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Le maire de Verneuil-sur-Seine fait le point sur la RD154

par | 15 décembre 2020 | Poli­tique, Ver­neuil-sur-Seine

Fabien Aufrech­ter, maire de Ver­neuil-sur-Seine, a réagi aux argu­ments des défen­seurs du pro­jet de contour­ne­ment. (J2R)

Le maire de Ver­neuil-sur-Seine, Fabien Aufrech­ter, a ren­con­tré, le 13 décembre, la rédac­tion du Jour­nal des Deux rives pour évo­quer le pro­jet de contour­ne­ment de la RD154, suite au vote favo­rable du conseil com­mu­nau­taire de Grand Paris Seine & Oise sur un aspect fon­cier, tenu le 10 décembre der­nier. Rap­pe­lons que ce pro­jet, datant de 2004, consiste à créer une dévia­tion afin de désen­gor­ger les centres-ville de Ver­neuil et de Ver­nouillet. Selon ses pro­mo­teurs, ce pro­jet a pour objec­tif de réduire les nui­sances sonores, les acci­dents cor­po­rels et de créer des des­sertes pour les pié­tions et les cyclistes. Cepen­dant, une por­tion de cette dévia­tion pas­se­rait par le Bois de Ver­neuil-sur-Seine et détrui­rait le milieu natu­rel. Le pro­jet du dépar­te­ment a été refu­sé, net­te­ment, lors d’une consul­ta­tion citoyenne récente orga­ni­sée par les trois com­munes direc­te­ment impac­tées.

Com­ment peut-on arrê­ter ce pro­jet en tant que maire sur le plan poli­tique et juridique ?

Aujourd’hui, nous sommes face à un pro­jet qui date de 60 ans, ce pro­jet a été d’abord le pro­jet des maires. En 2004, il y avait l’unanimité pour le pro­jet, qui remonte à des pro­jets visant à urba­ni­ser le Bois de Ver­neuil qui avaient été pré­vus dans les années 60. Les choses ont évo­lué d’un seul coup,  d’abord pour connaître les besoins en termes de mobi­li­tés et d’environnement dans le ter­ri­toire car à l’époque il n’y avait pas d’autres solu­tions pour désen­gor­ger le ter­ri­toire. Main­te­nant oui, donc il faut repen­ser le ter­ri­toire en pro­po­sant d’autres pro­jets comme avec Éole. Sur le plan juri­dique, le maire de Ver­neuil-sur-Seine ne peut rien faire. Si le dépar­te­ment sou­haite lan­cer la dévia­tion, il lan­ce­ra la déviation.

La ville pos­sède-t-elle les moyens finan­ciers de lut­ter contre le projet ?

Il n’y a pas d’implication finan­cière de la ville dans ce pro­jet. Je dis même que le dépar­te­ment peut éco­no­mi­ser 30 mil­lions d’eu­ros et je pré­fère que cet argent soit inves­ti dans de la soli­da­ri­té, dans de l’aide sociale et la san­té que dans une route inutile. C’est une ques­tion de vision et bien sûr la ville va s’engager pour nous faire entendre.

Com­ment défen­dez-vous l’avis des habitants ?

Les maires ne sou­haitent plus le pro­jet car ils ont dit qu’en amont ils adop­te­raient la posi­tion de la popu­la­tion ; c’est cela le prin­ci­pal chan­ge­ment. Ce n’est plus le pro­jet des maires qui étaient pour mais celle de trois maires qui défendent 30 000 habi­tants. Les maires ne défendent pas leurs inté­rêts mais l’intérêt com­mun de 30 000 habitants.

Que répon­dez-vous aux argu­ments avan­cés par Pierre Bédier, pré­sident du Dépar­te­ment des Yvelines ?

Concer­nant la réduc­tion des mesures, c’est tout le para­doxe. Si on reprend les enquêtes par­cel­laires de 2003 et  2004, on se rend compte que le pro­jet de piste cyclable tout au long de la RD154, selon le rap­por­teur, a tout inté­rêt d’être aban­don­né car cela impli­que­rait de cou­per plus d’arbres car la route serait plus large. Bien sûr, on peut atté­nuer mais la ques­tion c’est « Quelle est la vision éco­lo­gique sur tout le ter­ri­toire ? ». Je ne suis pas contre l’utilisation de la voi­ture car des routes il en faut mais c’est de savoir quel ter­ri­toire nous vou­lons. Une vision éco­lo­gique, une vision prag­ma­tique, une vision où l’on déve­loppe les mobi­li­tés douces, c’est pos­sible. Il y a des contre-pro­po­si­tions pos­sibles et imaginables.

L’argument de réamé­na­ger la route déjà exis­tante, ce n’est pas le cas. Si on mesure la lar­geur de la route et la lar­geur de celle du pro­jet, on se rend compte qu’il est ques­tion de cou­per de la forêt. Concrè­te­ment c’est pas une route de pas­sage mais ce détour­ne­ment serait fait pour les camions ! La route dite « rouge » est un pas­sage de loi­sirs et détente et l’opposition y est forte car c’est un sym­bole de la ville.

Pour les mesures com­pen­sa­toires, il faut savoir que com­pen­ser c’est mettre des arbres dans un autre sec­teur. On ne demande pas de com­pen­ser à l’autre bout du ter­ri­toire mais de com­pen­ser sur le sec­teur. La meilleure manière de ne pas com­pen­ser c’est de ne pas faire un détournement.

Pierre Bédier vous a rap­pe­lé que cette déci­sion n’est pas dans vos com­pé­tences et que l’inquiétude devrait déjà se por­ter sur la car­rière exis­tante. Que répon­dez-vous à cela ?

Évi­dem­ment, ce n’est pas dans mes com­pé­tences mais le pro­jet concerne la com­mune. Se faire impo­ser des pro­jets qui ne sont pas les nôtres par des col­lec­ti­vi­tés supé­rieures qui sont cen­sées être nos par­te­naires, c’est com­pli­qué à admettre. De plus, la vraie ques­tion est de savoir ce que l’on veut pour notre com­mune ? Veut-on pro­té­ger des espaces boi­sés, des plaines agri­coles. Je ne crois pas que la prio­ri­té est de défi­gu­rer le bois d’un côté et de favo­ri­ser la tra­ver­sée des poids lourds. Au contraire, il faut repen­ser la cir­cu­la­tion de manière glo­bale dans la ville et, d’ici fin 2022, j’organiserai une grande consul­ta­tion sur la circulation.

Pour­quoi n’y a‑t-il pas de coopé­ra­tion entre les com­munes ? Quels sont les élé­ments qui bloquent ?

Dans le pas­sé, les maires étaient tous ali­gnés pour faire cette route. Aujourd’hui, cer­tains maires pensent que cela ne les regarde pas ou se sont posi­tion­nés contre. Ce contour­ne­ment est mon­tré comme la solu­tion à tous les pro­blèmes de cir­cu­la­tion ; il ne résou­drait rien mais il crée­rait des nui­sances et détrui­rait notre envi­ron­ne­ment. C’est fran­che­ment le com­bat entre l’ancien monde et le nouveau.

Lors du vote, cer­tains vil­lages ne connais­saient pas la situa­tion de notre com­mune ; De plus, il y a une logique de groupe : le groupe qui pré­side le conseil dépar­te­men­tal est sou­te­nu par les maires par­ti­sans du même groupe poli­tique. Il faut rete­nir  que ce ne sont pas 42 oppo­sants contre 75 pour mais 42 oppo­sants et 20 abs­ten­tions car j’ai appe­lé les per­sonnes pré­sentes à s’abstenir ; donc c’est 62 contre 75. Il y a un vrai débat, ce n’est pas tran­ché. En plus, ce vote n’était pas pour ou contre la RD154 mais sur l’enquête publique visant à relo­ger, sur des ter­rains fami­liaux, des per­sonnes qui habitent sur le tracé.

Avez-vous eu des remon­tées d’autres per­son­na­li­tés poli­tiques sur ce sujet ?

J’ai été très sur­pris, après ce vote, de rece­voir des encou­ra­ge­ments de la part de per­sonnes pour­tant très proches de l’actuel pré­sident du conseil dépar­te­men­tal. Ils ne peuvent pas s’exprimer publi­que­ment mais com­prennent ma posi­tion et eux-mêmes ne sont pas tota­le­ment satis­faits. Ce dos­sier est beau­coup plus cli­vant que l’on peut imaginer.

Quelle sera votre conclu­sion, à ce stade, sur ce dossier ?

Le pro­blème est sur la cir­cu­la­tion glo­bale et non seule­ment sur le centre de Ver­neuil-sur-Seine. Je pense que nous devons amé­na­ger mais autre­ment en reva­lo­ri­sant des axes et des ter­ri­toires. Par exemple, la base de loi­sirs à Ver­neuil-sur-Seine est à redy­na­mi­ser et peut deve­nir ce dia­mant vert aux portes de Paris. La ques­tion est de savoir quelle suite don­ner à ce dos­sier. Cer­tains mili­tants éco­los envi­sagent, sur les réseaux sociaux, de créer une sorte de Zone A Défendre (ZAD). Cela est une véri­table menace pour la sécu­ri­té de la ville. Je ne vais pas favo­ri­ser l’illégal pour battre le légal. Il y a donc une oppo­si­tion poli­tique et citoyenne car il ne faut pas faire le bon­heur des habi­tants mal­gré eux.

Pro­pos recueillis par Adrien Da Cas

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