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Le Grand Paris, un embryon qui fête ses dix ans

par | 2 octobre 2020 | Éco­no­mie, Inter­co

Le trans­port était l’axe pri­mor­dial de ce pro­jet poli­tique, mais des impon­dé­rables sont entrés dans le jeu poli­tique. (DR)

Le chan­tier tita­nesque qui vise à restruc­tu­rer et amé­na­ger l’Île-de-France célèbre une géné­ra­tion et des pro­jets ralen­tis par la crise du Covid-19. L’afflux des pro­po­si­tions au som­met dédié à l’événement recouvre des ambi­tions multiples.

Le Grand Paris est un pro­jet né en 2007, à l’ins­ti­ga­tion du pré­sident de la Répu­blique de l’é­poque, Nico­las Sar­ko­zy, afin de trans­for­mer la petite et la moyenne cou­ronnes en une grande métro­pole. Plu­sieurs lignes de trans­port des­ser­vi­ront le pour­tour fran­ci­lien : le Grand Paris Express com­pren­dra 200 km de voies fer­rées, à la croi­sée des che­mins des futures lignes de trans­port 15,16,17 et 18. Grâce à cette « révo­lu­tion du quart d’heure », l’Île-de-France devien­dra une région attrac­tive dont les acti­vi­tés ne seront plus concen­triques. Outre les appels à pro­jets des entre­prises par­te­naires, deux enti­tés pilotent la réa­li­sa­tion des tra­vaux. La Socié­té du Grand Paris (SGP) cha­peaute le Grand Paris Express. La Métro­pole du Grand Paris (MGP) est l’outil de gou­ver­nance métro­po­li­tain. Lors de la céré­mo­nie célé­brant les dix ans du pro­jet, le 29 sep­tembre, l’ex-président Nico­las Sar­ko­zy s’est dépla­cé, saluant l’innovation dans un dis­cours à l’américaine.

Une dépense d’envergure

« Le grand Paris est contraire à l’actualité, c’est une vision. En pleine crise des sub­primes en 2008, c’était le moment de sai­sir l’opportunité de sor­tie de crise ». Le ton est don­né : il n’y a pas de pays qui construise son ave­nir sans grandes ambi­tions. Haran­guant la foule, Nico­las Sar­ko­zy a livré ses pre­mières réflexions sur le Grand Paris lors de ses dépla­ce­ments dans les méga­poles. « Shan­ghai, Doha, se trans­for­maient mais la plus belle ville du monde, Paris était lais­sée intacte. Il n’y avait alors plus de véri­table chan­tier struc­tu­rant ». D’un geste balayant l’assemblée, Nico­las Sar­ko­zy a élar­gi le sujet : « Pour­quoi ne ferait-on pas de Mar­seille une capi­tale cultu­relle de la Médi­ter­ra­née ? Le Grand Lille ? Le Grand Lyon ? » Il rap­pe­la que, lors de son man­dat pré­si­den­tiel, il avait remé­dié à l’i­so­le­ment des lignes fer­ro­viaires de la ville de Strasbourg.

La créa­tion de leviers de crois­sance résor­be­ra la dette engen­drée. À condi­tion d’investir mas­si­ve­ment, rapi­de­ment, avant que les taux d’intérêts ne s’ajoutent à la dette cau­sée, a‑t-il plai­dé. Son bud­get ayant été rééva­lué à la hausse, le Grand Paris a une fac­ture qui s’élève à trente-cinq mil­liards d’euros. En 2013, le bud­get pré­vi­sion­nel du chan­tier était esti­mé à vingt-cinq mil­liards d’euros. Tou­te­fois, le prix, jus­ti­fié par l’essor escomp­té, n’a pas d’incidence sur la renom­mée du pro­jet. « Le Grand Paris n’est pas une dépense d’État, c’est une recette », a conclu l’ancien pré­sident de la Répu­blique. Le sec­teur des tra­vaux publics per­met­tra de créer de 15 000 à 20 000 emplois par an. Les pré­vi­sions de la Chambre d’Industrie et de Com­merce tablent sur des recettes publiques de soixante mil­liards d’euros à l’horizon 2030.

Le Grand Paris, une algo­rith­mie com­plexe au temps décompté


Patrick Ollier, pré­sident de la Métro­pole du Grand Paris (Pho­to de Joël Saget /​AFP)

Jérôme Four­quet, le direc­teur du dépar­te­ment « opi­nions et stra­té­gies » de l’IFOP a publié en 2019 l’ouvrage L’Archipel Fran­çais, qui relate les dés­équi­libres d’accès au loge­ment. En outre, le phé­no­mène du sépa­ra­tisme sévit en Île-de-France. « Les quar­tiers à la dérive sous ten­sion par le tra­fic de drogue doivent être une prio­ri­té, auquel cas les classes moyennes ne s’y ins­tal­le­ront pas », résume-t-il. Les péages sont une pro­blé­ma­tique à sai­sir en ayant le sou­ci d’éviter une recru­des­cence du mou­ve­ment des Gilets jaunes. La région Île-de-France est celle dont les dis­pa­ri­tés sociales néces­sitent une réponse poli­tique ajus­tée sur mesure. Le pré­sident de la MGP, Patrick Ollier, se veut confiant ; sept pro­jets struc­tu­rants à l’est et au nord de la grande cou­ronne sont dési­gnés dans une démarche d’accompagnement prio­ri­taire. Une enve­loppe de vingt-cinq mil­lions euros y est spé­ci­fi­que­ment allouée. Le pré­fet d’Île-de-France, Marc Guillaume, a évo­qué les 272 quar­tiers prio­ri­taires, un secours aux jeunes éloi­gnés de l’environnement sco­laire et professionnel.

Au total, cent-trente et une com­munes sont par­ties pre­nantes au pro­gramme du Grand Paris. Le temps presse, il est néces­saire « d’accélérer la mul­ti­tude de pro­cé­dures ; un tel sys­tème com­plique l’apparition d’un pro­jet dans un contexte d’urgence éco­no­mique ». La reprise par­tielle du temps de tra­vail, suite aux res­tric­tions sani­taires, et les réha­bi­li­ta­tions des zones ont-elles eu un impact, la perte d’ac­ti­vi­té des chan­tiers s’évalue à 33 %. S’y ajou­tant, l’obtention des per­mis de construire pro­longe le délai d’exécution. Le Grand Paris a déjà, avant sa construc­tion, un train de retard. « Le Grand-Paris est un saut de haie, un mara­thon jusqu’à ce que l’on ait fini », a sou­li­gné Thier­ry Dal­lard, pré­sident du direc­toire de SGP. Le pic d’activité se rap­proche osten­si­ble­ment : en 2024, la capi­tale sera le lieu d’accueil des Jeux Olym­piques. « Avant 2026, la moi­tié des gares devront exis­ter », a‑t-il précisé.

La poli­tique du loge­ment au cœur des territoires

« Il y a beau­coup de besoin dans le pays, le prix du fon­cier neuf a tri­plé en l’espace de vingt-ans », a indi­qué Alexan­dra Kucak. La crise de l’offre a géné­ré un choc de la demande. Les réno­va­tions de bâti­ments déla­brés et pas­soires ther­miques seront éla­bo­rées en tan­dem avec les copro­prié­tés. L’ob­jec­tif de 70 000 nou­veaux loge­ments bâtis chaque année per­met­tra de par­ache­ver la jonc­tion entre le domi­cile et le lieu de tra­vail en pro­vince. L’objectif est de « redon­ner envie aux urbains d’habiter en pro­vince ». Les villes moyennes subissent une déva­lua­tion pro­gres­sive, le prix du m² s’y affaisse à mesure du temps. La cadence de construc­tion sans l’urbanisation extrême s’effectue par le choix des maté­riaux ciblés, offrant une lon­gé­vi­té à l’habitat. La végé­ta­li­sa­tion des espaces en pied d’immeuble et l’idée d’une ville ver­ti­cale, dotée de cours par­ta­gées, sont des thé­ma­tiques débat­tues dans le dépar­te­ment de la Seine-Saint-Denis. Une infra­struc­ture du stade Are­na de Porte-de-la-Cha­pelle, qui sera pour­vu de 8 000 places afin d’accueillir des com­pé­ti­tions spor­tives de taille, redy­na­mi­se­ra cette zone à l’extrémité nord. Le déve­lop­pe­ment stra­té­gique s’articule éga­le­ment autour de sept pôles : le pla­teau de Saclay, Vil­le­juif-Evry, la Défense, Saint-Denis-Pleyel, Rois­sy-Charles-de-Gaulle, Le Bour­get, Descartes-Marne-la-Vallée.

Une Grande Tran­si­tion écologique ?

Les élec­tions muni­ci­pales de 2020 ont été au tour­nant de l’ambition éco­lo­gique, les maires de com­munes élus ou réélus ont un pro­gramme cru­cial à appli­quer. Les com­munes pour les­quelles la poli­tique envi­ron­ne­men­tale repré­sente un enjeu seront accom­pa­gnées dans leur tran­si­tion. « Les éco­no­mies ne doivent, en aucun cas, frei­ner l’écologie », rap­pellent les élus ; la conduite des pro­jets doit se tenir avec le consen­sus de chaque habi­tant des com­munes. Pour rap­pel, la neu­tra­li­té car­bone sera atteinte sous la condi­tion de divi­ser par six les gaz à effet de serre (GES) en 2050 et 30 % d’ici à 2030. Si les mesures ne sont pas assez signi­fi­ca­tives en la matière, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique sera de 3°C. « Lorsqu’il y a une volon­té, il y a un chan­ge­ment. C’est une affaire de com­munes, du sec­teur asso­cia­tif et de l’État », a sou­li­gné le pré­fet Daniel Gui­raud, vice-pré­sident du Grand Paris. Plu­sieurs pistes sont à l’ébauche afin de sub­sti­tuer de nou­velles sources d’alimentation aux éner­gies fos­siles. L’acheminement d’un chauf­fage pui­sé par géo­ther­mie est un pro­cé­dé en cours de test dans les quar­tiers des Lilas et du Pré-Saint-Ger­vais (93).
Une conci­lia­tion, récem­ment signée, rétri­bue­ra des cré­dits d’aide à la réno­va­tion ther­mique aux col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. Sur des toi­tures cou­vrant onze mil­lions de m², qui ont été recen­sées, des pan­neaux pho­to­vol­taïques pour­raient être ins­tal­lés. Selon Jean-Philippe Dugoin, maire de Men­ne­cy, les trans­ports publics subissent une len­teur indue des pro­cé­dures : « Le renou­vel­le­ment d’une rame de trans­port est de cinq ans en moyenne. Ce délai est en dépha­sage total avec les attentes des citoyens et leurs contraintes ». Le pré­fet d’Île-de-France, Marc Guillaume, a approu­vé l’urgence éco­lo­gique mais il a fait valoir les Jeux Olym­piques pré­vus dans la capi­tale. Le vil­lage ath­lé­tique a été conçu pour per­mettre la réuti­li­sa­tion de ses infra­struc­tures dans le long terme. Ce che­vau­che­ment de pro­jets et la pan­dé­mie actuelle ralen­tissent les chan­tiers ; pour cer­tains, ils débu­te­ront en 2021.

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