Actualités

Quel avenir pour les autoroutes en zone urbaine ? L’exemple de la RD 154

par | 24 févri­er 2021 | Poli­tique, Verneuil-sur-Seine

Le nou­velle équipe munic­i­pale de Verneuil-sur-Seine s’op­pose désor­mais à la volon­té de Pierre Bédi­er, prési­dent du Con­seil départe­men­tal des Yve­lines, farouche par­ti­sant de ce pro­jet d’un autre âge. (J2R)

Le pro­jet de la dévi­a­tion de la RD 154 devrait pass­er aux oubli­ettes de l’histoire locale mais le dinosaure de la poli­tique yveli­noise, Pierre Bédi­er, entend laiss­er sa mar­que avec cette infra­struc­ture routière. Avec ce pas­sage à la nou­velle année où notre vie, tout comme notre infor­ma­tion quo­ti­di­enne, était entière­ment occupée par le coro­n­avirus, notre vie poli­tique locale était passée au sec­ond plan ! Voici notre dossier sur les pro­jets d’au­toroutes en zone urbaine.

« Si, mal­gré son coût exor­bi­tant, la A104 doit se con­cré­tis­er, elle restera presque une nui­sance nég­lige­able par rap­port à tout ce qu’elle va, de toute façon, induire d’urbanisation et d’industrialisation. Des gens espèrent tir­er d’énormes prof­its de l’exploitation de la plaine d’Achères et de la boucle de Chanteloup. Andrésy et l’Hautil n’auront plus rien à voir avec le petit coin de ver­dure pour lequel, il y a 22 ans, nous avions eu le coup de foudre. » Ce témoignage date de 25 ans ; il pour­rait illus­tr­er aujourd’hui le sen­ti­ment général­isé de mem­bres du CO.P.R.A. 184(1). Le com­bat de presque une généra­tion n’est pas ter­miné car « un report n’est pas un aban­don ! », comme l’af­fir­ment les opposants à l’A104, dis­séminés dans les villes de la Con­flu­ence et de la par­tie est de la Val­lée de la Seine. En out­re, la pop­u­la­tion actuelle rejette mas­sive­ment ce pro­jet depuis le débat pub­lic de 2006 et con­tin­ue à faire trem­bler les autorités com­pé­tentes et les élus sus­cep­ti­bles de vouloir relancer l’autoroute urbaine pour « accroître l’attractivité de nos ter­ri­toires ». La con­trainte envi­ron­nemen­tale et le change­ment cli­ma­tique ont changé la donne en la matière. Le Rap­port Duron(2) de févri­er 2018 et les Assis­es de la mobil­ité de fin 2018 ont con­clu vers une alter­na­tive à la mobil­ité : « le report des usagers vers les trans­ports col­lec­tifs et les solu­tions alter­na­tives » à la logique et à la poli­tique de la voiture individuelle.

Un projet  « d’un autre âge »

En réal­ité, les acteurs de ter­ri­toire ont vécu un change­ment dans la notion de déplace­ments. Depuis les années 1980, nous sommes passés d’une logique tech­nique vers une logique trans­ver­sale qui per­met de se déplac­er « facile­ment et effi­cace­ment » dans des bassins de vie, en nous appuyant sur des modes de déplace­ment dif­férents tels la voiture indi­vidu­elle, le vélo et la marche à pied, artic­ulés avec les réseaux de trans­port en com­mun (chemin de fer et bus). En 1982, la Loi d’ori­en­ta­tion des trans­ports intérieurs (LOTI) posait les fon­da­tions sur lesquelles ont été bâtis les sys­tèmes de trans­ports d’aujourd’hui. En 1996, la Loi sur l’air décré­tait la pri­or­ité aux trans­ports publics. En 2000, la loi rel­a­tive à la sol­i­dar­ité et au renou­velle­ment urbains (SRU) a égale­ment per­mis de com­pléter l’arsenal juridique et de met­tre en place des out­ils pour s’assurer d’atteindre des objec­tifs d’une mobil­ité en phase avec des enjeux d’aujourd’hui.  Par exem­ple, com­ment faire pour dévelop­per un ter­ri­toire tout en préser­vant son pat­ri­moine naturel et archi­tec­tur­al ? Faut-il chercher un équili­bre entre l’effort pour la con­struc­tion de loge­ments et celui du développe­ment de nou­velles mobil­ités, met­tant en œuvre des équipements publics néces­saires actuelle­ment et dans le futur ?  Si des infra­struc­tures routières en font par­tie, pour quel niveau de cir­cu­la­tion (local, nation­al ou inter­na­tion­al) doivent-elles être prévues ? Dans les Yve­lines, aucune de ces ques­tions n’a été abor­dée claire­ment dans les dernières décennies.

1. Un “saucis­son­nage” routi­er
C’est dans ce con­texte que cer­tains élus, notam­ment le prési­dent du Départe­ment des Yve­lines, Pierre Bédi­er, con­tin­u­ent à œuvr­er pour la con­struc­tion d’une autoroute A104 bis. La déci­sion de con­stru­ire la dévi­a­tion de la RD 154 a été prise par le con­seil départe­men­tal le 21 décem­bre 2004 ; depuis cette date, Pierre Bédi­er n’a pas changé d’avis sur la dévi­a­tion. Selon le site Inter­net du départe­ment, les travaux de la dévi­a­tion pour­raient com­mencer à l’automne 2021(3). En matière d’infrastructures routières, Philippe Tautou, ancien maire de Verneuil-sur-Seine,  ancien con­seiller départe­men­tal et précé­dent prési­dent de GPS&O, l’avait déjà explic­ité, en févri­er 2008, à la rédac­tion du J2R : MM. Tautou et Bédi­er pré­con­i­saient des voies de con­tourne­ment au nord et au sud des Yve­lines ! Dernière­ment, en févri­er 2021, le Départe­ment des Yve­lines a fait savoir qu’un pro­jet d’au­toroute urbaine reliant l’A13 au niveau d’Epône, jusqu’au Val‑d’Oise. Cet échangeur serait poten­tielle­ment con­stru­it pour reli­er la RD-113 à la RD-190 au niveau de la com­mune de Gar­genville. Le but est de dé-sat­ur­er les fran­chisse­ments sur la Seine pour un coût estimé à 70 mil­lions d’Euros. 

Toutes ces ini­tia­tives s’appuieraient égale­ment sur la créa­tion d’un nou­veau pont entre les villes d’Achères et de Pois­sy. « Pois­sy sera libéré de son abom­inable traf­ic. De plus, ceci est un pro­jet local, il n’y a aucun rap­port entre ce pont et l’autoroute A104 »(4) Sur le papi­er, il n’y a aucun rap­port mais les faits sont têtus pour nous démon­tr­er que la logique “tout auto­mo­bile” domine encore chez les décideurs poli­tiques actuels.


Sché­ma de la A 104 bis selon le CO.P.R.A. 184

L’idée est de pro­longer la RD 30 vers la RD 190 en pas­sant par le futur Pont d’Achères, entre Achères et Car­rières-sous-Pois­sy, et tra­vers­er la plaine pour pren­dre le Pont de Triel pour ensuite débouch­er sur la rive gauche et pro­longer l’infrastructure autoroutière par la dévi­a­tion de la  RD 154. C’est une sorte de saucis­son­nage du « pro­longe­ment de l’autoroute A 104 » en pas­sant par la boucle de Chanteloup(5) !  Pour l’ADIV Envi­ron­nement, plus on con­stru­it de routes, plus il y a de voitures et si la cir­cu­la­tion s’améliore ponctuelle­ment, elle empire quelques kilo­mètres plus loin. Mal­gré divers­es annonces sur le développe­ment du vélo pour faire « éco­lo », Pierre Bédi­er reste fer­me­ment attaché à la con­struc­tion de nou­velles routes qui, pour lui, sont indis­pens­ables au développe­ment économique. Pour les opposants de la dévi­a­tion, c’est une vision du passé.

2. Pierre Bédi­er veut sa déviation

 Mal­gré une con­sul­ta­tion locale au résul­tat incon­testable, le chef poli­tique du départe­ment per­siste et signe. (DR)

Le 9 décem­bre 2020, devant un parterre d’élus de la Val­lée de la Seine, le prési­dent Bédi­er et le vice-prési­dent aux mobil­ités, Jean-François Ray­nal, ont per­sisté à vouloir con­stru­ire cette dévi­a­tion, avec l’ob­jec­tif de ter­min­er les travaux en 2024, mal­gré l’opposition de 80 % des Ver­no­liens et le rejet clair des Ver­no­li­tains et des Chapetois.

Pen­dant ce temps de débats publics, les travaux de la dévi­a­tion de la RD 154 n’ont pas com­mencé dans le Bois de Verneuil : le pan­neau d’affichage annonçant des coupes à l’entrée du bois ne con­cerne que la coupe d’arbres le long des sen­tiers pour la sécu­rité des promeneurs  ; ce sont prin­ci­pale­ment des châ­taig­niers vic­times des sécher­ess­es des dernières années, l’effet du dérè­gle­ment cli­ma­tique étant déjà bien vis­i­ble dans les milieux forestiers.

Comme les habi­tants con­cernés se sont pronon­cés con­tre le pro­jet, les argu­ments du départe­ment ont changé : il ne s’agit plus sim­ple­ment de dimin­uer les nui­sances dans les cen­tres-ville ; la dévi­a­tion de la RD 154 est de nou­veau présen­tée comme un mail­lon d’un ensem­ble des­tiné à amélior­er la cir­cu­la­tion (avec la liai­son RD 30-RD 190 et la con­struc­tion du Pont d’Achères). Cet objec­tif de la dévi­a­tion n’étant absol­u­ment pas men­tion­né sur le site Inter­net du départe­ment, la vérité nous aurait-elle été cachée ?

En ce qui con­cerne, l’annonce du départe­ment dis­ant qu’il ne bougerait pas d’un mil­limètre sa posi­tion sur la dévi­a­tion de la RD 154, ce n’est pas très sur­prenant : Pierre Bédi­er ne va pas aban­don­ner si facile­ment la par­tie, la con­sul­ta­tion citoyenne organ­isée par les munic­i­pal­ités n’ayant été que consultative.

3. Une rhé­torique con­testable
Absence de bon sens et com­porte­ment mou­ton­nier : le dernier con­seil com­mu­nau­taire de GPS&O du 10 décem­bre 2020, dont une vidéo a été dif­fusée en direct, a mon­tré le très majori­taire “doigt sur la cou­ture” des élus. Il a suf­fi d’une inter­ven­tion de Pierre Bédi­er arguant de l’exclusive com­pé­tence départe­men­tale pour dénier toute légitim­ité à la con­sul­ta­tion locale ! Le con­seil a voté comme un seul homme, sans débat et à bul­letins secrets, le déplace­ment en douceur d’habi­tants séden­tarisés, faisant ain­si sauter un des derniers obsta­cles à la réal­i­sa­tion du pro­jet de dévi­a­tion de la RD 154.

Ne croyez, toute­fois, pas que la con­sul­ta­tion citoyenne a été inutile : elle a mon­tré sans ambiguïté l’opposition des habi­tants et a fait per­dre toute légitim­ité au pro­jet. C’est un obsta­cle de plus à la con­struc­tion de la dévi­a­tion même si Pierre Bédi­er sem­ble pour le moment vouloir pass­er en force. S’appuyant sur une rhé­torique con­testé et con­testable, il bal­aie les argu­ments des maires, qui ont légiti­ment posé la ques­tion dans le cadre de cette con­sul­ta­tion de 2020. Con­traire­ment à ce qu’af­firme M. Bédi­er, la clause de com­pé­tence générale des com­munes leur per­met de se pro­téger de l’empiétement de l’E­tat et des autres col­lec­tiv­ités ; depuis 2015, seules les com­munes béné­fi­cient ce ce droit(6).

Quant aux com­pé­tences des maires, M. Aufrechter a, évidem­ment, con­testé les affir­ma­tions de Pierre Bédi­er : la dévi­a­tion de la RD 145 « n’est pas dans [ses] com­pé­tences mais le pro­jet con­cerne la com­mune. Se faire impos­er des pro­jets qui ne sont pas les [siens] par des col­lec­tiv­ités supérieures qui sont cen­sées être nos parte­naires, c’est com­pliqué à admet­tre. De plus, la vraie ques­tion est de savoir ce que l’on veut pour la com­mune ? Veut-on pro­téger des espaces boisés, des plaines agri­coles. [Il] ne croi[t] pas que la pri­or­ité est de défig­ur­er le bois d’un côté et de favoris­er la tra­ver­sée des poids lourds. Au con­traire, il faut repenser la cir­cu­la­tion de manière glob­ale dans la ville et, d’ici fin 2022, la com­mune de Verneuil organ­is­erait une grande con­sul­ta­tion sur la cir­cu­la­tion. »

Dans le passé, les maires des deux villes, Verneuil-sur-Seine et Vernouil­let, étaient d’ac­cord pour réalis­er cette route. Trente ans après, cer­tains maires pensent que cela ne les regarde pas ou se sont posi­tion­nés con­tre. « Ce con­tourne­ment est mon­tré comme la solu­tion à tous les prob­lèmes de cir­cu­la­tion ; il ne résoudrait rien mais il créerait des nui­sances et détru­irait notre envi­ron­nement. C’est franche­ment le com­bat entre l’ancien monde et le nou­veau », a con­clu M. Aufrechter.

Constitution d’une coalition contre la déviation RD 154

« Je vais frein­er ce pro­jet », c’est la phrase à retenir du déplace­ment au Bois de Verneuil-sur-Seine, le 29 jan­vi­er 2021, d’Audrey Pul­var, tête de liste de la gauche aux élec­tions régionales. (J2R)

Le pro­jet de la con­struc­tion de la dévi­a­tion de la RD 154 est encore parsemé d’embûches : des procé­dures régle­men­taires n’ont pas été achevées par le départe­ment et il doit encore obtenir des autori­sa­tions, notam­ment une déro­ga­tion pour la destruc­tion d’espèces pro­tégées. Sur le plan poli­tique, il y a aus­si les élec­tions départe­men­tales qui se dérouleront a pri­ori en juin prochain : quelle sera la posi­tion sur la dévi­a­tion de la RD 154 du can­di­dat qui sera soutenu par Pierre Bédi­er,  lors de la cam­pagne élec­torale ? Les villes de Verneuil et de Vernouil­let représen­tent un tiers des électeurs du can­ton : les opposant sauront-ils rap­pel­er à ce can­di­dat l’importance de son posi­tion­nement sur la ques­tion(7). Que fer­ont les maires des trois com­munes qui vien­nent de s’exprimer, suite à la con­sul­ta­tion citoyenne de 2020 ?

1. Cli­vage gauche-droite, clas­sique
Entourée de ses « cama­rades d’Île-de-France en Com­mun » et de mem­bres asso­ci­at­ifs, Mme Pul­var a longue­ment décor­tiqué le pro­jet de dévi­a­tion de la RD 154, qui est au cen­tre du bras de fer entre la tête du départe­ment et les élus des trois villes qui seraient impactées par cette autoroute urbaine. Pour Mme Pul­var, ce pro­jet est dépassé et anachronique dans une région qui mérite une alter­na­tive à des poli­tiques publiques de droite clas­sique. Dans un affron­te­ment clas­sique gauche-droite, le cli­vage sur cette dévi­a­tion devient une réal­ité politique.

Après s’être déclarée offi­cielle­ment tête de liste aux élec­tions régionales, Audrey Pul­var a vis­ité le Bois de Verneuil-sur-Seine, mon­trant son oppo­si­tion au pro­jet de dévi­a­tion de la RD 154 qui coûterait env­i­ron 30 mil­lions d’euros.  Elle a mis l’accent sur le change­ment de con­texte et donc de par­a­digme pour don­ner une ori­en­ta­tion écologique à la poli­tique des déplace­ments. Pour la can­di­date, les hommes et les femmes poli­tiques devraient « associ­er les citoyens à la vie démoc­ra­tique », donc aux choix stratégiques des ter­ri­toires. La con­sul­ta­tion citoyenne d’octobre 2020 a démon­tré que « le rejet [de cette dévi­a­tion] était unanime ». De sur­croît, selon Mme Pul­var, il est faux de dire que « la mobil­ité se base d’une manière prépondérante sur la voiture indi­vidu­elle, ce qui néces­sit­erait davan­tage d’infrastructures routières ». Suite à un échange avec Bernard Destombes, prési­dent de l’ADIV Envi­ron­nement et Ben­jamin Fougères, secré­taire de cette asso­ci­a­tion, Mme Pul­var a dénon­cé ce pro­jet autorouti­er qui détru­irait l’environnement, notam­ment la bio­di­ver­sité du Bois de Verneuil-sur-Seine.

Mme Pul­var envis­age, si elle est élue, de « sus­pendre totale­ment » ce pro­jet dépassé et anachronique, la Région Île-de-France méri­tant une alter­na­tive à des poli­tiques publiques de droite clas­sique. Cette vis­ite mon­tre que le pro­jet de dévi­a­tion de la RD 154 est devenu non seule­ment un point cli­vant pour la droite clas­sique, mais un des enjeux majeurs de la prochaine cam­pagne pour les élec­tions régionales.

2. Cli­vage intergénéra­tionnel
Pour le maire de Verneuil-sur-Seine, Fabi­en Aufrechter, ce pro­jet illus­tre ce que l’on ne doit plus faire en 2021. « Aujourd’hui, nous sommes face à un pro­jet qui date de 60 ans ; ce pro­jet a été d’abord le pro­jet des maires. En 2004, il y avait l’unanimité pour le pro­jet, qui remonte à des pro­jets visant à urbanis­er le Bois de Verneuil qui avaient été prévus dans les années 60. Les choses ont évolué d’un seul coup, d’abord pour con­naître les besoins en ter­mes de mobil­ités et d’environnement dans le ter­ri­toire car à l’époque il n’y avait pas d’autres solu­tions pour désen­gorg­er le ter­ri­toire. Main­tenant oui, donc il faut repenser le ter­ri­toire en pro­posant d’autres pro­jets comme avec Éole. Sur le plan juridique, le maire de Verneuil-sur-Seine ne peut rien faire. Si le départe­ment souhaite lancer la dévi­a­tion, il lancera la dévi­a­tion. »

De plus, les maires de Verneuil-sur-Seine, de Vernouil­let et de Chapet(9) ne souhait­ent plus ce pro­jet, ayant affir­mé avant la con­sul­ta­tion citoyenne de 2020 qu’ils adopteraient la posi­tion de la pop­u­la­tion. C’est le prin­ci­pal change­ment : alors que le pro­jet était, à l’o­rig­ine, celui des maires, les trois maires actuels ne défend­ent pas leurs pro­pres  intérêts mais l’intérêt com­mun de 30 000 habitants.

Certes, les trois villes ne pos­sè­dent pas de moyens financiers ou juridiques pour lut­ter con­tre le pro­jet ; exp­ri­mant con­stam­ment son oppo­si­tion, M. Aufrechter a déclaré que « le départe­ment des Yve­lines peut économiser 30 mil­lions d’euros et [il] préfère que cet argent soit investi dans de la sol­i­dar­ité, dans de l’aide sociale et la san­té que dans une route inutile. C’est une ques­tion de vision et bien sûr la ville va s’engager pour nous faire enten­dre. »

Le maire de Verneuil s’oppose ain­si frontale­ment au prési­dent du Départe­ment des Yve­lines sur ce dossier épineux et par­ti­c­ulière­ment poli­tique. Selon le rap­por­teur, si l’on reprend les enquêtes par­cel­laires de 2003 et 2004, on se rend compte qu’il y aurait, para­doxale­ment, tout intérêt d’a­ban­don­ner le pro­jet de piste cyclable tout au long de la RD 154 car la plus grande largeur de la route impli­querait de couper plus d’arbres ! Cepen­dant, une ques­tion impor­tante reste : « Quelle est la vision écologique sur tout le ter­ri­toire ? ». Le maire de Verneuil n’est, évidem­ment, pas « con­tre l’utilisation de la voiture car des routes il en faut mais c’est de savoir quel ter­ri­toire nous voulons ». Pour M. Aufrechter, une vision écologique, une vision prag­ma­tique, une vision où l’on développe les mobil­ités douces, c’est pos­si­ble. Il y a des con­tre-propo­si­tions pos­si­bles et imaginables.

Si l’on mesure la largeur de la route exi­tante et la largeur de celle prévue dans le pro­jet, on se rend compte qu’il est ques­tion de faire une large coupe dans les bois. Con­crète­ment ce ne serait pas une route de pas­sage local mais un détourne­ment fait pour les camions ! 

Quant aux mesures com­pen­satoires, a souligné M. Aufrechter, « on ne demande pas de com­penser à l’autre bout du ter­ri­toire mais de com­penser sur le secteur. La meilleure manière de ne pas com­penser c’est de ne pas faire un détourne­ment ».

3. Le bloc asso­ci­atif écologique
Bien avant la con­sul­ta­tion citoyenne de 2020, le front com­mun des asso­ci­a­tions s’était opposé aux autoroutes urbaines. L’ADIV Envi­ron­nement à Verneuil, Bien Vivre à Vernouil­let, Bien Vivre à l’Hautil, Triel Envi­ron­nement, entre autres, se sont appuyés sur le savoir-faire et la com­bat­iv­ité du CO.P.R.A. 184. Cette dernière a fait reculer plusieurs min­istres et des élus qui voulaient relancer l’A104, notam­ment le « tracé vert » choisi par l’Etat en 2006. Par une mobil­i­sa­tion con­stante, les respon­s­ables asso­ci­at­ifs ont pré­ci­cé les raisons de leur refus : la triple aber­ra­tion, économique (3,2 M€ pour 22 km), envi­ron­nemen­tale et san­i­taire. Même si l’on est con­scient que le report du pro­jet de l’A104 n’équivaut pas à son annu­la­tion, le temps joue favor­able­ment pour les adver­saires de la logique “tout autoroute”. Dans sa dernière prise de posi­tion, le CO.P.R.A. 184 a prévenu : « Dan­ger ! L’autoroute A 104 bis arrive dans nos villes ». Il s’agit de la liai­son RD 30 — Pont d’Achères — RD 190 — Pont de Triel — dévi­a­tion de  la RD 154, qui relierait Achères aux Mureaux ou à Orgeval jusqu’à l’A13. Pour ce bloc asso­ci­atif, « ce pro­jet est une cat­a­stro­phe envi­ron­nemen­tale et san­i­taire pour tous les habi­tants d’Andrésy, Car­rières-sous-Pois­sy, Chanteloup-les-Vignes, Orgeval, Triel-sur-Seine, Verneuil-sur-Seine, Vernouil­let et Vil­lennes-sur-Seine, qui subiront, de plein fou­et, le bruit, et la pol­lu­tion atmo­sphérique sup­plé­men­taires des nou­veaux flux de véhicules (voitures indi­vidu­elles et très nom­breux poids lourds) cir­cu­lant entre le Val d’Oise et les Yve­lines. »(10) Au con­traire, les asso­ci­a­tions com­bat­tent con­tre les autoroutes en zones urban­isées dont l’A104 bis, revendiqueant une mul­ti­pli­ca­tion des modes de trans­port alter­nat­ifs au tout routi­er  et pré­con­isant une amélio­ra­tion du réseau exis­tant avec des amé­nage­ments peu chers.

Faut-il attendre une décision de la prochaine majorité départementale ?

Lors du vote au con­seil com­mu­nau­taire de Grand Paris Seine & Oise sur l’action fon­cière dans le mas­sif, cer­tains vil­lages ne con­nais­saient pas le pro­jet de la dévi­a­tion de la RD 154 ; de plus, il y a une logique de groupe majori­taire du con­seil départe­men­tal,  le prési­dent étant soutenu par les maires mem­bres du même groupe poli­tique. Il faut retenir que ce ne sont pas 42 opposants con­tre 75 pour mais 42 opposants et 20 absten­tions car M. Aufrechter avait « appelé les per­son­nes présentes à s’abstenir » ; donc c’est 62 con­tre 75. Il y a un vrai débat qui n’est pas tranché. De  plus, ce vote n’était pas pour ou con­tre la dévi­a­tion de la RD 154 mais sur l’enquête publique visant à rel­oger, sur des ter­rains famil­i­aux, des per­son­nes qui habitent sur le tracé actuel.

Selon M. Aufrechter, il y a des remous dans le groupe majori­taire car [il] a reçu « des encour­age­ments de la part de per­son­nes pour­tant très proches de l’actuel prési­dent du con­seil départe­men­tal. Ils ne peu­vent pas s’exprimer publique­ment mais com­pren­nent ma posi­tion et eux-mêmes ne sont pas totale­ment sat­is­faits. Ce dossier est beau­coup plus cli­vant que l’on peut imag­in­er. »

Le prob­lème à  résoudre ne con­cerne pas seule­ment le cen­tre de Verneuil-sur-Seine mais la cir­cu­la­tion glob­ale, en prenant compte des besoins de mobil­ité nou­veaux. Il faudrait amé­nag­er mais autrement en reval­orisant des axes et des ter­ri­toires. Par exem­ple, la base de loisirs à Verneuil-sur-Seine est à redy­namiser et peut devenir un « dia­mant vert aux portes de Paris ».

Pour­tant, imper­turbable, mal­gré une con­sul­ta­tion au résul­tat incon­testable, la majorité des élus de GPS&O et le chef poli­tique du départe­ment, qui siège égale­ment au con­seil com­mu­nau­taire, per­sis­tent à ren­dre pos­si­ble un pro­jet très ancien, dont on a presque oublié la rai­son  et dont presque plus per­son­ne ne veut, n’en com­pren­nant pas l’u­til­ité. Per­son­ne ne reprochera à cet élu, prési­dent du con­seil départe­men­tal de 2005 à 2009 et depuis 2014, de pour­suiv­re sa con­ver­sion tar­dive et intéressée à l’écologie !(11) Jamais deux sans trois dit le proverbe : il y eut naguère l’abandon d’un pro­jet de cir­cuit de For­mule 1, plus récem­ment le retrait à con­tre cœur du pro­jet de très large exten­sion d’une car­rière d’un décidé­ment trop ingrat cimen­tier. Il ne lui reste plus qu’à en finir avec un tronçon d’au­toroute urbaine par­faite­ment inutile !

La mou­ve­ment Smart city obéit-il à la plan­i­fi­ca­tion stratégique ?

Notes

1. Col­lec­tif pour la pro­tec­tion des Riverains de l’Autoroute A184 dev­enue l’A104. Pro­pos de Pierre Ges­nel, un des fon­da­teurs du col­lec­tif anti-A104 qui « ne voulait pas sa chère cam­pagne promise aux bull­doz­ers… ».
2. Philippe Duron est le prési­dent du Con­seil d’ori­en­ta­tion des infra­struc­tures, chargé d’établir des pri­or­ités dans les choix d’in­vestisse­ment dans les trans­ports pour les vingt prochaines années
3. Con­sul­ter le site du départe­ment.
4. Nou­velles des Deux Rives, n° 75, févri­er 2008, page 3
5. Michel Cullin, ancien prési­dent de l’ADIV Envi­ron­nement a été le pre­mier a dénon­cer ce saucis­son­nage routi­er lors de l’AG du 5 avril 2014.
6. Lire l’ar­ti­cle L.2121–29 Code Générale des Col­lec­tiv­ités Ter­ri­to­ri­ales: https://www.vie-publique.fr/fiches/20105-quest-ce-que-la-clause-generale-de-competence
7. Le pro­jet de la dévi­a­tion de la RD 154, achevons-le ! Site J2R, 31 août 2020. (URL)
8. Ibid.
9. La let­tre aux Chapetois de leur maire : https://www.chapet.fr/wp-content/uploads/2020/12/Lettre-aux-Chapetois.pdf
10. Tract du CO.P.R.A. 184 en date de décem­bre 2020.
11. https://actu.fr/ile-de-france/gargenville_78267/yvelines-pierre-bedier-part-guerre-contre-cimentiers_30839672.html

 

 

Aider notre jour­nal indépen­dant en souscrivant à l’adresse suiv­ante. Par avance mer­ci : https://fr.tipeee.com/les-2-rives-yvelines

LE PANIER DU MARCHÉ JOEL PICARD LES MERCREDI ET SAMEDI AU 74 RUE PAUL DOUMER À TRIEL-SUR-SEINE

RÉSERVATION LA VEILLE AVANT 15 HEURES AU
07 67 53 45 63 (cliquez)

Municipales 2020