Actua­li­tés

Le citoyen, l’État et la col­lec­ti­vi­té locale

par | 18 mai 2020 | Com­mu­ni­qués

Les crises ont cette facul­té de révé­ler ce qu’il y a de meilleur et par­fois de pire en cha­cun d’entre-nous et en nos socié­tés. La pan­dé­mie à laquelle nous fai­sons face, et qui risque fort de durer, ne fait pas excep­tion.

Nous publions ci-des­sous la tri­bune de Pierre Luce, réfé­rent de LaREM.

La popu­la­tion fran­çaise fait preuve d’une rési­lience excep­tion­nelle. En quelques jours, nous avons accep­té de nous pri­ver tem­po­rai­re­ment de l’un de nos droits fon­da­men­taux, celui de cir­cu­ler libre­ment. Hors période de guerre, c’est un évè­ne­ment inédit. Nous avons dû mettre fin à la majeure par­tie de nos acti­vi­tés sociales, fami­liales, pro­fes­sion­nelles par­fois. Les écoles, col­lèges, lycées, uni­ver­si­tés ont fer­mé, sans que l’on sache pour com­bien de temps ni com­ment la sco­la­ri­té de nos enfants se pour­sui­vrait. Y a‑t-il eu des lou­pés, des com­mu­ni­ca­tions impru­dentes ou contra­dic­toires, cer­tains com­por­te­ments incons­cients ? Sans doute. Mais nous retien­drons qu’au moment de sau­ter dans l’inconnu, les Fran­çais ont fait face et ont fait preuve de res­pon­sa­bi­li­té et, dans leur très grande majo­ri­té, de civisme.

Plus encore, les tra­vailleurs indis­pen­sables, cer­tains dont on aurait pour­tant excu­sé l’absence ou l’exercice de leur droit de retrait, ont pour­sui­vis sans relâche : dans les com­merces ali­men­taires, la logis­tique, la sécu­ri­té, dans nos ser­vices publics, les per­son­nels d’entretien, les éboueurs, le per­son­nel soi­gnant, évi­dem­ment, dont le cou­rage et l’abnégation sont salués tous les soirs à 20h à nos fenêtres et bal­cons. Nous avons vu se construire de nou­velles soli­da­ri­tés, par­fois inat­ten­dues, tou­jours ten­dre­ment et pro­fon­dé­ment humaines. La pri­va­tion a cela de bon qu’elle force l’imagination. Si l’on ne sup­porte pas plus l’ennui que la détresse d’autrui, occu­pons-nous des autres : ici on fait des courses pour ses voi­sins, là on forme un ate­lier de confec­tion de masques ; ici on livre des paniers de légumes aux plus dému­nis, là on aide les familles en dif­fi­cul­tés à suivre les cours à dis­tance. Des actes éphé­mères, ponc­tuels par­fois, mais dont le sou­ve­nir res­te­ra gra­vé dans notre mémoire col­lec­tive. Les Fran­çais n’ont pas seule­ment fait face : ils ont fait front, ils ont fait Nation en expri­mant leur désir de vivre-ensemble. Et ce fai­sant, ils ont rap­pe­lé qu’ils étaient des Citoyens et pas seule­ment des habi­tants.

Ils n’auraient pu le faire sans la sécu­ri­té appor­tée par un Etat réac­tif et cou­ra­geux dont les mesures de sou­tien excep­tion­nelles ont su les ras­su­rer : chô­mage par­tiel mas­sif pour plus de 11 mil­lions de sala­riés, sou­tien aux petites entre­prises qui forment l’essentiel de notre tis­su éco­no­mique par des annu­la­tions de charges, aide aux plus dému­nis. La Répu­blique sociale a déve­lop­pé toute sa palette d’outils avec une effi­ca­ci­té dont on aurait pu dou­ter qu’elle soit pos­sible quelques mois plus tôt. Igno­rant ceux qui voient dans cette crise le cré­pus­cule d’un sys­tème poli­tique et éco­no­mique, les mêmes qui pour le monde de demain, aujourd’hui comme hier, ne savent que pro­po­ser des remèdes du pas­sé, l’Etat n’a pas trem­blé dans la déci­sion, n’a pas failli dans l’exécution. L’Etat cen­tra­li­sé a ain­si mon­tré sa capa­ci­té de réac­tion rapide.

Mais il a aus­si mon­tré ses limites : prendre une déci­sion uni­forme sur le ter­ri­toire natio­nal (homo­gé­néi­té des inter­dic­tions, inca­pa­ci­té à sai­sir les cas par­ti­cu­liers) c’est appor­ter tou­jours la même réponse à des ques­tions dif­fé­rentes ; l’éloignement qua­si-dog­ma­tique entre cer­taines admi­nis­tra­tions cen­trales et la réa­li­té du ter­rain érodent le pacte social ; enfin, l’incapacité à relayer les ini­tia­tives citoyennes affai­blit la démo­cra­tie et la confiance.

C’est à ce moment que la Col­lec­ti­vi­té Locale, qu’elle soit com­mune, inter­com­mu­na­li­té, dépar­te­ment ou région inter­vient, en com­plé­tant son rôle de relais et d’engrenage ter­ri­to­rial par une force mobi­li­sa­trice indis­pen­sable. Au contact de la popu­la­tion, elle a su cata­ly­ser les éner­gies, les réseaux de soli­da­ri­té, en dif­fu­sant les infor­ma­tions, en par­ti­ci­pant acti­ve­ment à la pré­ven­tion sani­taire, en tou­chant mieux du doigt les par­ti­cu­la­ri­tés de chaque ter­ri­toire, de chaque situa­tion. En pal­liant par­fois ces manques inévi­tables quand une déci­sion est prise à cinq-cents kilo­mètres de son lieu d’application. Les com­munes, les inter­com­mu­na­li­tés, les dépar­te­ments, les régions : la plu­part ont sai­si avec esprit de res­pon­sa­bi­li­té, leur rôle. Elles ont assu­mé sans esprit de polé­mique les charges qui leur ont été trans­mises, délé­guées par un Etat conscient de ses limites.

Nous affron­te­rons d’autres crises. Elles seront sani­taires, éco­no­miques, cli­ma­tiques, sociales, poli­tiques. Celle-ci n’est pas finie, ses consé­quences se feront sen­tir long­temps et nous n’aurons peut-être pas l’occasion de nous repo­ser avant la sui­vante. Dès main­te­nant nous devons tirer les consé­quences de l’expérience poli­tique que vous venons de vivre : le Citoyen, la Col­lec­ti­vi­té locale et l’Etat forment un trip­tyque fort et indi­vi­sible. Nous serons capables de fran­chir les obs­tacles à venir pour peu que ce nou­veau contrat, cette nou­velle res­pon­sa­bi­li­sa­tion de cha­cun, se mette en place dura­ble­ment, et sans attendre.

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