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La dernière traversée, fluviale, de notre territoire par l’empereur Napoléon Ier

par | 4 juin 2021 | His­toire

Pas­sage du bateau trans­portant les cen­dres de Napoléon devant le Château de Maisons 

Nous sommes en retard pour com­mé­mor­er le bicen­te­naire de la mort de Napoléon Bona­parte ; par con­tre, ne sachant pas où et dans quel état nous serons dans dix-neuf ans, nous prenons de l’avance pour relater le retour de ses « cen­dres », trans­portées céré­monieuse­ment par la Seine.

Après un résumé de l’origine et de la pre­mière par­tie de l’expédition, nous la suiv­rons pen­dant les journées du same­di 12 décem­bre 1840 et du lende­main, entre Mantes et Maisons, grâce au réc­it de per­son­nes qui y ont par­ticipé. Nous con­nais­sons plusieurs habi­tants de nos rives de la Seine dont le fort sou­venir de Napoléon les a, cer­taine­ment, fait assis­ter au pas­sage de la flot­tille. Vic­toires et défaites ! Pour ou con­tre l’empereur Napoléon ? Déjà, lors du retour de son exil en cap­tiv­ité à Sainte-Hélène, les opin­ions étaient divers­es sur les deux rives de la Seine dans notre ter­ri­toire, comme le mon­trent deux témoignages qui auraient pu être recueil­lis par un ancêtre du J2R, que nous nom­mons La Gazette séquani­enne.

Les précédents passages de Napoléon sur nos rives de la Seine

Les vis­ites, par l’empereur, de villes de notre par­tie de l’ancien Départe­ment de la Seine & Oise, n’ont pas été assez nom­breuses pour don­ner la matière d’un arti­cle. Certes, il était sou­vent venu chas­s­er dans les bois de l’Hautil avec son ami Louis Lep­ic, qui résidait à Mau­re­court depuis 1808, avant de se retir­er dans la pro­priété de sa belle-famille à Andrésy(1).

Nar­cisse Noël a relaté, avec de nom­breux détails issus des archives munic­i­pales de Pois­sy(2), la vis­ite que Napoléon avait faite, le 2 juin 1810, peu après son mariage avec Marie-Louise, aux Pisciens (leurs descen­dants sont nom­més les Pis­ci­a­cais). C’était au retour d’une tournée en Nor­mandie. Il était passé sur le pont de la Seine, sous un arc de tri­om­phe qui avait été con­stru­it en son milieu. Napoléon y fit arrêter sa voiture et le maire y prononça un dis­cours d’accueil. Dans la grande rue, ornée de dra­peaux, de guir­lan­des et de fleurs, la pop­u­la­tion, for­mant une haie, accla­mait le cortège impér­i­al ; celui-ci con­tin­ua son tra­jet vers Paris par Saint-Germain-en-Laye.

Un peu plus de trente ans plus tard, le 9 novem­bre 1840, le préfet infor­ma le maire de Pois­sy que les restes mor­tels de Napoléon passeront dans sa ville à la mi-décem­bre. Toute­fois, pour ce dernier voy­age, il s’agira d’un cortège flu­vial qui passera sous le pont.

L’origine et la première partie du retour des cendres

Une pré­ci­sion s’impose : le terme « cen­dres » a été, alors, employé dans un sens fig­uré, désig­nant une dépouille mor­tu­aire. Un cod­i­cille du tes­ta­ment de Napoléon pré­ci­sait sa demande d’être inhumé « sur les bor­ds de la Seine, au milieu de ce peu­ple français [qu’il avait] tant aimé ». Après son décès, le gou­verne­ment de Louis XVIII refusa ce retour, craig­nant des trou­bles poli­tiques qu’il aurait pu provo­quer. Dix ans après la Révo­lu­tion de juil­let 1830, les Trois Glo­rieuses, Adolphe Thiers, nou­veau Prési­dent du Con­seil, obtint de Louis-Philippe le retour des cen­dres de Napoléon ; il pou­vait ain­si achev­er la réha­bil­i­ta­tion de la Révo­lu­tion et de l’Em­pire, qu’il avait entre­prise. Après l’acceptation de la demande par le gou­verne­ment bri­tan­nique, la Cham­bre des députés vota un bud­get d’un mil­lion de francs « pour la trans­la­tion des restes mor­tels de l’Empereur Napoléon à l’église des Invalides et pour la con­struc­tion de son tombeau ».

Le cer­cueil en bois d’ébène quit­ta l’Île de Sainte-Hélène, le 18 octo­bre, trans­porté par la fré­gate La Belle Poule.

Trans­bor­de­ment des cen­dres de Napoléon Ier à bord de La Belle Poule (18 octo­bre 1840), Eugène Isabey, 1842

Les belles poules de mer

Ce navire était la troisième des fré­gates français­es ayant porté le nom Belle Poule ; en fait, elles auraient dû être nom­mées « Belle Paule », en sou­venir d’une jeune fille de Toulouse, dont la beauté avait été remar­quée par François Ier lorsque, choisie par le con­seil munic­i­pal, elle lui avait remis les clés de la ville ; un cor­saire bor­de­lais aurait, plus tard, don­né son nom en occ­i­tan, Bel­la Paoula, à son navire.

Le nom Belle Poule a été repris pour une goélette dev­enue un voili­er-école de la Marine nationale : con­stru­ite en 1932 pour pêch­er la morue en Islande, elle avait rejoint les Forces Français­es Libres pen­dant la Sec­onde Guerre mon­di­ale. Elle par­ticipe, sou­vent, à des fêtes nau­tiques, telles que l’Armada.

Arrivé en France un mois et demi plus tard, dans la Rade de Cher­bourg, le cer­cueil fut trans­féré, six jours plus tard, avec l’équipage sur le bateau La Nor­mandie, fonc­tion­nant à la vapeur et de roues à aubes, qui se dirigea vers Le Havre.

Trans­bor­de­ment de corps de l’Empereur Napoléon de la fré­gate la Belle Poule sur le bateau à vapeur la Nor­mandie, le 8 Décem­bre 1840,  Ad Cuvillier

Toute­fois, il était trop haut pour pass­er sous les ponts de la Seine jusqu’à Paris.  Près de Rouen, le cer­cueil fut chargé, le 9 décem­bre, sur le bateau La Dorade 3 qui, pour ce voy­age, avait été peint en noir et décoré d’aigles dorées. Le prince de Joinville, fils de Louis-Philippe qui lui avait con­fié le com­man­de­ment de l’expédition depuis le départ de La Belle Poule de Toulon, devait dormir sur le pont comme l’équipage, ne dis­posant pas d’une cabine.

Le trans­port de pas­sagers sur la Seine

Il a, sou­vent, été écrit que le cer­cueil de Napoléon a été trans­porté sur la Dorade. En fait, il s’agissait du bateau n°3 de la com­pag­nie nom­mée Les Dorades qui, ain­si que la société con­cur­rente Les Etoiles, assur­ait le ser­vice de trans­port flu­vial entre Paris et Rouen. Dès 1826, 20 bateaux à vapeur cir­cu­laient sur la Seine. Le Pecq était devenu le départ des descentes de la Seine jusqu’au Havre en 1837, après l’ou­ver­ture de la ligne de chemin de fer qui a, ensuite, été pro­longée jusqu’à Saint-Ger­main-en-Laye. Les bateaux Dorade et Etoile par­taient chaque matin à la même heure, 8 heures, et arrivaient à Rouen entre 18 et 19 h ; leur vitesse moyenne était de 18 km/h (200 km en 10 h, avec dix huit arrêts). Chaque cap­i­taine s’efforçait de nav­iguer plus rapi­de­ment que l’autre de sorte que des acci­dents pou­vaient être craints. Ils s’ar­rê­taient à Maisons-Laf­fitte, à Con­flans-Sainte-Hon­orine, à Herblay, à Pois­sy, à Triel, à Meu­lan, à Mantes, à Rolle­boise et à La Roche-Guyon–Bonnières.

Chaque Dorade était mue par une machine à vapeur à haute pres­sion de 40 chevaux, con­stru­ite par  François Cavé, mécani­cien à Paris.

En 1843, le nom­bre de bateaux à vapeur aug­men­tant, une ordon­nance de Louis-Philippe régle­men­ta leur nav­i­ga­tion sur les riv­ières et les fleuves de France. Toute­fois, les divers­es entre­pris­es de nav­i­ga­tion, ne pou­vant lut­ter avec le chemin de fer, perdirent peu à peu leurs clients et dis­parurent vers 1845 ; l’une maintint son activ­ité sur la Haute Seine, de Paris à Montereau.

La traversée de la Seine et Oise

Plusieurs ouvrages, pub­liés peu après le retour des cen­dres, rela­tent en détails cet évène­ment de juil­let à décem­bre 1840. Celui dont le début du long titre est His­toire de l’ex­pédi­tion de la flot­tille de bateaux à vapeur de la Seine (4) nous fait bien con­naître le déroule­ment du par­cours qui nous con­cerne particulièrement.

« A Mantes, où l’on arrive à dix heures du matin, l’e­space sem­ble man­quer à la pop­u­la­tion ; le port est envahi, une mag­nifique garde nationale, de toutes armes, se déploya en bataille sur les deux rives, ayant à sa tête le sous-préfet, le maire, le clergé en habits sac­er­do­taux, le tri­bunal, toutes les autorités. C’est l’ar­tillerie de la mil­ice citoyenne qui salue la flot­tille de l’Em­pereur ; la Dorade n° 3 y répond en pas­sant sous le pont, décoré de trophées d’armes où sont inscrites les prin­ci­pales vic­toires du héros. Cette foule com­pacte ne sem­ble avoir qu’une voix pour bénir sa mémoire.
Même récep­tion à Porcheville, à Méz­ières, à Rangi­port, à Juziers, à Meu­lan même, où l’on remar­que cepen­dant l’ab­sence de la garde nationale et du clergé ; une let­tre adressée par le maire de cette ville au préfet de Seine-et-Oise et pub­liée dans plusieurs jour­naux, a par­lé de mys­ti­fi­ca­tions douloureuses dont cette com­mune et les pop­u­la­tions envi­ron­nantes auraient été les vic­times ; le con­voi impér­i­al n’au­rait été atten­du que pour le lende­main 13 vers 9 heures, et des dis­po­si­tions auraient été pris­es en con­séquence.
Non, il n’y a eu de la part de qui que ce soit des­sein arrêté de mys­ti­fi­er per­son­ne. Le prince com­man­dant la flot­tille, craig­nant que, si le froid con­tin­u­ait, les glaces n’in­ter­romp­is­sent la nav­i­ga­tion de la Seine a, dans les com­mence­ments, for­cé son itinéraire, sauf à y ren­tr­er plus tard aux approches de Paris. Voilà tout ! Il est à regret­ter que M. le maire de Meu­lan n’ait pas été infor­mé de ce change­ment d’é­tapes, comme tous ses col­lègues des deux rives ont dû l’être, car tous ont été exacts au ren­dez-vous de la recon­nais­sance.
Après Meu­lan, on a salué le Tem­ple, Port Mahon, Vaux, Triel qui s’a­dosse à une haute colline, avec son église en amphithéâtre et son hos­pice, desservi par les Sœurs de la Char­ité, qui se rangèrent pieuse­ment sur la grève pour dire un dernier adieu au cer­cueil impér­i­al. On dis­tingue ensuite Verneuil […], Vernouil­let, Médan, Vilaines et Pois­sy qui voit l’escadrille de Napoléon pass­er en plein jour sous le pont de pierre dont cette vieille cité est redev­able à Louis IX, un de ses enfants. Salut, moulins si laids et si utiles ! Vaste marché de bes­ti­aux qui ali­mente Paris ! […]
Depuis Meu­lan, l’en­t­hou­si­asme n’avait fait que croître ; c’é­taient partout les mêmes démon­stra­tions spon­tanées, le même enivre­ment. A Pois­sy, la rive était cou­verte de gardes nationales, de troupes de ligne, d’habi­tants de l’in­térieur qu’u­nis­sait une seule pen­sée, le désir de pay­er un dernier hom­mage aux cen­dres du héros qui avait fait la gloire de la France.
La flot­tille alla mouiller au-delà du pont où la Seine est encore fort large. Sur les deux rives se for­mèrent immé­di­ate­ment des bivouacs, des feux s’al­lumèrent, des tentes furent dressées, la garde nationale voulut, mal­gré le froid, faire sa veil­lée d’arme avec la troupe de ligne. A la lueur des feux, on remar­quait, du haut des bateaux à vapeur, les fac­tion­naires qui se rel­e­vaient, les patrouilles qui pas­saient et repas­saient silen­cieuses ; on entendait le qui vive des fac­tion­naires qui se répé­tait au loin d’é­cho en écho. Le lende­main, dimanche 13, au point du jour, les tam­bours bat­tirent la diane, les trompettes y répondirent de la hau­teur, les canons de la garde nationale et les obusiers de la Dorade échangèrent leurs saluts. Napoléon, se rel­e­vant de son cer­cueil, eût pu se croire au milieu d’un camp.
Dans la nuit, le duc d’Au­male était venu join­dre son frère à bord. L’ab­bé Coquereau prit leurs ordres. C’é­tait le dernier dimanche qu’il devait pass­er auprès des restes mor­tels de l’Em­pereur. A dix heures du matin, il mon­ta à l’au­tel pour célébr­er la messe devant le cer­cueil. Les deux princes, à la tête des états-majors, étaient debout, décou­verts ; les généraux Bertrand et Gour­gaud se tenaient au pied du catafalque, dans un pro­fond recueille­ment ; et autour de la Dorade s’é­taient rangés en ordre tous les autres bâti­ments, dont les équipages cou­vraient les ponts. Les troupes et les gardes nationales, en bataille, l’arme au pied ; le clergé de la ville, croix et ban­nière en tête, étaient venus spon­tané­ment s’éch­e­lon­ner sur les deux rives ; et, mal­gré la rigueur du froid, les pop­u­la­tions de Pois­sy et des com­munes voisines, hommes, femmes, enfants, vieil­lards, se groupaient tête nue et age­nouil­lées sur les bor­ds. Le silence qui rég­nait dans ces mass­es fer­ventes n’é­tait inter­rompu que par le bruit du canon et les har­monies funèbres de la musique du prince qui mon­tait le Zam­pa. Tout le long de la route, à tra­vers les vil­lages et les villes, elle avait semé en pas­sant les vieux accords de la Mar­seil­laise et du Chant du départ, aux­quels plus d’une fois les musiques des gardes nationales et de la ligne avaient répon­du avec effu­sion.
Après la messe, suiv­ie de l’ab­soute, la flot­tille se remit en route, accom­pa­g­née des vœux des habi­tants, dont un grand nom­bre l’escortèrent longtemps à la course. Elle vit, sur son chemin, Achères, Andrésy […], Con­flans-Sainte-Hon­orine avec son joli port ; Herblay et le hameau du Val, avec leurs gra­cieuses îles ; Lafrette, adossé à une colline abrupte ; Sartrou­ville ; et enfin Maisons, ou l’on devait pass­er la nuit ; Maisons, dont le château […] est aujour­d’hui la pro­priété de M. Jacques Laf­fitte. Un peu avant la nuit, la flot­tille pas­sa le pont qui fait face au château. Elle alla mouiller un peu plus loin. Le temps était noir et froid. On entendait encore sur le pont et sur les rives quelques cris de vive l’Em­pereur ! Depuis, deux jours, on annonçait une dépu­ta­tion de pairs et de députés, devançant la pop­u­la­tion parisi­enne et venant dépos­er un pre­mier hom­mage sur le cer­cueil de l’Em­pereur. C’é­tait à Maisons surtout qu’on l’at­tendait. Elle ne parut pas. […] On sen­tait l’ap­proche de Paris et la fin des tor­tures physiques. Pour­tant ce n’é­tait pas sans regret qu’on voy­ait finir ce saint pèleri­nage. Com­bi­en de per­son­nes auraient voulu être à la place des voyageurs ! »

C’est dans ce château de Maisons-Laf­fitte qu’est con­servé le tableau représen­tant le mieux le bateau funéraire.

La Dorade pas­sant devant la rive de Maisons, Phara­mond Blanchard

Jacques Laf­fitte avait com­mandé au pein­tre, proche du prince de Joinville, cette œuvre mon­trant de nom­breux détails(5) : la foule est massée sur le pont de Maisons et sur les rives ; l’armée est au garde à vous; le pro­prié­taire du château et son frère font par­tie d’un petit groupe qui se détache sur la rive. Des enfants de chœur et un prêtre veil­lent sur le sar­cophage de l’empereur, posé sur le pont de la Dorade. Un dra­peau brodé d’un N flotte à  l’arrière du bateau.

Le lun­di 14 décem­bre, la flot­tille, com­posée de dix bateaux à vapeur, s’ébran­la très tôt pour sa dernière étape, sous un mag­nifique soleil. Au Pecq, dont le pont était tout décoré d’in­scrip­tions et de fais­ceaux de dra­peaux tri­col­ores, les maisons des deux rives étant pavoisées, l’accueil fut sem­blable à celui de Mantes. Sur un quai de la Seine à Courbevoie, une stèle com­mé­mora­tive mar­que, tou­jours, le lieu où la Dorade était venue s’amarrer dans l’après-midi.


Le Retour des cen­dres de Napoléon Ier, l’ar­rivée de la Dorade à Courbevoie, le 14 décem­bre 1840,
Hen­ri-Félix-Emmanuel Philip­poteaux , © Pho­to RMN-Grand Palais — Daniel Arnaudet

La dépouille mor­tu­aire de Napoléon y avait été placée dans un « tem­ple funèbre » con­stru­it sur un bateau-catafalque, remorqué par un bateau à vapeur, avant son trans­fert solen­nel aux Invalides, le lende­main, sur un « char impérial ».

Dessin du bateau-catafalque, extrait de l’ouvrage de Fer­di­nand Lan­glé, édité en 1840
Funérailles de l’empereur Napoléon, rela­tion offi­cielle de la trans­la­tion de ses restes 

Les vraisemblables hommages de trois habitants de villes riveraines de la Seine

La Gazette séquani­enne ne nous a pas con­fir­mé la présence, sur les bor­ds de la Seine, de trois habi­tants de notre ter­ri­toire qui ont pu assis­ter, en bonne place, au pas­sage de la flottille.

Aux Mureaux, Napoléon Daru, pro­prié­taire du Château de Bècheville

Napoléon Daru

Il était le fils de Pierre Daru, comte d’Empire ; l’empereur Napoléon, qui lui avait demandé d’élaborer un nou­veau code mil­i­taire afin de réor­gan­is­er l’armée de terre, en avait fait l’éloge, à Sainte-Hélène, en ces ter­mes  : « Il joint le tra­vail du bœuf au courage du lion ». Son fils avait été bap­tisé Napoléon, lorsque l’empereur et Joséphine étaient devenus son par­rain et sa mar­raine. Il a mené une car­rière mil­i­taire, avec le grade de cap­i­taine en 1840, et avait suc­cédé à son père à la Cham­bre des pairs.

A Meu­lan, Claude Ursule Gency, ancien général de divi­sion, baron d’Empire(6)

Mil­i­taire depuis 1783, nom­mé général de brigade en l’an II de la République, il par­tic­i­pa aux sièges de Charleroi et de Maas­tricht avant de pren­dre part à la paci­fi­ca­tion de la Vendée sous les ordres du général Hoche. Il fut engagé dans de nom­breuses guer­res napoléoni­ennes avec l’armée d’Italie, puis il par­tic­i­pa aux batailles de Fried­land et de Wagram, où il fut, plusieurs fois, blessé.  Com­man­deur de la Légion d’honneur dès la fon­da­tion de l’ordre par Napoléon 1er, il reçut le com­man­de­ment de la Hol­lande du Nord. En 1814, le général Gency s’est mis au ser­vice de la défense des habi­tants de Meu­lan, sa ville natale, con­tre les Cosaques. A son retour de l’île d’Elbe en 1815, Napoléon Ier le maintint dans le com­man­de­ment du Départe­ment de l’Eure et le nom­ma lieu­tenant-général hon­o­raire. Il s’est retiré à Meu­lan, où il a été inhumé.

A Vaux-sur-Seine, le pro­prié­taire du château, le sculp­teur Car­lo Marochetti

Car­lo Maro­chet­ti, pho­tographié par Antoine Claudet

Le château avait été acquis, en 1819, par un baron d’Empire : son père Vin­cen­zo (Vin­cent) d’origine turi­noise, avo­cat à la Cour de cas­sa­tion et au Con­seil d’Etat, qui avait été l’un des avo­cats de Napoléon.

Après ses études à l’Ecole des Beaux-Arts et dans l’atelier de François-Joseph Bosio, Car­lo Maro­chet­ti a pour­suivi sa for­ma­tion à Rome. Revenu à Paris, il a obtenu des com­man­des publiques après avoir exposé au Salon de 1827. Dès la déci­sion du retour des cen­dres de l’Empereur, Louis Philippe avait souhaité ériger un tombeau sous le dôme des Invalides : un céno­taphe impér­i­al sur­mon­té d’une stat­ue équestre de près de cinq mètres. Car­lo Maro­chet­ti rem­por­ta le con­cours. Cet artiste, qui avait col­laboré au décor de l’Arc de Tri­om­phe, venait de livr­er une impres­sion­nante stat­ue équestre d’Emmanuel-Philibert de Savoie. Il réal­isa, dans son ate­lier de Vaux-sur-Seine, cette stat­ue, représen­tant l’empereur à cheval, en habit mil­i­taire, por­tant le col­lier de la Légion d’honneur autour du cou et un scep­tre à la main ; elle était l’une des pre­mières sculp­tures en bronze mais le pro­jet du mon­u­ment fut aban­don­né en 1849, faute de crédits.

En France, Car­lo Maro­chet­ti a été cheva­lier de la Légion d’hon­neur mais c’est le Roi de Sar­daigne qui l’a créé baron. Il fut maire de Vaux-sur-Seine, comme l’avait été son père.

Témoignages de deux proches d’anciens généraux de Napoléon Bonaparte

Comme La Gazette séquani­enne ne peut pas être trou­vée dans les archives publiques, nous avons recon­sti­tué ces évo­ca­tions du pas­sage de la flot­tille dans notre ter­ri­toire ; ces témoignages sont, toute­fois, très peu imaginaires.

Vic­tor de Latour-Fois­sac, à Vilaines (Vil­lennes aujourd’hui)

« Je n’ai pas vu la flotille remon­ter la Seine. La rai­son n’est pas que l’Île de Mignot empêche, depuis ma demeure, le Château d’Hacqueville, d’apercevoir le grand bras du fleuve. Si mon père était encore de ce monde, il n’aurait pas voulu voir revenir de son exil loin­tain celui qui l’avait envoyé en exil intérieur à Vilaines.

Sous-lieu­tenant au 7e rég­i­ment de drag­ons, j’étais son aide de camp lorsque j’ai par­ticipé avec lui à la défense de Man­toue, dont il était le gou­verneur. Après la prise, par l’ armée autrichi­enne, de la ville qu’elle assiégeait, Bona­parte l’avait des­ti­tué, lui reti­rant le droit de porter un uni­forme mil­i­taire à l’avenir. Il a acquis Hac­queville, où il a vécu ses trois dernières années en “rési­dence for­cée”, sous la sur­veil­lance de la Police d’Etat. 

Mon frère ainé, général de divi­sion, et moi-même, colonel, nous avons suivi sa voie. Nous avons hérité du Château d’Hacqueville  après avoir aidé notre père pour pay­er des sommes énormes afin de rétablir tous les bâti­ments, le parc et les murs de clô­ture. J’espère qu’ils résis­teront plus de deux siè­cles. La dépouille de Napoléon reste, seule, dans la chapelle Saint-Jérôme de l’Eglise Saint-Louis des Invalides. Mon père et ma mère, reposant dans la chapelle de notre Domaine d’Hacqueville, seront entourés par leurs deux fils et mes descendants ! »

Le général François Philippe de Latour-Foissac

La ville où il est né au milieu du XVIIe siè­cle, Min­feld, est une ville alle­mande, très proche du nord de l’Alsace, qui fai­sait par­tie de 1792 à 1815 du départe­ment français du Bas-Rhin ; le futur général s’était fixé en Alsace, notam­ment à Phals­bourg, où son grand-père avait été lieu­tenant colonel, son père ayant été cap­i­taine au rég­i­ment d’Alsace.

Il est donc logique qu’il ait été choisi pour lever, pen­dant plusieurs années, le cours du Rhin, avant de rédi­ger des mémoires d’at­taque et de défense pour les rives de ce fleuve frontière.

Après sa  par­tic­i­pa­tion, en tant que cap­i­taine à la guerre d’indépen­dance améri­caine, il devint chef du génie à Phals­bourg ; il y con­stru­isit la fontaine royale, ouvrage hydraulique qui fut alors con­sid­éré comme un chef-d’œu­vre, et il rédi­gea trois vol­umes sur la guerre de sièges pour l’in­struc­tion des jeunes officiers.

Au moment de la Révo­lu­tion, cap­i­taine de la Garde Nationale du can­ton de Phals­bourg, il devint mem­bre du direc­toire du départe­ment de Meur­the. Tout en se mon­trant favor­able aux idées nou­velles, il eut un rôle mod­éra­teur et pro­tégea notam­ment les mem­bres de la colonie israélite locale. Les hos­til­ités con­tre l’Autriche et la Prusse le rendirent à la vie mil­i­taire et accélérèrent son avance­ment jusqu’au grade de général de brigade provisoire.

Pen­dant la ter­reur, il fut sus­pendu et empris­on­né mais le comité de Salut Pub­lic le réin­té­gra comme chef de batail­lon avant sa nom­i­na­tion au grade de général de brigade. Après plusieurs affec­ta­tions, il a rejoint à l’ar­mée d’I­tal­ie ; en tant que gou­verneur de Man­toue lors de l’in­va­sion de la pénin­sule par les Aus­tro-Russ­es en 1799, il dut défendre la place dans des con­di­tions très dif­fi­ciles. Il capit­u­la après avoir résisté pen­dant qua­tre mois, n’ayant pas pu met­tre en œuvre ses enseigne­ments sur la guerre de sièges !

Cor­re­spon­dance de Napoléon Ier au citoyen Carnot, min­istre de la guerre, rel­a­tive à la des­ti­tu­tion de François Philippe de Latour-Foissac

Félic­ité Lep­ic née Geof­froy, à Andrésy

« Au milieu de nom­breux habi­tants d’Andrésy, mes deux fils et moi, nous sommes allés, non loin du Manoir, notre pro­priété famil­iale, sur la berge de la Seine près du con­flu­ent de l’Oise, pour ren­dre hom­mage à Napoléon.

Mal­heureuse­ment, mon cher époux Louis qui l’avait accom­pa­g­né pen­dant de nom­breuses années, n’est plus là. Notre fils Antoine Joachim Hip­poly­te a dis­paru, égale­ment mais très récem­ment, trop tôt à l’âge de 29 ans : cap­i­taine de spahis en Algérie, il était l’un des 10 000 sol­dats français com­mandés par les ducs d’Or­léans et d’Au­male, lorsqu’il est mort au com­bat près de Bli­da, en avril dernier.

J’ai tenu à ce que son frère Jacques Philippe Auguste soit avec nous pour saluer l’empereur, à son pas­sage. Sous-lieu­tenant dans le corps des spahis ’Oran, il est revenu d’Algérie avec une cita­tion à l’or­dre de la divi­sion pour sa belle con­duite au com­bat ; il vient d’être nom­mé cap­i­taine au 9e Hussards.

Notre fils aîné, Louis Joseph, auquel nous avons don­né le troisième prénom Napoléon, était égale­ment présent. Il a fait de même pour son fils Ludovic, né l’année dernière, mais comme deux­ième prénom. J’espère que, sous ce patron­age sym­bol­ique, mon unique petit-fils per­pétuera la lignée des Lep­ic ; il est notre prin­ci­pal atout. Sera-t-il mil­i­taire comme les autres hommes de la famille ou met­tra-t-il à prof­it d’autres tal­ents, trans­mis par son père ? Sans être un artiste, il est un ama­teur et grand con­nais­seur des beaux-arts ; ses vis­ites de musées et de col­lec­tions privées l’ont con­duit à con­stituer sa pro­pre col­lec­tion de pein­tures. »

Le général Louis Lepic


Louis Lep­ic (tableau posthume), Louis-Charles Arsenne, 1842, Musée de l’Armée.

Faisant par­tie de l’ar­mée d’l­tal­ie de 1796 à 1805, Louis Lep­ic avait été nom­mé colonel major des grenadiers à cheval de la Garde impéri­ale après la bataille d’Austerlitz. Il avait par­ticipé aux cam­pagnes de Prusse et de Pologne. Sa charge héroïque, à la tête de ses cav­a­liers con­tre l’infanterie russe, lors de la bataille d’Eylau, lui a valu d’être griève­ment blessé et d’être pro­mu, sur le champ, général de brigade par Napoléon. Pro­mu cap­i­taine-général après la bataille de Wagram, il fut fait baron de l’Em­pire en 1809 après la cam­pagne d’Espagne. Puis, tou­jours avec la Garde impéri­ale, il par­tic­i­pa à la cam­pagne de Russie. Nom­mé général de divi­sion en 1813, il com­man­da le 2e rég­i­ment de la Garde d’hon­neur pen­dant la cam­pagne de Saxe, puis celle de France qui s’est ter­minée par la défaite des armées de Napoléon.

En févri­er 1807, juste après la bataille d’Eylau, à l’occasion d’une chas­se avec Napoléon sur l’Hautil, il se seraient arrêtés dans la ferme seigneuri­ale d’Andrésy, appar­tenant à Pierre Joseph Geof­froy, notable et maire de Mau­re­court.  Le général Lep­ic serait, alors, tombé amoureux de sa fille Félic­ité, qu’il a ensuite épousée.


Maque­tte de stat­ue équestre pour le pro­jet de mon­u­ment à Napoléon Ier, Car­lo Maro­chet­ti, Bal­ti­more, Wal­ters Art Museum

Louis Lep­ic avait com­mencé sa car­rière mil­i­taire dans l’armée d’Italie alors que Philippe de Latour-Fois­sac y avait ter­miné la sienne ! Le pre­mier repose dans l’ancien cimetière d’Andrésy, le deux­ième dans la chapelle du parc du Château d’Aqueville à Vil­lennes. Quant à Bona­parte devenu sim­ple­ment Napoléon, qu’ils avaient servis, ses restes sont tou­jours con­servés sous le dôme des Invalides ; lorsque le tombeau fut achevé, plus de vingt ans après le retour des cen­dres, elles y avaient été trans­portées, de la chapelle Saint-Jérôme, une chapelle annexe de la Cathé­drale Saint-Louis, qui avait été autre­fois réservée à la famille royale pour suiv­re la messe séparé­ment des sol­dats. Ce tombeau n’est pas sur­mon­té de la stat­ue équestre de Car­lo Maro­chet­ti, qui a dis­paru. Lorsqu’il a été instal­lé, un autre empereur, nom­mé Napoléon, était au pou­voir : il était le neveu du premier !

Principales sources

  1. Les Lep­ic, une famille de nota­bles andrésiens au 19èmesiè­cle, Eve­lyne Hervé, Club His­torique d’Andrésy
  2. Pois­sy et son his­toire, Nar­cisse Noël, Cer­cle d’Etudes His­toriques et Archéologiques, 1978
  3. Napoléon : le retour des cen­dres, Jean-Marie Homet, Mag­a­zine L’Histoire N°272, jan­vi­er 2003
  4. His­toire de l’ex­pédi­tion de la flot­tille de bateaux à vapeur de la Seine : les Dorades, les Etoiles, le Zam­pa, la Parisi­enne et le Mon­tereau, envoyés par le gou­verne­ment français à la ren­con­tre de la dépouille mortelle de l’empereur Napoléon, précédée d’un pré­cis de l’ex­pédi­tion de Sainte-Hélène et suiv­ie d’un coup d’œil sur les céré­monies qui ont eu lieu à Paris, d’après MM. le baron Emmanuel de Las Cas­es, l’ab­bé Félix Coquereau, Eugène de Monglave, plusieurs officiers de la fré­gate la Belle-Poule et de la corvette la Favorite, et les cap­i­taines des bateaux à vapeur les Dorades et les Etoiles, 1841
  5. Site Inter­net ville-imperiale.com
  6. Le général baron Claude Ursule Gency 1765–1845, Madeleine Arnold Tetard

 

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