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La dernière traversée, fluviale, de notre territoire par l’empereur Napoléon Ier

par | 4 juin 2021 | His­toire

Pas­sage du bateau trans­por­tant les cendres de Napo­léon devant le Châ­teau de Maisons 

Nous sommes en retard pour com­mé­mo­rer le bicen­te­naire de la mort de Napo­léon Bona­parte ; par contre, ne sachant pas où et dans quel état nous serons dans dix-neuf ans, nous pre­nons de l’avance pour rela­ter le retour de ses « cendres », trans­por­tées céré­mo­nieu­se­ment par la Seine.

Après un résu­mé de l’origine et de la pre­mière par­tie de l’expédition, nous la sui­vrons pen­dant les jour­nées du same­di 12 décembre 1840 et du len­de­main, entre Mantes et Mai­sons, grâce au récit de per­sonnes qui y ont par­ti­ci­pé. Nous connais­sons plu­sieurs habi­tants de nos rives de la Seine dont le fort sou­ve­nir de Napo­léon les a, cer­tai­ne­ment, fait assis­ter au pas­sage de la flot­tille. Vic­toires et défaites ! Pour ou contre l’empereur Napo­léon ? Déjà, lors du retour de son exil en cap­ti­vi­té à Sainte-Hélène, les opi­nions étaient diverses sur les deux rives de la Seine dans notre ter­ri­toire, comme le montrent deux témoi­gnages qui auraient pu être recueillis par un ancêtre du J2R, que nous nom­mons La Gazette séqua­nienne.

Les précédents passages de Napoléon sur nos rives de la Seine

Les visites, par l’empereur, de villes de notre par­tie de l’ancien Dépar­te­ment de la Seine & Oise, n’ont pas été assez nom­breuses pour don­ner la matière d’un article. Certes, il était sou­vent venu chas­ser dans les bois de l’Hautil avec son ami Louis Lepic, qui rési­dait à Mau­re­court depuis 1808, avant de se reti­rer dans la pro­prié­té de sa belle-famille à André­sy(1).

Nar­cisse Noël a rela­té, avec de nom­breux détails issus des archives muni­ci­pales de Pois­sy(2), la visite que Napo­léon avait faite, le 2 juin 1810, peu après son mariage avec Marie-Louise, aux Pis­ciens (leurs des­cen­dants sont nom­més les Pis­cia­cais). C’était au retour d’une tour­née en Nor­man­die. Il était pas­sé sur le pont de la Seine, sous un arc de triomphe qui avait été construit en son milieu. Napo­léon y fit arrê­ter sa voi­ture et le maire y pro­non­ça un dis­cours d’accueil. Dans la grande rue, ornée de dra­peaux, de guir­landes et de fleurs, la popu­la­tion, for­mant une haie, accla­mait le cor­tège impé­rial ; celui-ci conti­nua son tra­jet vers Paris par Saint-Germain-en-Laye.

Un peu plus de trente ans plus tard, le 9 novembre 1840, le pré­fet infor­ma le maire de Pois­sy que les restes mor­tels de Napo­léon pas­se­ront dans sa ville à la mi-décembre. Tou­te­fois, pour ce der­nier voyage, il s’agira d’un cor­tège flu­vial qui pas­se­ra sous le pont.

L’origine et la première partie du retour des cendres

Une pré­ci­sion s’impose : le terme « cendres » a été, alors, employé dans un sens figu­ré, dési­gnant une dépouille mor­tuaire. Un codi­cille du tes­ta­ment de Napo­léon pré­ci­sait sa demande d’être inhu­mé « sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple fran­çais [qu’il avait] tant aimé ». Après son décès, le gou­ver­ne­ment de Louis XVIII refu­sa ce retour, crai­gnant des troubles poli­tiques qu’il aurait pu pro­vo­quer. Dix ans après la Révo­lu­tion de juillet 1830, les Trois Glo­rieuses, Adolphe Thiers, nou­veau Pré­sident du Conseil, obtint de Louis-Phi­lippe le retour des cendres de Napo­léon ; il pou­vait ain­si ache­ver la réha­bi­li­ta­tion de la Révo­lu­tion et de l’Em­pire, qu’il avait entre­prise. Après l’acceptation de la demande par le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, la Chambre des dépu­tés vota un bud­get d’un mil­lion de francs « pour la trans­la­tion des restes mor­tels de l’Empereur Napo­léon à l’église des Inva­lides et pour la construc­tion de son tom­beau ».

Le cer­cueil en bois d’ébène quit­ta l’Île de Sainte-Hélène, le 18 octobre, trans­por­té par la fré­gate La Belle Poule.

Trans­bor­de­ment des cendres de Napo­léon Ier à bord de La Belle Poule (18 octobre 1840), Eugène Isa­bey, 1842

Les belles poules de mer

Ce navire était la troi­sième des fré­gates fran­çaises ayant por­té le nom Belle Poule ; en fait, elles auraient dû être nom­mées « Belle Paule », en sou­ve­nir d’une jeune fille de Tou­louse, dont la beau­té avait été remar­quée par Fran­çois Ier lorsque, choi­sie par le conseil muni­ci­pal, elle lui avait remis les clés de la ville ; un cor­saire bor­de­lais aurait, plus tard, don­né son nom en occi­tan, Bel­la Paou­la, à son navire.

Le nom Belle Poule a été repris pour une goé­lette deve­nue un voi­lier-école de la Marine natio­nale : construite en 1932 pour pêcher la morue en Islande, elle avait rejoint les Forces Fran­çaises Libres pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Elle par­ti­cipe, sou­vent, à des fêtes nau­tiques, telles que l’Armada.

Arri­vé en France un mois et demi plus tard, dans la Rade de Cher­bourg, le cer­cueil fut trans­fé­ré, six jours plus tard, avec l’équipage sur le bateau La Nor­man­die, fonc­tion­nant à la vapeur et de roues à aubes, qui se diri­gea vers Le Havre.

Trans­bor­de­ment de corps de l’Empereur Napo­léon de la fré­gate la Belle Poule sur le bateau à vapeur la Nor­man­die, le 8 Décembre 1840,  Ad Cuvillier

Tou­te­fois, il était trop haut pour pas­ser sous les ponts de la Seine jusqu’à Paris.  Près de Rouen, le cer­cueil fut char­gé, le 9 décembre, sur le bateau La Dorade 3 qui, pour ce voyage, avait été peint en noir et déco­ré d’aigles dorées. Le prince de Join­ville, fils de Louis-Phi­lippe qui lui avait confié le com­man­de­ment de l’expédition depuis le départ de La Belle Poule de Tou­lon, devait dor­mir sur le pont comme l’équipage, ne dis­po­sant pas d’une cabine.

Le trans­port de pas­sa­gers sur la Seine

Il a, sou­vent, été écrit que le cer­cueil de Napo­léon a été trans­por­té sur la Dorade. En fait, il s’agissait du bateau n°3 de la com­pa­gnie nom­mée Les Dorades qui, ain­si que la socié­té concur­rente Les Etoiles, assu­rait le ser­vice de trans­port flu­vial entre Paris et Rouen. Dès 1826, 20 bateaux à vapeur cir­cu­laient sur la Seine. Le Pecq était deve­nu le départ des des­centes de la Seine jus­qu’au Havre en 1837, après l’ou­ver­ture de la ligne de che­min de fer qui a, ensuite, été pro­lon­gée jusqu’à Saint-Ger­main-en-Laye. Les bateaux Dorade et Etoile par­taient chaque matin à la même heure, 8 heures, et arri­vaient à Rouen entre 18 et 19 h ; leur vitesse moyenne était de 18 km/h (200 km en 10 h, avec dix huit arrêts). Chaque capi­taine s’efforçait de navi­guer plus rapi­de­ment que l’autre de sorte que des acci­dents pou­vaient être craints. Ils s’ar­rê­taient à Mai­sons-Laf­fitte, à Conflans-Sainte-Hono­rine, à Her­blay, à Pois­sy, à Triel, à Meu­lan, à Mantes, à Rol­le­boise et à La Roche-Guyon–Bonnières.

Chaque Dorade était mue par une machine à vapeur à haute pres­sion de 40 che­vaux, construite par  Fran­çois Cavé, méca­ni­cien à Paris.

En 1843, le nombre de bateaux à vapeur aug­men­tant, une ordon­nance de Louis-Phi­lippe régle­men­ta leur navi­ga­tion sur les rivières et les fleuves de France. Tou­te­fois, les diverses entre­prises de navi­ga­tion, ne pou­vant lut­ter avec le che­min de fer, per­dirent peu à peu leurs clients et dis­pa­rurent vers 1845 ; l’une main­tint son acti­vi­té sur la Haute Seine, de Paris à Montereau.

La traversée de la Seine et Oise

Plu­sieurs ouvrages, publiés peu après le retour des cendres, relatent en détails cet évè­ne­ment de juillet à décembre 1840. Celui dont le début du long titre est His­toire de l’ex­pé­di­tion de la flot­tille de bateaux à vapeur de la Seine (4) nous fait bien connaître le dérou­le­ment du par­cours qui nous concerne particulièrement.

« A Mantes, où l’on arrive à dix heures du matin, l’es­pace semble man­quer à la popu­la­tion ; le port est enva­hi, une magni­fique garde natio­nale, de toutes armes, se déploya en bataille sur les deux rives, ayant à sa tête le sous-pré­fet, le maire, le cler­gé en habits sacer­do­taux, le tri­bu­nal, toutes les auto­ri­tés. C’est l’ar­tille­rie de la milice citoyenne qui salue la flot­tille de l’Em­pe­reur ; la Dorade n° 3 y répond en pas­sant sous le pont, déco­ré de tro­phées d’armes où sont ins­crites les prin­ci­pales vic­toires du héros. Cette foule com­pacte ne semble avoir qu’une voix pour bénir sa mémoire.
Même récep­tion à Por­che­ville, à Mézières, à Ran­gi­port, à Juziers, à Meu­lan même, où l’on remarque cepen­dant l’ab­sence de la garde natio­nale et du cler­gé ; une lettre adres­sée par le maire de cette ville au pré­fet de Seine-et-Oise et publiée dans plu­sieurs jour­naux, a par­lé de mys­ti­fi­ca­tions dou­lou­reuses dont cette com­mune et les popu­la­tions envi­ron­nantes auraient été les vic­times ; le convoi impé­rial n’au­rait été atten­du que pour le len­de­main 13 vers 9 heures, et des dis­po­si­tions auraient été prises en consé­quence.
Non, il n’y a eu de la part de qui que ce soit des­sein arrê­té de mys­ti­fier per­sonne. Le prince com­man­dant la flot­tille, crai­gnant que, si le froid conti­nuait, les glaces n’in­ter­rom­pissent la navi­ga­tion de la Seine a, dans les com­men­ce­ments, for­cé son iti­né­raire, sauf à y ren­trer plus tard aux approches de Paris. Voi­là tout ! Il est à regret­ter que M. le maire de Meu­lan n’ait pas été infor­mé de ce chan­ge­ment d’é­tapes, comme tous ses col­lègues des deux rives ont dû l’être, car tous ont été exacts au ren­dez-vous de la recon­nais­sance.
Après Meu­lan, on a salué le Temple, Port Mahon, Vaux, Triel qui s’a­dosse à une haute col­line, avec son église en amphi­théâtre et son hos­pice, des­ser­vi par les Sœurs de la Cha­ri­té, qui se ran­gèrent pieu­se­ment sur la grève pour dire un der­nier adieu au cer­cueil impé­rial. On dis­tingue ensuite Ver­neuil […], Ver­nouillet, Médan, Vilaines et Pois­sy qui voit l’es­ca­drille de Napo­léon pas­ser en plein jour sous le pont de pierre dont cette vieille cité est rede­vable à Louis IX, un de ses enfants. Salut, mou­lins si laids et si utiles ! Vaste mar­ché de bes­tiaux qui ali­mente Paris ! […]
Depuis Meu­lan, l’en­thou­siasme n’a­vait fait que croître ; c’é­taient par­tout les mêmes démons­tra­tions spon­ta­nées, le même enivre­ment. A Pois­sy, la rive était cou­verte de gardes natio­nales, de troupes de ligne, d’ha­bi­tants de l’in­té­rieur qu’u­nis­sait une seule pen­sée, le désir de payer un der­nier hom­mage aux cendres du héros qui avait fait la gloire de la France.
La flot­tille alla mouiller au-delà du pont où la Seine est encore fort large. Sur les deux rives se for­mèrent immé­dia­te­ment des bivouacs, des feux s’al­lu­mèrent, des tentes furent dres­sées, la garde natio­nale vou­lut, mal­gré le froid, faire sa veillée d’arme avec la troupe de ligne. A la lueur des feux, on remar­quait, du haut des bateaux à vapeur, les fac­tion­naires qui se rele­vaient, les patrouilles qui pas­saient et repas­saient silen­cieuses ; on enten­dait le qui vive des fac­tion­naires qui se répé­tait au loin d’é­cho en écho. Le len­de­main, dimanche 13, au point du jour, les tam­bours bat­tirent la diane, les trom­pettes y répon­dirent de la hau­teur, les canons de la garde natio­nale et les obu­siers de la Dorade échan­gèrent leurs saluts. Napo­léon, se rele­vant de son cer­cueil, eût pu se croire au milieu d’un camp.
Dans la nuit, le duc d’Au­male était venu joindre son frère à bord. L’ab­bé Coque­reau prit leurs ordres. C’é­tait le der­nier dimanche qu’il devait pas­ser auprès des restes mor­tels de l’Em­pe­reur. A dix heures du matin, il mon­ta à l’au­tel pour célé­brer la messe devant le cer­cueil. Les deux princes, à la tête des états-majors, étaient debout, décou­verts ; les géné­raux Ber­trand et Gour­gaud se tenaient au pied du cata­falque, dans un pro­fond recueille­ment ; et autour de la Dorade s’é­taient ran­gés en ordre tous les autres bâti­ments, dont les équi­pages cou­vraient les ponts. Les troupes et les gardes natio­nales, en bataille, l’arme au pied ; le cler­gé de la ville, croix et ban­nière en tête, étaient venus spon­ta­né­ment s’é­che­lon­ner sur les deux rives ; et, mal­gré la rigueur du froid, les popu­la­tions de Pois­sy et des com­munes voi­sines, hommes, femmes, enfants, vieillards, se grou­paient tête nue et age­nouillées sur les bords. Le silence qui régnait dans ces masses fer­ventes n’é­tait inter­rom­pu que par le bruit du canon et les har­mo­nies funèbres de la musique du prince qui mon­tait le Zam­pa. Tout le long de la route, à tra­vers les vil­lages et les villes, elle avait semé en pas­sant les vieux accords de la Mar­seillaise et du Chant du départ, aux­quels plus d’une fois les musiques des gardes natio­nales et de la ligne avaient répon­du avec effu­sion.
Après la messe, sui­vie de l’ab­soute, la flot­tille se remit en route, accom­pa­gnée des vœux des habi­tants, dont un grand nombre l’es­cor­tèrent long­temps à la course. Elle vit, sur son che­min, Achères, André­sy […], Conflans-Sainte-Hono­rine avec son joli port ; Her­blay et le hameau du Val, avec leurs gra­cieuses îles ; Lafrette, ados­sé à une col­line abrupte ; Sar­trou­ville ; et enfin Mai­sons, ou l’on devait pas­ser la nuit ; Mai­sons, dont le châ­teau […] est aujourd’­hui la pro­prié­té de M. Jacques Laf­fitte. Un peu avant la nuit, la flot­tille pas­sa le pont qui fait face au châ­teau. Elle alla mouiller un peu plus loin. Le temps était noir et froid. On enten­dait encore sur le pont et sur les rives quelques cris de vive l’Em­pe­reur ! Depuis, deux jours, on annon­çait une dépu­ta­tion de pairs et de dépu­tés, devan­çant la popu­la­tion pari­sienne et venant dépo­ser un pre­mier hom­mage sur le cer­cueil de l’Em­pe­reur. C’é­tait à Mai­sons sur­tout qu’on l’at­ten­dait. Elle ne parut pas. […] On sen­tait l’ap­proche de Paris et la fin des tor­tures phy­siques. Pour­tant ce n’é­tait pas sans regret qu’on voyait finir ce saint pèle­ri­nage. Com­bien de per­sonnes auraient vou­lu être à la place des voya­geurs ! »

C’est dans ce châ­teau de Mai­sons-Laf­fitte qu’est conser­vé le tableau repré­sen­tant le mieux le bateau funéraire.

La Dorade pas­sant devant la rive de Mai­sons, Pha­ra­mond Blanchard

Jacques Laf­fitte avait com­man­dé au peintre, proche du prince de Join­ville, cette œuvre mon­trant de nom­breux détails(5) : la foule est mas­sée sur le pont de Mai­sons et sur les rives ; l’armée est au garde à vous ; le pro­prié­taire du châ­teau et son frère font par­tie d’un petit groupe qui se détache sur la rive. Des enfants de chœur et un prêtre veillent sur le sar­co­phage de l’empereur, posé sur le pont de la Dorade. Un dra­peau bro­dé d’un N flotte à  l’arrière du bateau.

Le lun­di 14 décembre, la flot­tille, com­po­sée de dix bateaux à vapeur, s’é­bran­la très tôt pour sa der­nière étape, sous un magni­fique soleil. Au Pecq, dont le pont était tout déco­ré d’ins­crip­tions et de fais­ceaux de dra­peaux tri­co­lores, les mai­sons des deux rives étant pavoi­sées, l’accueil fut sem­blable à celui de Mantes. Sur un quai de la Seine à Cour­be­voie, une stèle com­mé­mo­ra­tive marque, tou­jours, le lieu où la Dorade était venue s’amarrer dans l’après-midi.


Le Retour des cendres de Napo­léon Ier, l’ar­ri­vée de la Dorade à Cour­be­voie, le 14 décembre 1840,
Hen­ri-Félix-Emma­nuel Phi­lip­po­teaux , © Pho­to RMN-Grand Palais – Daniel Arnaudet

La dépouille mor­tuaire de Napo­léon y avait été pla­cée dans un « temple funèbre » construit sur un bateau-cata­falque, remor­qué par un bateau à vapeur, avant son trans­fert solen­nel aux Inva­lides, le len­de­main, sur un « char impérial ».

Des­sin du bateau-cata­falque, extrait de l’ouvrage de Fer­di­nand Lan­glé, édi­té en 1840
Funé­railles de l’empereur Napo­léon, rela­tion offi­cielle de la trans­la­tion de ses restes 

Les vraisemblables hommages de trois habitants de villes riveraines de la Seine

La Gazette séqua­nienne ne nous a pas confir­mé la pré­sence, sur les bords de la Seine, de trois habi­tants de notre ter­ri­toire qui ont pu assis­ter, en bonne place, au pas­sage de la flottille.

Aux Mureaux, Napo­léon Daru, pro­prié­taire du Châ­teau de Bècheville

Napo­léon Daru

Il était le fils de Pierre Daru, comte d’Empire ; l’empereur Napo­léon, qui lui avait deman­dé d’élaborer un nou­veau code mili­taire afin de réor­ga­ni­ser l’armée de terre, en avait fait l’éloge, à Sainte-Hélène, en ces termes  : « Il joint le tra­vail du bœuf au cou­rage du lion ». Son fils avait été bap­ti­sé Napo­léon, lorsque l’empereur et José­phine étaient deve­nus son par­rain et sa mar­raine. Il a mené une car­rière mili­taire, avec le grade de capi­taine en 1840, et avait suc­cé­dé à son père à la Chambre des pairs.

A Meu­lan, Claude Ursule Gen­cy, ancien géné­ral de divi­sion, baron d’Empire(6)

Mili­taire depuis 1783, nom­mé géné­ral de bri­gade en l’an II de la Répu­blique, il par­ti­ci­pa aux sièges de Char­le­roi et de Maas­tricht avant de prendre part à la paci­fi­ca­tion de la Ven­dée sous les ordres du géné­ral Hoche. Il fut enga­gé dans de nom­breuses guerres napo­léo­niennes avec l’armée d’Italie, puis il par­ti­ci­pa aux batailles de Fried­land et de Wagram, où il fut, plu­sieurs fois, bles­sé.  Com­man­deur de la Légion d’honneur dès la fon­da­tion de l’ordre par Napo­léon 1er, il reçut le com­man­de­ment de la Hol­lande du Nord. En 1814, le géné­ral Gen­cy s’est mis au ser­vice de la défense des habi­tants de Meu­lan, sa ville natale, contre les Cosaques. A son retour de l’île d’Elbe en 1815, Napo­léon Ier le main­tint dans le com­man­de­ment du Dépar­te­ment de l’Eure et le nom­ma lieu­te­nant-géné­ral hono­raire. Il s’est reti­ré à Meu­lan, où il a été inhumé.

A Vaux-sur-Seine, le pro­prié­taire du châ­teau, le sculp­teur Car­lo Marochetti

Car­lo Maro­chet­ti, pho­to­gra­phié par Antoine Claudet

Le châ­teau avait été acquis, en 1819, par un baron d’Empire : son père Vin­cen­zo (Vincent) d’origine turi­noise, avo­cat à la Cour de cas­sa­tion et au Conseil d’Etat, qui avait été l’un des avo­cats de Napoléon.

Après ses études à l’Ecole des Beaux-Arts et dans l’atelier de Fran­çois-Joseph Bosio, Car­lo Maro­chet­ti a pour­sui­vi sa for­ma­tion à Rome. Reve­nu à Paris, il a obte­nu des com­mandes publiques après avoir expo­sé au Salon de 1827. Dès la déci­sion du retour des cendres de l’Empereur, Louis Phi­lippe avait sou­hai­té éri­ger un tom­beau sous le dôme des Inva­lides : un céno­taphe impé­rial sur­mon­té d’une sta­tue équestre de près de cinq mètres. Car­lo Maro­chet­ti rem­por­ta le concours. Cet artiste, qui avait col­la­bo­ré au décor de l’Arc de Triomphe, venait de livrer une impres­sion­nante sta­tue équestre d’Emmanuel-Philibert de Savoie. Il réa­li­sa, dans son ate­lier de Vaux-sur-Seine, cette sta­tue, repré­sen­tant l’empereur à che­val, en habit mili­taire, por­tant le col­lier de la Légion d’honneur autour du cou et un sceptre à la main ; elle était l’une des pre­mières sculp­tures en bronze mais le pro­jet du monu­ment fut aban­don­né en 1849, faute de crédits.

En France, Car­lo Maro­chet­ti a été che­va­lier de la Légion d’hon­neur mais c’est le Roi de Sar­daigne qui l’a créé baron. Il fut maire de Vaux-sur-Seine, comme l’avait été son père.

Témoignages de deux proches d’anciens généraux de Napoléon Bonaparte

Comme La Gazette séqua­nienne ne peut pas être trou­vée dans les archives publiques, nous avons recons­ti­tué ces évo­ca­tions du pas­sage de la flot­tille dans notre ter­ri­toire ; ces témoi­gnages sont, tou­te­fois, très peu imaginaires.

Vic­tor de Latour-Fois­sac, à Vilaines (Vil­lennes aujourd’hui)

« Je n’ai pas vu la flo­tille remon­ter la Seine. La rai­son n’est pas que l’Île de Mignot empêche, depuis ma demeure, le Châ­teau d’Hacqueville, d’apercevoir le grand bras du fleuve. Si mon père était encore de ce monde, il n’aurait pas vou­lu voir reve­nir de son exil loin­tain celui qui l’avait envoyé en exil inté­rieur à Vilaines.

Sous-lieu­te­nant au 7e régi­ment de dra­gons, j’étais son aide de camp lorsque j’ai par­ti­ci­pé avec lui à la défense de Man­toue, dont il était le gou­ver­neur. Après la prise, par l’ armée autri­chienne, de la ville qu’elle assié­geait, Bona­parte l’avait des­ti­tué, lui reti­rant le droit de por­ter un uni­forme mili­taire à l’avenir. Il a acquis Hac­que­ville, où il a vécu ses trois der­nières années en « rési­dence for­cée », sous la sur­veillance de la Police d’Etat. 

Mon frère ainé, géné­ral de divi­sion, et moi-même, colo­nel, nous avons sui­vi sa voie. Nous avons héri­té du Châ­teau d’Hacqueville  après avoir aidé notre père pour payer des sommes énormes afin de réta­blir tous les bâti­ments, le parc et les murs de clô­ture. J’espère qu’ils résis­te­ront plus de deux siècles. La dépouille de Napo­léon reste, seule, dans la cha­pelle Saint-Jérôme de l’Eglise Saint-Louis des Inva­lides. Mon père et ma mère, repo­sant dans la cha­pelle de notre Domaine d’Hacqueville, seront entou­rés par leurs deux fils et mes descendants ! »

Le géné­ral Fran­çois Phi­lippe de Latour-Foissac

La ville où il est né au milieu du XVIIe siècle, Min­feld, est une ville alle­mande, très proche du nord de l’Alsace, qui fai­sait par­tie de 1792 à 1815 du dépar­te­ment fran­çais du Bas-Rhin ; le futur géné­ral s’était fixé en Alsace, notam­ment à Phals­bourg, où son grand-père avait été lieu­te­nant colo­nel, son père ayant été capi­taine au régi­ment d’Alsace.

Il est donc logique qu’il ait été choi­si pour lever, pen­dant plu­sieurs années, le cours du Rhin, avant de rédi­ger des mémoires d’at­taque et de défense pour les rives de ce fleuve frontière.

Après sa  par­ti­ci­pa­tion, en tant que capi­taine à la guerre d’in­dé­pen­dance amé­ri­caine, il devint chef du génie à Phals­bourg ; il y construi­sit la fon­taine royale, ouvrage hydrau­lique qui fut alors consi­dé­ré comme un chef-d’œuvre, et il rédi­gea trois volumes sur la guerre de sièges pour l’ins­truc­tion des jeunes officiers.

Au moment de la Révo­lu­tion, capi­taine de la Garde Natio­nale du can­ton de Phals­bourg, il devint membre du direc­toire du dépar­te­ment de Meurthe. Tout en se mon­trant favo­rable aux idées nou­velles, il eut un rôle modé­ra­teur et pro­té­gea notam­ment les membres de la colo­nie israé­lite locale. Les hos­ti­li­tés contre l’Au­triche et la Prusse le ren­dirent à la vie mili­taire et accé­lé­rèrent son avan­ce­ment jusqu’au grade de géné­ral de bri­gade provisoire.

Pen­dant la ter­reur, il fut sus­pen­du et empri­son­né mais le comi­té de Salut Public le réin­té­gra comme chef de bataillon avant sa nomi­na­tion au grade de géné­ral de bri­gade. Après plu­sieurs affec­ta­tions, il a rejoint à l’ar­mée d’I­ta­lie ; en tant que gou­ver­neur de Man­toue lors de l’in­va­sion de la pénin­sule par les Aus­tro-Russes en 1799, il dut défendre la place dans des condi­tions très dif­fi­ciles. Il capi­tu­la après avoir résis­té pen­dant quatre mois, n’ayant pas pu mettre en œuvre ses ensei­gne­ments sur la guerre de sièges !

Cor­res­pon­dance de Napo­léon Ier au citoyen Car­not, ministre de la guerre, rela­tive à la des­ti­tu­tion de Fran­çois Phi­lippe de Latour-Foissac

Féli­ci­té Lepic née Geof­froy, à Andrésy

« Au milieu de nom­breux habi­tants d’Andrésy, mes deux fils et moi, nous sommes allés, non loin du Manoir, notre pro­prié­té fami­liale, sur la berge de la Seine près du confluent de l’Oise, pour rendre hom­mage à Napoléon.

Mal­heu­reu­se­ment, mon cher époux Louis qui l’avait accom­pa­gné pen­dant de nom­breuses années, n’est plus là. Notre fils Antoine Joa­chim Hip­po­lyte a dis­pa­ru, éga­le­ment mais très récem­ment, trop tôt à l’âge de 29 ans : capi­taine de spa­his en Algé­rie, il était l’un des 10 000 sol­dats fran­çais com­man­dés par les ducs d’Or­léans et d’Au­male, lorsqu’il est mort au com­bat près de Bli­da, en avril dernier.

J’ai tenu à ce que son frère Jacques Phi­lippe Auguste soit avec nous pour saluer l’empereur, à son pas­sage. Sous-lieu­te­nant dans le corps des spa­his ’Oran, il est reve­nu d’Algérie avec une cita­tion à l’ordre de la divi­sion pour sa belle conduite au com­bat ; il vient d’être nom­mé capi­taine au 9e Hussards.

Notre fils aîné, Louis Joseph, auquel nous avons don­né le troi­sième pré­nom Napo­léon, était éga­le­ment pré­sent. Il a fait de même pour son fils Ludo­vic, né l’année der­nière, mais comme deuxième pré­nom. J’espère que, sous ce patro­nage sym­bo­lique, mon unique petit-fils per­pé­tue­ra la lignée des Lepic ; il est notre prin­ci­pal atout. Sera-t-il mili­taire comme les autres hommes de la famille ou met­tra-t-il à pro­fit d’autres talents, trans­mis par son père ? Sans être un artiste, il est un ama­teur et grand connais­seur des beaux-arts ; ses visites de musées et de col­lec­tions pri­vées l’ont conduit à consti­tuer sa propre col­lec­tion de pein­tures. »

Le géné­ral Louis Lepic


Louis Lepic (tableau post­hume), Louis-Charles Arsenne, 1842, Musée de l’Armée.

Fai­sant par­tie de l’ar­mée d’l­ta­lie de 1796 à 1805, Louis Lepic avait été nom­mé colo­nel major des gre­na­diers à che­val de la Garde impé­riale après la bataille d’Austerlitz. Il avait par­ti­ci­pé aux cam­pagnes de Prusse et de Pologne. Sa charge héroïque, à la tête de ses cava­liers contre l’infanterie russe, lors de la bataille d’Eylau, lui a valu d’être griè­ve­ment bles­sé et d’être pro­mu, sur le champ, géné­ral de bri­gade par Napo­léon. Pro­mu capi­taine-géné­ral après la bataille de Wagram, il fut fait baron de l’Em­pire en 1809 après la cam­pagne d’Espagne. Puis, tou­jours avec la Garde impé­riale, il par­ti­ci­pa à la cam­pagne de Rus­sie. Nom­mé géné­ral de divi­sion en 1813, il com­man­da le 2e régi­ment de la Garde d’hon­neur pen­dant la cam­pagne de Saxe, puis celle de France qui s’est ter­mi­née par la défaite des armées de Napoléon.

En février 1807, juste après la bataille d’Eylau, à l’occasion d’une chasse avec Napo­léon sur l’Hautil, il se seraient arrê­tés dans la ferme sei­gneu­riale d’Andrésy, appar­te­nant à Pierre Joseph Geof­froy, notable et maire de Mau­re­court.  Le géné­ral Lepic serait, alors, tom­bé amou­reux de sa fille Féli­ci­té, qu’il a ensuite épousée.


Maquette de sta­tue équestre pour le pro­jet de monu­ment à Napo­léon Ier, Car­lo Maro­chet­ti, Bal­ti­more, Wal­ters Art Museum

Louis Lepic avait com­men­cé sa car­rière mili­taire dans l’armée d’Italie alors que Phi­lippe de Latour-Fois­sac y avait ter­mi­né la sienne ! Le pre­mier repose dans l’ancien cime­tière d’Andrésy, le deuxième dans la cha­pelle du parc du Châ­teau d’Aqueville à Vil­lennes. Quant à Bona­parte deve­nu sim­ple­ment Napo­léon, qu’ils avaient ser­vis, ses restes sont tou­jours conser­vés sous le dôme des Inva­lides ; lorsque le tom­beau fut ache­vé, plus de vingt ans après le retour des cendres, elles y avaient été trans­por­tées, de la cha­pelle Saint-Jérôme, une cha­pelle annexe de la Cathé­drale Saint-Louis, qui avait été autre­fois réser­vée à la famille royale pour suivre la messe sépa­ré­ment des sol­dats. Ce tom­beau n’est pas sur­mon­té de la sta­tue équestre de Car­lo Maro­chet­ti, qui a dis­pa­ru. Lors­qu’il a été ins­tal­lé, un autre empe­reur, nom­mé Napo­léon, était au pou­voir : il était le neveu du premier !

Principales sources

  1. Les Lepic, une famille de notables andré­siens au 19èmesiècle, Eve­lyne Her­vé, Club His­to­rique d’Andrésy
  2. Pois­sy et son his­toire, Nar­cisse Noël, Cercle d’Etudes His­to­riques et Archéo­lo­giques, 1978
  3. Napo­léon : le retour des cendres, Jean-Marie Homet, Maga­zine L’Histoire N°272, jan­vier 2003
  4. His­toire de l’ex­pé­di­tion de la flot­tille de bateaux à vapeur de la Seine : les Dorades, les Etoiles, le Zam­pa, la Pari­sienne et le Mon­te­reau, envoyés par le gou­ver­ne­ment fran­çais à la ren­contre de la dépouille mor­telle de l’empereur Napo­léon, pré­cé­dée d’un pré­cis de l’ex­pé­di­tion de Sainte-Hélène et sui­vie d’un coup d’œil sur les céré­mo­nies qui ont eu lieu à Paris, d’a­près MM. le baron Emma­nuel de Las Cases, l’ab­bé Félix Coque­reau, Eugène de Mon­glave, plu­sieurs offi­ciers de la fré­gate la Belle-Poule et de la cor­vette la Favo­rite, et les capi­taines des bateaux à vapeur les Dorades et les Etoiles, 1841
  5. Site Inter­net ville-imperiale.com
  6. Le géné­ral baron Claude Ursule Gen­cy 1765–1845, Made­leine Arnold Tetard

 

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