Actua­li­tés

Les com­man­di­taires et le construc­teur de la Mai­son de fer de Pois­sy (pre­mière par­tie)

par | 28 sep­tembre 2020 | His­toire, Pois­sy

L’i­nau­gu­ra­tion de la Mai­son de fer de Pois­sy, recons­truite dans la Parc Meis­so­nier, avec la petite-fille des pre­miers pro­prié­taires (pho­to MK)

L’inau­gu­ra­tion, le same­di 19 sep­tembre 2020, de la Mai­son de fer de Pois­sy, recons­truite dans le Parc Meis­so­nier, a mar­qué la renais­sance de cet impor­tant élé­ment du patri­moine local. Elle a été l’aboutissement d’un remar­quable pro­jet de sau­ve­tage du bâti­ment ori­gi­nal en ruines, construit en 1896.

L’expression « ins­pi­ra­tion eif­fe­lienne » a été uti­li­sée dans les dis­cours alors que Gus­tave Eif­fel n’a construit aucune mai­son métal­lique ; tou­te­fois, la pater­ni­té de cet édi­fice, net­te­ment attri­buée à l’in­gé­nieur belge Joseph Dan­ly comme le prouvent diverses archives, est, désor­mais, recon­nue par la Ville de Pois­sy et les médias mais pas encore com­plè­te­ment par le minis­tère de la Culture, dans sa base de don­nées Méri­mée(1) sur le patri­moine archi­tec­tu­ral fran­çais.

Janine de Coninck, petite-fille des pre­miers pro­prié­taires, était pré­sente à cette inau­gu­ra­tion alors qu’elle pour­rait, dans cinq ans, fêter son cen­tième anni­ver­saire. Elle a racon­té ses séjours dans cette mai­son pen­dant toutes les vacances de sa jeu­nesse. La deuxième par­tie de cet article sera consa­cré à Joseph Dan­ly, dont aucun éven­tuel des­cen­dant n’a été convié à l’inauguration de cette nou­velle Mai­son de fer de Pois­sy.

Les habi­tants suc­ces­sifs de la mai­son, sise au 1 Che­min de la Mala­dre­rie

Flo­rence Xolin qui a par­ti­ci­pé, acti­ve­ment, à ce pro­jet en tant qu’adjointe au maire, délé­guée au patri­moine, dans la pré­cé­dente muni­ci­pa­li­té avait, dans le maga­zine muni­ci­pal Le Pis­cia­cais(2), évo­qué plu­sieurs pro­prié­taires de cette mai­son, dont les pre­miers : Georges de Coninck et son épouse pos­sé­daient le ter­rain, à La Mala­dre­rie, où ils ont fait construire cette mai­son. « Lors de la construc­tion, le ter­rain […] est encore situé au milieu des champs. La grande bâtisse est com­po­sée de trois niveaux. À l’a­vant un large per­ron lui donne un air de mai­son de maître du Sud des Etats-Unis, une ter­rasse située au-des­sus de cette avan­cée et un clo­che­ton sur le toit achèvent de lui don­ner son allure de belle demeure. Le pro­prié­taire en fait une rési­dence de vil­lé­gia­ture dans laquelle il se met au vert avec sa famille. »


Loca­li­sa­tion de la mai­son, en bas à droite, sur un extrait cadas­tral de 1983

Un article sur les mai­sons Dan­ly(3) nous fait connaître les divers autres habi­tants de la mai­son : « La nièce de Georges de Coninck, Anne Mary Renée de Coninck, y a ensuite habi­té avec son mari Ray­mond Lerch, jusqu’au milieu des années 1940. Elle est ensuite acquise par les époux Croi­sier, puis louée à des per­sonnes qui tra­vaillaient à la socié­té d’élevage de chiens de la Cou­draie. En 1960 elle est ache­tée par Gian­car­lo Baro­ni, anti­quaire ita­lien, et son épouse Jen­ni­fer Yates. La mai­son de Pois­sy a été habi­tée pro­ba­ble­ment jusqu’en 1980, avant d’être mise en vente, sans suc­cès, aban­don­née, squat­tée, et sac­ca­gée. La mai­son et le ter­rain sur lequel elle se trouve furent ensuite rache­tés par expro­pria­tion par l’Etat en février 1981 afin de construire l’autoroute A14.» La Ville de Pois­sy a ache­té les ves­tiges en 2016.


© Inven­taire géné­ral, ADAGP

L’antiquaire ita­lien Gian­car­lo Baro­ni (1926−2007) était un ama­teur d’art dont la col­lec­tion a été ven­due en 2013 par Sotheby’s(4) : des pein­tures réa­li­sées depuis le XVe siècle, com­pre­nant notam­ment des œuvres de El Gre­co, Gio­van­ni Pao­lo Pani­ni, Giam­bat­tis­ta Tie­po­lo, Edgar Degas, Eva Gon­zales and Gio­van­ni Bol­di­ni ; des tableaux impres­sion­nistes ain­si que des œuvres d’art moderne et d’arts déco­ra­tifs. A sa suite, ses trois fils sont deve­nus mar­chands d’art à Paris et à Londres.

Les pre­miers pro­prié­taires et leur famille

Georges Frédéric de Coninck a cer­tai­ne­ment choi­si sur cata­logue, avec son épouse, Sarah Wins­low, la mai­son qu’ils ont fait bâtir à Pois­sy. Un des des­cen­dants de la famille nous le fait connaître(5) : né en 1848 dans le dépar­te­ment de la Seine infé­rieure (deve­nue mari­time), il est décé­dé en 1934 à Pois­sy. Son père était ori­gi­naire non pas de Bel­gique mais du Dane­mark. Le jour­nal Paris-Nor­man­die a consa­cré un article(6) à son grand-oncle Frédéric de Coninck : « [… sa] famille fran­çaise pro­tes­tante ayant fui son pays, à la suite de la révo­ca­tion de l’Édit de Nantes (1685). Son grand-père, natif de La Haye, avait rejoint le Dane­mark à la tête d’un négoce inter­na­tio­nal flo­ris­sant, ce qui lui avait valu de deve­nir le direc­teur du Maga­sin géné­ral du royaume du Dane­mark. De retour aux affaires pri­vées, l’aïeul était consi­dé­ré comme l’un des plus grands arma­teurs danois, avec 64 vais­seaux dont il tirait pro­fit sur la route mari­time des Indes orien­tales ! « ». Il a déve­lop­pé, au Havre, une entre­prise de négoce et de répa­ra­tion navale, avant de se consa­crer à des tra­vaux d’économie poli­tique, à des œuvres phi­lan­thro­piques et à la rédac­tion de très nom­breux ouvrages. Ses deux frères, dont le grand-père de Georges, sont deve­nus ses asso­ciés. La famille s’est ins­tal­lée à Ingou­ville, un fau­bourg du Havre, où Georges est né.

Son père, poly­tech­ni­cien, après avoir été offi­cier d’état-major, était deve­nu copro­prié­taire d’une savon­ne­rie nan­taise et avait, ensuite, rejoint son frère qui diri­geait la mai­son de com­merce « De Coninck Frères ». Georges a choi­si une autre voie : ingé­nieur chi­miste, il a été direc­teur d’établissements tex­tiles à Bol­bec (Seine infé­rieure), à Tver en Rus­sie et à Bar­ce­lone en Espagne.

Isa­belle Sarah Wins­low (1857−1945), l’épouse de Georges de Coninck, était, éga­le­ment, ori­gi­naire d’Ingouville, où rési­daient des diri­geants de diverses entre­prises locales. Elle était une petite-fille de Jere­miah Wins­low, arma­teur balei­nier amé­ri­cain qui s’était éta­bli au Havre vers 1810, à l’appel du gou­ver­ne­ment fran­çais. Il a fait de ce port le pre­mier de France pour la chasse à la baleine.

Après avoir été mili­taire et exploi­tant agri­cole en Algé­rie, Fran­cis Wins­low, frère de Sarah, a été éle­veur à La Mala­dre­rie. Il est décé­dé en 1946 à Pois­sy.

La jeune fille de la Mala, une femme inoxy­dable

Lors de l’inauguration de la Mai­son de fer recons­truite, Janine de Coninck, petite-fille de Georges et Sarah de Coninck, est appa­rue, à 95 ans, dotée d’une san­té de fer.

Janine de Coninck dis­cu­tant avec des comé­diens repré­sen­tant ses grands-parents

Venue spé­cia­le­ment de sa rési­dence de la Côte d’A­zur, elle s’est expri­mée très clai­re­ment, pour faire part de ses sou­ve­nirs de jeu­nesse :

« Je retrouve cette mai­son que j’ai habi­tée pen­dant toutes les vacances de mon enfance jusqu’à la guerre. Après, mal­heu­reu­se­ment, je l’ai vue se dégra­der et je n’espérais pas, abso­lu­ment, la voir renaître un jour. Main­te­nant, ça y est, c’est fait ! A mon époque, on l’appelait La Mala parce qu’elle était située à La Mala­dre­rie. C’était la pleine cam­pagne, au milieu des choux-fleurs. C’était une mai­son confor­table. Il n’y avait pas l’électricité mais le télé­phone : le 7 à Pois­sy, c’était facile à rete­nir. […] Aujourd’hui, je vis un rêve. Mer­ci beau­coup à tous ceux qui ont tra­vaillé pour cette réa­li­sa­tion. C’est vrai­ment un suc­cès ! ».

Sources et réfé­rences

  1. https://​www​.pop​.culture​.gouv​.fr/​n​o​t​i​c​e​/​m​e​r​i​m​e​e​/​I​A​7​8​0​0​0​391
  2. Le Pis­cia­cais, n°111, mai 2015
  3. Les “mai­sons” du sys­tème Dan­ly (Bra­ham M., Car­ré G.; avril 2015).
    http://maisons-metalliques-francaises.org/sites/default/files/pdf/Maisons%20Danly.pdf
  4. http://​www​.sothe​bys​.com/​e​n​/​a​u​c​t​i​o​n​s​/​2​0​1​2​/​s​o​-​b​a​r​o​n​i​-​n​0​8​8​5​7​.​h​tml
  5. https://gw.geneanet.org/payenneville?lang=fr&n=de+coninck&p=georges+frederic
    6. La riche his­toire de Frédéric de Coninck, un exi­lé de retour dans sa ville du Havrehttps://​www​.paris​-nor​man​die​.fr/​a​c​t​u​a​l​i​t​e​s​/​s​o​c​i​e​t​e​/​l​a​-​r​i​c​h​e​-​h​i​s​t​o​i​r​e​-​d​e​-​f​r​e​d​e​r​i​c​-​d​e​-​c​o​n​i​n​c​k​-​u​n​-​e​x​i​l​e​-​d​e​-​r​e​t​o​u​r​-​d​a​n​s​-​s​a​-​v​i​l​l​e​-​d​u​-​h​a​v​r​e​-​D​M​1​6​2​9​0​560

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