­bre et 26 sep­tem­bre 2018) car elles vivent notam­ment de sub­ven­tions publiques, un moyen de s’attacher leurs mem­bres dont cer­tains vont jusqu’à faire par­tie du con­seil munic­i­pal comme Amadou Daff, maire-adjoint, ancien prési­dent de Fader­ma, groupe­ment des asso­ci­a­tions séné­galais­es du Man­tois et mil­i­tant du par­ti de Macky Sall.

Autre exem­ple, Sidi El Haimer, ancien attaché par­lemen­taire de Pierre Bédi­er, élu munic­i­pal de longue date, pre­mier adjoint au maire actuel, mis en exa­m­en pour « sub­or­na­tion de témoin » le 3 mars 2021.

Cette influ­ence prend une dimen­sion inter­na­tionale avec la coopéra­tion décen­tral­isée du départe­ment, insti­tuée par Pierre Bédi­er, qui a l’apparence de la générosité mais qui est en réal­ité une facette d’un sys­tème clien­téliste qui pour­suit aus­si des objec­tifs poli­tiques au Séné­gal. C’est ain­si que Dicko Sall (un mem­bre de la famille du prési­dent du Séné­gal) a été employée par YCID, un organ­isme chargé de la coopéra­tion décen­tral­isée dans les Yvelines.

Une coopéra­tion décen­tral­isée qui a don­né lieu à des abus dénon­cés dans un récent rap­port de la Cham­bre régionale des Comptes sur la ges­tion de la com­mune, com­mis par Michel Via­ley, ancien maire de Mantes-la-Jolie, ancien con­seiller départe­men­tal, député LR depuis 2017.

Quant à une par­tie de la presse locale, elle est « soumise » puisqu’elle dépend des pages à car­ac­tère pub­lic­i­taire achetées par les collectivités.

L’exemple le plus récent et probant est fourni par Mantes-actu qui a pub­lié le 27 jan­vi­er 2021 un com­mu­niqué des « insti­tu­tions musul­manes » con­tre la « poli­ti­sa­tion » de Aziz El Jaouhari coupable d’avoir témoigné dans le reportage préc­ité de M6 ! Une par­faite illus­tra­tion d’un sys­tème où « le pre­mier qui dit la vérité, il doit être exé­cuté » comme le dit la chanson.

Une poli­ti­sa­tion qui n’a pas gêné Pierre Bédi­er : il s’est ren­du le 16 jan­vi­er à la mosquée Oth­mane Ibn Affane pour y défendre publique­ment sa poli­tique au mépris du principe répub­li­cain de laïcité !

Par­al­lèle­ment, Pierre Bédi­er élim­ine tous ceux qui pour­raient lui faire de l’ombre comme le séna­teur Dominique Braye qu’il a fait exclure de l’UMP par les instances départe­men­tales du par­ti alors que c’était une fig­ure incon­tourn­able du Mantois.

Cette poli­tique a‑t-elle au moins per­mis d’apaiser le quarti­er du Val Four­ré ? A en juger par les inci­dents graves qui s’y pro­duisent régulière­ment la réponse est non comme en témoignent les pres­sions pour la sécu­rité du chantier du nou­veau col­lège du Val Four­ré ou les actes con­tre la mairie.

C’est aus­si l’avis du chercheur Bernard Rougi­er qui a témoigné devant la com­mis­sion d’enquête séna­to­ri­ale « com­bat­tre la rad­i­cal­i­sa­tion islamiste » le 17 décem­bre 2019.

Je cite « La pire des sit­u­a­tions se pro­duit quand l’écosystème islamique mord sur le sys­tème poli­tique local : (…) à Mantes-la-Jolie, il faut pass­er par la mosquée pour trou­ver un loge­ment social ou un emploi dans l’équipe munic­i­pale. C’est ter­ri­ble ! Le sys­tème poli­tique devient alors un instru­ment de val­ori­sa­tion du réseau religieux. »

Conseil départemental : le retour

A l’été 2009, Pierre Bédi­er a été con­traint de quit­ter la prési­dence du con­seil départe­men­tal à la suite de sa con­damna­tion pour cor­rup­tion comme le relate le jour­nal Le Monde le 20 mai 2009.

Mais l’homme a plus d’un tour dans son sac ! En 2014, le con­seiller départe­men­tal de Mantes-la-Jolie démis­sionne ain­si que sa rem­plaçante, la pro­pre épouse de Pierre Bédi­er, ouvrant ain­si la voie à une élec­tion par­tielle qui per­met à Pierre Bédi­er de revenir siéger au con­seil départemental !

Sous pres­sion, le prési­dent du con­seil départe­men­tal, Alain Schmitz, démis­sionne à son tour un peu plus tard per­me­t­tant ain­si à Pierre Bédi­er de repren­dre la prési­dence du département !

Michel Via­ley, épinglé par la Cham­bre régionale des comptes, sera remer­cié par un man­dat de député en 2017 (député LR des Yvelines).

A la tête du départe­ment qu’il dirige comme un monar­que, Pierre Bédi­er décide de tout avec une assem­blée départe­men­tale soumise car il ne fait pas bon fâch­er le prési­dent du département.

Après avoir fait vot­er une aug­men­ta­tion mas­sive et injus­ti­fiée des impôts, plus de 60 % pour la taxe fon­cière entre 2015 et 2020, il dis­pose d’un énorme tré­sor de guerre (env­i­ron 200 mil­lions d’euros fin 2019) qui lui per­met d’assoir son pou­voir sur tout le département.

Quel élu local voudrait se fâch­er avec celui qui tient la bourse des sub­ven­tions ? De plus il n’oublie jamais ses amis, il se mon­tre généreux avec les asso­ci­a­tions et la Ville de Mantes-la-Jolie, sans compter les amis de la coopéra­tion décentralisée…

Car, sous cou­vert de générosité, la coopéra­tion décen­tral­isée est l’un des instru­ments de ce clien­télisme. Elle sert notam­ment à ren­forcer les liens entre les asso­ci­a­tions séné­galais­es de Mantes-la Jolie et leur pays d’origine comme cela a été relevé par la Cham­bre régionale des Comptes qui s’est éton­née de leur nombre !

N’est-il pas sur­prenant qu’en 2018, 59 % des crédits de la coopéra­tion décen­tral­isée ont été util­isés par le réseau yveli­nois et non pour financer des actions de ter­rain au Séné­gal ou dans d’autres pays ?

Echange de bons procédés, Pierre Bédi­er s’est engagé dans l’élection prési­den­tielle séné­galaise de 2019 en faveur de Macky Sall qu’il est allé soutenir dans une région béné­fi­ci­aire des aides départe­men­tales (!!!) où a été con­stru­ite la Mai­son des Yve­lines » dont la Cham­bre régionale des Comptes n’a pas pu véri­fi­er les fac­tures ni l’intérêt.

Cer­tains pensent que ses réseaux ont per­mis à Pierre Bédi­er de s’emparer de la prési­dence de la Fédéra­tion LR des Yve­lines (qui investit les can­di­dats aux élec­tions…, il faut pré­par­er l’avenir !) grâce à une avalanche de plusieurs cen­taines de nou­veaux adhérents dans la cir­con­scrip­tion de Mantes-la-Jolie juste avant l’élection !!!

A la tête du départe­ment, Pierre Bédi­er a aus­si ren­for­cé son influ­ence sur la presse locale grâce à des sub­ven­tions départe­men­tales ou via l’acquisition de pages publicitaires.

Le point d’orgue, le couron­nement même, c’est la créa­tion de son par­ti poli­tique per­son­nel « Ensem­ble pour les Yve­lines », éma­na­tion du groupe poli­tique majori­taire à l’Assemblée départe­men­tale, pour les prochaines élec­tions départementales.

Dernier épisode en date de cette main­mise, le 30 jan­vi­er 2021 les amis (et quelques « com­pagnons de route ») de Pierre Bédi­er ont pris la tête de l’Union des Maires des Yve­lines avec pour prési­dent Pierre Fond (déjà pre­mier vice-prési­dent du départe­ment !), Anne Cabrit (secré­taire départe­men­tale de LR dont Pierre Bédi­er est le prési­dent !) et Raphaël Cognet, maire de… Mantes-la-Jolie !

Jusqu’où aller trop loin ?

Ce sys­tème atteint par­fois ses lim­ites lorsque sur­gis­sent des con­flits d’intérêts.

En cumu­lant les fonc­tions de prési­dent du Con­seil départe­men­tal et de prési­dent de Cital­lios, une société d’aménagement dont il a été l’un des ini­ti­a­teurs, Pierre Bédi­er a ten­té d’imposer cette société d’aménagement au maire de Ver­sailles qui a réa­gi publique­ment dans un arti­cle du jour­nal Le Parisien le 3 avril 2018.

Sor­tant de sa réserve habituelle, le maire de Ver­sailles, la plus grande com­mune du départe­ment, a dénon­cé l’opération et le sys­tème clien­téliste de Pierre Bédi­er ! Un luxe que seul le maire de Ver­sailles et prési­dent de la com­mu­nauté de Ver­sailles-Grand-Parc peut s’offrir !

Depuis, Pierre Bédi­er a été con­traint de quit­ter la prési­dence de Cital­lios car la prési­dence d’un tel organ­isme est inter­dite à vie aux per­son­nes con­damnées pour corruption.

Ce qui ne l’empêche pas de con­tin­uer à présider les « Rési­dences Yve­lines Essonne » en toute illégalité !

Tout cela est-il grave ?

Oui, car ce sys­tème trans­forme les citoyens en sujets et con­trarie toute alter­nance démocratique.

Tout le con­traire d’une démoc­ra­tie fondée sur la lib­erté et l’intérêt général :

  • Il n’y a plus de lib­erté car les indi­vidus sont pris dans des réseaux d’intérêts où ils n’ont plus de libre-arbitre.
  • C’est un sys­tème con­traire à l’intérêt général et par nature coû­teux. Les choix ne sont pas tou­jours faits en fonc­tion de l’intérêt général mais de rela­tions per­son­nelles et il faut pour cela beau­coup d’argent et par con­séquent beau­coup d’impôts. »

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