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Le pass Culture, une fausse bonne idée à ne pas creuser

par | 16 août 2020 | Com­mu­niqués, Cul­ture

Pour les sig­nataires de cette tri­bune, le pass Cul­ture n’est pas la panacée pour ren­dre la cul­ture acces­si­ble à tous. (DR)

L’idée d’un pass Cul­ture pour les jeunes fait par­tie des mar­ronniers des élec­tions. Séduisante sur le papi­er, elle s’ac­com­pa­gne rarement d’un suc­cès durable, esti­ment Patrick Bloche et François de Maz­ières. Son coût est de sur­croît pro­hibitif. L’idée de le déploy­er plus large­ment serait une hérésie alors que, par ailleurs, les arts vivants sont en crise et notre pat­ri­moine manque de moyens.

Dans le JDD du 2 août 2020, le prési­dent de la Com­mis­sion des affaires cul­turelles et de l’é­d­u­ca­tion de l’Assem­blée nationale cosig­nait avec le délégué général du mou­ve­ment des Jeunes avec Macron une tri­bune pro­posant la relance du pass Cul­ture, en l’é­ten­dant aux activ­ités sportives et en trans­for­mant le verse­ment unique de 500 euros à 18 ans en trois verse­ments annuels de 300 euros à 16, 17 et 18 ans. De la part du pre­mier sig­nataire, cette propo­si­tion étonne. Son pre­mier réflexe n’au­rait-il pas dû être d’évo­quer le bilan de l’opération ?

L’idée d’un pass Cul­ture pour les jeunes fait en effet par­tie des mar­ronniers des élec­tions, qu’elles soient prési­den­tielles ou locales. Séduisante sur le papi­er, elle s’ac­com­pa­gne rarement d’un suc­cès durable, son coût étant pro­hibitif par rap­port à ses effets réels sur l’ac­cès de tous à la cul­ture. C’est ce qui a con­duit à une cer­taine pru­dence pour met­tre en oeu­vre l’en­gage­ment de cam­pagne du prési­dent Macron. Mais l’ex­péri­men­ta­tion mise en place s’est faite dans la douleur avec, à la clé, une con­tro­verse quant aux mon­tants ver­sés aux respon­s­ables du développe­ment du pro­jet et des résul­tats peu con­va­in­cants. En effet, faute de moyens suff­isants, les entre­pris­es cul­turelles et les col­lec­tiv­ités locales ont dû être sol­lic­itées par l’E­tat. Que nous pro­posent les deux sig­nataires de la tri­bune, sautant cette étape du bilan ? Tout sim­ple­ment une général­i­sa­tion, faisant pass­er le coût annuel de la mesure à plus de 700 mil­lions d’eu­ros par an.

Aucun chiffre n’est men­tion­né dans leur propo­si­tion. Pour­tant, le cal­cul est sim­ple : le coût annon­cé pen­dant la cam­pagne était éval­ué à 400 mil­lions d’eu­ros par an, en mul­ti­pli­ant le nom­bre de jeunes dans leur dix-huitième année par 500 euros. Si l’on passe à un sys­tème où trois class­es d’âges (16, 17 et 18 ans) reçoivent 300 euros, le coût est porté à 720 mil­lions par an, c’est-à-dire deux fois plus que la total­ité des crédits du min­istère de la Cul­ture affec­tés aux mon­u­ments his­toriques et qua­si­ment autant que la total­ité des crédits con­sacrés aux artistes et à la créa­tion. Dès lors, on a envie de repren­dre le raison­nement sur de bonnes bases.

Est-ce aujour­d’hui la pri­or­ité de con­sacr­er 720 mil­lions à une mesure, dont l’im­pact sur les pra­tiques cul­turelles des jeunes est pour le moins incer­tain, au moment où notre pat­ri­moine manque cru­elle­ment de moyens et où les arts vivants subis­sent une crise jamais vue ? Claire­ment non. On peut en effet facile­ment imag­in­er que les jeunes de cette classe d’âge seront plus enclins à s’a­cheter un bil­let pour un match de foot­ball, dont les coûts sont sou­vent élevés, ou à pay­er leur entrée dans un équipement sportif, plutôt que d’aller s’a­cheter des livres ou une place de théâtre. Cette propo­si­tion est non seule­ment un gouf­fre financier mais elle pour­rait sign­er la mort du pass à voca­tion culturelle.

Dès lors, inter­ro­geons-nous sur les vraies pri­or­ités pour relancer la cul­ture. Pour le spec­ta­cle vivant, une très bonne mesure a été prise en urgence, celle de sauver le régime des inter­mit­tents. Il faut main­tenant sauver les insti­tu­tions elles-mêmes, les théâtres, les salles de con­certs… Le monde des musées est lui aus­si en pleine déroute. Leur mod­èle économique repose depuis quelques années essen­tielle­ment sur la crois­sance de leurs recettes pro­pres et ils doivent faire face à des pertes ver­tig­ineuses. Cette crise est l’oc­ca­sion de s’in­ter­roger sur le mod­èle même de leur développe­ment. Peut-on en effet tou­jours compter sur l’aug­men­ta­tion du pub­lic, alors que ces lieux frag­iles arrivent claire­ment à saturation ?

Sur la sit­u­a­tion du pat­ri­moine, Stéphane Bern a suff­isam­ment évo­qué avec tal­ent la sit­u­a­tion dra­ma­tique dans laque­lle il se trou­ve pour ne pas en rajouter. Quant à la for­ma­tion artis­tique, fonde­ment même de notre vie cul­turelle, hélas trop sou­vent passée sous silence, celle-ci fuit aujour­d’hui de partout, car la décen­tral­i­sa­tion s’est arrêtée en chemin. Les villes, en bout de chaîne insti­tu­tion­nelle, se trou­vent aujour­d’hui seules à faire face à des dépens­es jadis partagées avec l’E­tat, les régions et les départe­ments, alors même que les com­munes sont elles-mêmes con­fron­tées à des baiss­es dra­ma­tiques de leurs recettes.

En réal­ité, le mérite de cette tri­bune est de rap­pel­er l’im­por­tance de la cul­ture et d’ap­pel­er à une réflex­ion sur les moyens à lui con­sacr­er pour faire face à cette crise his­torique qui men­ace tous les pro­fes­sion­nels des insti­tu­tions de ce secteur.

François de Maz­ières est maire de Ver­sailles, ancien député
Patrick Bloche est adjoint à la maire de Paris, député honoraire

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