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Une dégradation, sans précédent, de l’accès aux soins, des enjeux de santé au cœur du vote des Français à la présidentielle

par | 11 jan­vier 2022 | Poli­tique, Socié­té

Obser­va­teur atten­tif du rap­port des Fran­çais aux enjeux de san­té publique, le labo­ra­toire Bio­ga­ran a com­man­dé à l’IFOP une enquête sur l’é­tat de la san­té en France.  

A l’heure où l’ampleur de la cin­quième vague du Covid-19 remet la ges­tion de la crise sani­taire au cœur des débats publics, quelle va être la place des ques­tions de san­té dans la cam­pagne et le vote des Fran­çais à l’élection pré­si­den­tielle ? Leurs pré­oc­cu­pa­tions en la matière sont-elles seule­ment liées aux effets de la crise du Covid-19 sur le sys­tème de san­té, notam­ment sur l’hôpital, ou éga­le­ment l’expression d’un malaise plus struc­tu­rel lié à la dégra­da­tion de l’accès à la méde­cine de ville ? Dans un contexte mar­qué par un sen­ti­ment de dégra­da­tion géné­rale de l’accès aux soins en France, com­ment les Fran­çais per­çoivent-ils le rôle des dif­fé­rentes pro­fes­sions de san­té, notam­ment l’évolution des mis­sions des phar­ma­ciens qui ont joué un rôle pivot face à la crise sani­taire (test, vac­ci­na­tions, masques) ?

La santé, l’enjeu majeur de la présidentielle 2022

A la faveur d’une épi­dé­mie ayant eu le mérite de bra­quer les pro­jec­teurs sur un sujet relé­gué géné­ra­le­ment au second plan des cam­pagnes élec­to­rales, les ques­tions de san­té s’imposent aujourd’hui lar­ge­ment en tête des enjeux de l’élection pré­si­den­tielle : 80 % des votants poten­tiels déter­mi­ne­ront leur vote en fonc­tion des enjeux de san­té, soit net­te­ment plus qu’en fonc­tion des enjeux iden­ti­taires ou sécu­ri­taires (74 % pour l’insécurité, 74 % pour le ter­ro­risme 56 % pour l’immigration), ayant récem­ment satu­ré le débat public. Si cette sen­si­bi­li­té accrue aux ques­tions de san­té doit beau­coup à la crise du Covid-19 (+18 points par rap­port à 2017), il faut rap­pe­ler que la san­té pesait déjà beau­coup dans le vote des Fran­çais aux der­niers scru­tins pré­si­den­tiel (2017), euro­péen (2019) et régio­nal (pre­mier motif du vote, à 67 % en juin 2021).

Bien que plu­sieurs can­di­dats soient récem­ment pas­sés à l’offensive sur ce thème, en allant à la ren­contre des blouses blanches (Valé­rie Pécresse, Yan­nick Jadot, Anne Hidal­go, Marine Le Pen…), l’impression géné­rale reste un défi­cit de trai­te­ment de ces enjeux de san­té dans le débat élec­to­ral actuel : 50 % des Fran­çais trouvent qu’ils sont « insuf­fi­sam­ment » abor­dés dans la cam­pagne pré­si­den­tielle, contre 19 % qui jugent que les médias et les can­di­dats en parlent « suf­fi­sam­ment » et 31 % comme il faut. La pré­sen­ta­tion par cer­tains can­di­dats de pre­mier plan (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélen­chon…) de leur pro­gramme pour la san­té, cou­rant jan­vier 2022, les fera peut-être évo­luer mais en atten­dant, l’opinion est clai­re­ment insa­tis­faite de la manière dont les acteurs poli­tiques prennent en charge leurs attentes dans ce domaine.

Une préoccupation qui n’est pas que le fruit de la crise du Covid-19 mais aussi le produit d’une dégradation structurelle et continue de l’accès aux soins en France

L’inquiétude sur ces enjeux de san­té n’est pas seule­ment liée à la crise du Covid-19. Certes, nom­breux sont les son­dés qui par­tagent les craintes liées à l’impact que le Covid-19 peut avoir sur la qua­li­té (87 % d’inquiétudes) et le finan­ce­ment (85 % d’inquiétudes) du sys­tème de san­té. Tou­te­fois, les Fran­çais sont tout autant inquiets par des phé­no­mènes plus struc­tu­rels comme la baisse de la pro­duc­tion de médi­ca­ments en Europe (85 %) et l’impact du vieillis­se­ment sur l’équilibre du sys­tème de san­té (82 %).

Les pré­oc­cu­pa­tions des Fran­çais sur ces sujets sont en réa­li­té l’expression d’un malaise « struc­tu­rel » lié à la dégra­da­tion de l’accès à la méde­cine de ville. La dégra­da­tion du sys­tème de san­té consti­tue en effet un sen­ti­ment ancien, qui s’est accru ces der­nières années à cause des dif­fi­cul­tés crois­santes d’accès à la méde­cine de ville comme aux struc­tures d’urgence : 74 % des Fran­çais estiment ain­si que le sys­tème de san­té s’est dégra­dé ces der­nières années, soit une pro­por­tion lar­ge­ment supé­rieure à celle que l’IFOP pou­vait mesu­rer il y a 15 ans (57 % en février 2007).

Il est vrai qu’une large majo­ri­té de Fran­çais (70 %) ont déjà dû renon­cer au moins une fois à des soins pour des motifs de délais, de coût ou de dis­tance. Pour la plu­part d’entre eux, il ne s’agit pas d’une loin­taine expé­rience de jeu­nesse : près de la moi­tié des Fran­çais (45 %) ont renon­cé à un soin au cours des deux der­nières années et 15 % en ont fait l’expérience il y a deux à cinq ans. Enfin, de telles mau­vaises expé­riences ont lit­té­ra­le­ment explo­sé en une quin­zaine d’années. La pro­por­tion de Fran­çais ayant dû se résoudre à ne pas consul­ter un méde­cin en rai­son de délais d’attente trop longs a, par exemple, dou­blé en quinze ans pour les géné­ra­listes (51 % en 2021 contre 23 % en 2007). Révé­la­teur de l’ampleur de la « déser­ti­fi­ca­tion médi­cale », le nombre de patients ayant renon­cé à un ren­dez-vous médi­cal pour des ques­tions de dis­tance est, quant à lui, quatre fois plus éle­vé qu’il y a quinze ans.

Une opinion publique favorable à une évolution du rôle des pharmaciens dans le système de santé

Dans ce contexte de dégra­da­tion de l’accès aux dif­fé­rentes pro­fes­sions, les phar­ma­ciens se dis­tinguent en étant jugés comme des acteurs « d’accès facile » par la qua­si-tota­li­té des Fran­çais : 95 % les jugent d’un accès facile, contre 67 % pour les géné­ra­listes (-21 points depuis 2007) et 48 % pour les den­tistes.

Enfin, les Fran­çais se montrent très mas­si­ve­ment favo­rables à un élar­gis­se­ment des mis­sions des phar­ma­ciens qui ont pu en faire la preuve durant la crise du Covid-19. Aujourd’hui, 80 % des Fran­çais adhèrent à l’idée que les phar­ma­ciens puissent pro­cé­der à des vac­ci­na­tions (+10 points depuis 2018) ou aient le droit de modi­fier des ordon­nances (+8 points depuis 2018), soit des hausses signi­fi­ca­tives en moins de 3 ans.

Le point de vue de Fran­cois Kraus sur l’enquête

« Jamais les ques­tions de san­té n’ont été un thème aus­si fort lors d’une cam­pagne pré­si­den­tielle. Or, les pré­oc­cu­pa­tions des Fran­çais ne sont pas uni­que­ment liées à l’impact que la crise du Covid-19 peut avoir sur le sys­tème et les pro­fes­sion­nels de san­té : elles reflètent aus­si une aspi­ra­tion à des réformes de fond s’attaquant aux dif­fi­cul­tés struc­tu­relles du sys­tème de san­té. Dans ce contexte, la dif­fi­cul­té pour le gouvernement/candidat Emma­nuel Macron sera de mieux faire connaître le plan sans pré­cé­dent que consti­tue le « Ségur de la San­té » (19 mil­liards d’investissement, 9 mil­liards pour les salaires) et cer­taines réformes struc­tu­relles comme la fin du nume­rus clau­sus ou la créa­tion des mai­sons de san­té. Sans cela, le pré­sident sor­tant risque toute la cam­pagne de prê­ter le flanc aux cri­tiques sur son inac­tion, par exemple contre les fer­me­tures de lits ou les déserts médi­caux. »

Le point de vue de Jérôme Wiro­tius, Direc­teur Géné­ral de Bio­ga­ran sur l’enquête

« L’é­tude réa­li­sée par l’I­FOP révèle l’inquiétude gran­dis­sante des Fran­çais pour le sys­tème de san­té (74 % estiment qu’il s’est dégra­dé), mal­gré les réformes depuis quinze ans (HPST, loi de moder­ni­sa­tion, Ma san­té 2022, Ségur, …). Para­doxa­le­ment, en dehors de la crise sani­taire, le débat sur le sys­tème de san­té est aujourd’hui qua­si­ment absent de la cam­pagne pré­si­den­tielle alors qu’il s’agit pour­tant du déter­mi­nant n°1 du vote des Fran­çais (en hausse de 18 points par rap­port à 2017). Dans ce contexte, nous consta­tons que les Fran­çais sont prêts à une refonte glo­bale des mis­sions des pro­fes­sion­nels de san­té pour sau­ver le modèle de san­té fran­çais. L’accroissement du rôle du phar­ma­cien, qui a déjà été le pivot de la crise sani­taire, notam­ment pour les cam­pagnes de test et de vac­ci­na­tion, est ain­si plé­bis­ci­té en rai­son notam­ment de sa dis­po­ni­bi­li­té (95 % des Fran­çais jugent leur accès « aisé »). Le maillage offi­ci­nal notam­ment dans les ter­ri­toires ruraux explique, à n’en pas dou­ter, ce sen­ti­ment de dis­po­ni­bi­li­té per­ma­nente. C’est d’ailleurs ce qui a une nou­velle fois mené le ministre de la San­té à s’ap­puyer sur les phar­ma­ciens pour la déli­vrance d’au­to­tests dans le cadre de la poli­tique de dépis­tage, notam­ment des enfantsPlus glo­ba­le­ment, alors qu’on dénombre aujourd’hui près de 1900 mai­sons de san­té, cette étude pose la ques­tion du ren­for­ce­ment des mis­sions de ces pro­fes­sion­nels de proxi­mi­té : l’État ne devrait-il pas s’appuyer davan­tage sur les 21 000 offi­cines fran­çaises pour mettre fin à ce sen­ti­ment d’abandon des Fran­çais sur les ques­tions d’accès aux soins ? »

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