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Projets de la plaine

EMTA se lance dans un projet à trous : un projet de golf

Par: 
Rodrigo Acosta

Le 8 juillet, une nouvelle réflexion a été lancée sur le devenir de l'entrée sud de Triel pour et par la société EMTA et la ville de Triel-sur-Seine. La municipalité souhaitant associer les Triellois aux réflexions qui concernent la transformation de la ville, cette consultation a fait l'objet d'un échange constructif entre le public (60 personnes) et une direction de la société exploitante du site EMTA (Entreprise moderne terrassement agrégats). Un deuxième rendez-vous aura lieu le 12 septembre avec une visite sur place et peut-être quelques suggestions de la part d'un public fort averti aux questions complexes de l'aménagement foncier urbain. 

Joël Mancel, maire de Triel-sur-Seine, a ouvert cette réunion de consultation pour préparer le "Triel de demain". Il est paradoxal de constater que onze années après son élection, il soit toujours en train de parler de l'avenir de Triel... sans trop de résultat si l'on en juge en fonction de l'état de la ville, en particulier de la plaine en 2019. 

Des enjeux majeurs et un projet classique de golf

Raphaël Wietzke, PDG d'EMTA (Entreprise moderne terrassement agrégats), filiale de Véolia par l’intermédiaire de SARP industries(1), a esquissé un historique(2) de ce site emblématique à la sortie de Triel en allant vers Carrières-sous-Poissy. Il s'agit d'un périmètre de 20 hectares à aménager.  Par arrêté préfectoral, le site, classé décharge de classe 2, est frappé d'une limitation, voire d'une interdiction d'un certain nombre d'activités et d'usages de sol. Ainsi, il est interdit de construire pour des habitations; d'aménager pour des campings ou des caravanes, de construire des écoles ou tout autre équipement public recevant du public. 

Les enjeux de la plaine sont multiples. Comment sécuriser, sur le plan juridique, cet ensemble de 200 ha pour une avenir compatible avec un territoire et une ville post carbone ? Comment faire pour rendre vivable et viable ce site pour les futurs habitants du territoire près de la Seine, sans oublier la biodiversité ? Pour M. Wietzke, il s'agit de proposer un projet pour améliorer l'image (déplorable) de Triel-sur-Seine et, a fortiori, de la plaine. Quant à l'entreprise EMTA, elle est aussi intéressée par ce changement, assurant ne pas avoir d'autre mobile en tête depuis son arrivée en 2017 ! EMTA n'est pas poussée par le fait que l'arrêté préfectoral de 2020 pourrait décider de se passer de son savoir-faire et de son expérience sur la plaine !

La société EMTA est une entreprise qui veut du bien aux Triellois. Elle s'appliquera à suivre les prescriptions du PLUi en cours d'élaboration car les zones NE (nature et équipements) et NV (nature valorisée) seront respectées par ce projet de golf de neuf trous. Ce projet occupera un tiers du périmètre de 20 hectares. Les mots "valoriser, améliorer, développer" ont été galvaudés pour souligner l'importance d'un projet de golf banal de neuf trous. Ce golf pourrait d'inscrire dans un "Parc sport nature" qui permettrait un aménagement paysager avec quelques arbres ainsi que la création et la préservation d'une zone de biodiversité. Cet ensemble pourrait même être labellisé "éco certif". Martelant le souci de l'intérêt général, EMTA ne veut pas "un site à l'abandon" qui pourrait faire le jeu des vandales ou des personnes mal intentionnées créant les conditions d'une décharge sauvage. 

Et le gagnant est...

Interrogé, voire interpellé par le public sur le sens de ce projet, voire l'opportunité de faire encore un parcours de golf, consommateur en eau et en ressources naturelles, le PDG d'EMTA a esquivé : Ce golf est, pour Raphaël Wietzke, "compatible avec le souci écologique et en accord avec la biodiversité !" Plus virulent, un chef d'entreprise s'est montré inquiet car "le projet n'a pas de finalité (sportive, culturelle, sociale ?) et n'a pas de base sérieuse !

Certes, une ou deux remarques étaient en accord avec le projet, notamment pour la pédagogie afin de faire découvrir le golf à la petite enfance et aux propriétaires fonciers  !  Ceux-ci, environ 290 dans la plaine, sont d'accord pour faire fructifier davantage leur patrimoine. A 3,89 €/m2, le prix de cession de la parcelle peut bien entrer dans le calcul d'EMTA qui aura des années d’exploitation de la plaine en raison de la demande exponentielle(3) pour des sites comme celui de 20 ha à Triel. Le seul gagnant de ce projet d'aménagement classique est l'exploitant EMTA, qui pourrait ainsi disparaître de l'actualité trielloise pendant dix, voire vingt ans... en attendant le prochain arrêté préfectoral en 2030 ou 2040. 

 

Photos :

Notes

1. Sur le site de SARP industries, cette entité est "la référence du traitement et de la valorisation des déchets spéciaux". En outre, la société se veut "la pionnière par laquelle les métiers du traitement des déchets spéciaux sont nés il y a 40 ans."

2. 1972 à 1989 : exploitation du site comme une partie de la grande décharge de Triel d'environ 200 ha.

1976 : commencement de l'activité de la société EMTA à Triel. 

1990 : l'exploitation de décharge à ciel ouvert a été arrêté et le site devient un site de veille et de post-exploitation. On contrôle l'émission de méthane et on continue à remblayer le site. 

2005-2006 : Avec l'instauratioin de servitudes publiques, on a prorogé l'activité de remblai pour une période allant jusqu'à 2020. 

Pour en savoir plus : Les informations complémentaires et inscriptions pour le 12 septembre et les comptes rendus de cette consultation seront publiés sur https://entree-sud-triel.jenparle.net

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