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Jean-Fran­­çois Gran­din : « La France est un contre-modèle en matière de rebond d’épidémie »

par | 28 sep­tembre 2020 | Poli­tique, Tri­bunes

Pour ce sta­tis­ti­cien, qui suit et agglo­mère les chiffres offi­ciels, la deuxième vague du coro­na­vi­rus est arri­vée en France. (DR)

Les récentes annonces gou­ver­ne­men­tales font état d’une deuxième vague d’épidémie, contre laquelle les ministres et les élus tentent de lut­ter. L’ingénieur sta­tis­ti­cien Jean-Fran­çois Gran­din éta­blit un paral­lèle chif­fré entre la ges­tion de crise du Covid-19 et l’inefficacité des mesures appliquées.

« D’ordre géné­ral, les patients admis en réani­ma­tion meurent six jours après leur admis­sion en hôpi­tal ; il s’agit de patients for­te­ment atteints. Le pro­nos­tic vital des admis en réani­ma­tion s’est amé­lio­ré grâce à des moyens d’oxygénothérapie et cor­ti­co­thé­ra­pie, divi­sant de fac­to la mor­ta­li­té par deux. Lors de la pre­mière vague d’épidémie, en mars, les tests PCR déce­laient la trace éven­tuelle d’un virus. Entre temps, l’évolution des tests PT-CR a ren­du le dis­po­si­tif sen­sible. Les nou­veaux tests de dépis­tage détectent un frag­ment de virus par micro-litre ; aupa­ra­vant, l’échantillonnage s’établissait à un mil­lion de virus par micro-litre. La sur­éva­lua­tion de ces nou­veaux tests conduit à des erreurs de l’ordre de 75 %. Les cas bénins de Covid-19 s’ajoutent désor­mais à la détec­tion et au recen­se­ment des cas graves. C’est une méthode à double tran­chant puisque la stra­té­gie de détec­tion actuelle conduit les patients graves vers un diag­nos­tic trop tardif.

Il serait judi­cieux et pré­fé­rable d’afficher la charge virale des patients lors des tests mais c’est aujourd’hui irréa­li­sable en rai­son de la trop grande varié­té des réac­tifs et des machines. Cela sera ren­du pos­sible pro­chai­ne­ment avec le tra­vail effec­tué par les scien­ti­fiques et le gou­ver­ne­ment. D’après San­té publique France, le délai entre le début des symp­tômes et la date de pré­lè­ve­ment est de 3,8 jours(1). Détec­ter mas­si­ve­ment chaque indi­vi­du qui en fait la demande expresse n’est pas utile. Les tests doivent être réser­vés aux per­sonnes symp­to­ma­tiques et per­sonnes à risque. Il s’agit de pré­ve­nir les com­por­te­ments inutiles des per­sonnes qui se font tes­ter à inter­valles régu­liers. L’État doit être en mesure de faire le dis­tin­guo et appli­quer une poli­tique stricte dès lors qu’il s’agit de cas symp­to­ma­tiques, de cas contacts et les per­sonnes à risques. En rai­son des points expo­sés, le nombre de cas conta­gieux est sur­es­ti­mé, aug­men­tant le stress de cha­cun et com­porte un effet endo­gène sur notre éco­no­mie. En ana­ly­sant le dis­cours de l’épidémiologiste alle­mand et homme poli­tique Karl Lau­ter­bach, l’Hexagone est un contre-modèle en matière de rebond d’épidémie. Les condi­tions de cir­cu­la­tion assou­plies, la réou­ver­ture des cafés, parcs, res­tau­rants, la reprise des sor­ties entre amis ont don­né lieu à une sur-fré­quen­ta­tion des ter­rasses et cafés. Une consé­quence directe de la négli­gence des règles sani­taires et de la dis­tan­cia­tion physique.

L’Allemagne a inves­ti en cas de deuxième vague dans un centre hos­pi­ta­lier équi­pé de lits de réani­ma­tion, le « bon modèle euro­péen » est alerte en cas de regain. Le bilan de cette exper­tise per­son­nelle me conduit à décla­rer que le chiffre des lits de réani­ma­tion sera satu­ré si nous n’agissons pas assez rapi­de­ment et de façon coor­don­née. Des sta­tis­ti­ciens doivent être inté­grés aux comi­tés scien­ti­fiques dans le sou­ci d’accompagner les déci­sions médi­cales. Le confi­ne­ment doit être à titre pré­ven­tif, c’est-à-dire être dépo­si­taire de l’avis d’un méde­cin et exer­cé sur les cas à risque. Le diag­nos­tic et l’orientation vers un dépis­tage pro­dui­ront des résul­tats béné­fiques s’ils sont à des­ti­na­tion des cas graves en pro­po­sant des coupe-files. Le che­mi­ne­ment des cas contacts doit être inver­sé en par­tant des cas graves jusqu’aux cas bénins afin d’identifier le cas tran­si­toire. Ces­sons cette gabe­gie, tout est contrô­lable à condi­tion de comprendre. »

Note

1. D’après une infor­ma­tion de Fran­cein­fo, chaque test effec­tué a un coût de soixante-treize euros. Fin juin, le défi­cit de la sécu­ri­té sociale s’élevait à cin­quante-deux mil­liards d’euros.

Article COVID 2éme vague JF GRANDIN

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