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Urbanisme

PLUi à Triel : un bon départ pédagogique, mais des points à débattre

Par: 
Rodrigo Acosta et correspondants

La Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise et la ville de Triel-sur-Seine ont présenté, le 9 avril à l'Espace Senet le Plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) aux Triellois présents (environ 100 personnes). Pédagogie, classicisme, interpellation ont caractérisé cette première séance de présentation à Triel avant l'enquête publique qui aura lieu en juin 2019.

Malgré les lacunes du projet du PLUi, la Communauté urbaine adopte, le 9 mai,  l'arrêt du PLUi. ▶️ https://bit.ly/2WsxAAF

Constructif ! Un des leaders du collectif "Construire à Triel, mais pas à n'importe quel prix" l'a dit dans un article paru dans le site Internet de l'association Préservons Pissefontaine : "La réunion d’information du 9 avril a été d’une bonne teneur, très informative, avec une partie questions & réponses copieuse. Nous y aurons appris que les commentaires peuvent déjà se faire aujourd’hui, sans attendre l’ouverture de l’enquête publique. Les questions furent nombreuses montrant que le règlement proposé comporte de nombreuses imprécisions et erreurs, aussi recommandons nous de vous y pencher dès à présent." Joël Mancel, maire de Triel depuis 2008, et Michel Poirot, adjoint à l'urbanisme depuis 2014, ont donné le rôle de M. "Loyal PLUi" à Pierre Vionnet, architecte-urbaniste(1) ; l'objectif était de mieux expliquer les teneurs des changements en cours dans le document d'urbanisme de tout le territoire de la communauté urbaine (73 communes et plus de 400 000 habitants) et sa déclinaison à Triel-sur-Seine.

Ce document d'urbanisme intercommunal remplacera les PLU communaux, à la fin de 2020 après approbation en conseil communautaire GPS&O. Le PLUi, en élaboration depuis 2016(2), permet de fixer les règles de base de l'utilisation du sol pour toute finalité (aménagement, construction, loisirs, activités économiques., espaces naturels et paysagers...). On y met aussi les obligations (notamment, les servitudes de tous types) et les contraintes (risques naturels et industriels...). Il doit prendre en compte les déplacements, les espaces publics, les équipements publics et les zones inconstructibles (à usage agricole ou espaces naturels). En somme, c'est un état des lieux de ce que l'on a le droit de faire, dans le cadre de l'état du droit. Ce document reflète ainsi les paradoxes et les contradictions de notre société : nous voulons tous la nature près de notre habitation, sans vouloir être loin des commodités de la société de consommation, qui nous entourent et nous forcent à consommer des ressources naturelles limitées !

Par conséquent, la terre à usage agricole ou naturel est un enjeu majeur pour les acteurs économiques, élus et habitants. Or, on consomme 65 ha par an pour les activités liées à l'homme et à son mode de vie. La communauté urbaine a décidé de ralentir cette consommation en réduisant le nombre d'hectares voués à l'aménagement ou à la construction. A Triel, par exemple, on a épargné le site Feucherets-Basins du béton, même si environ 4 hectares seront utilisés dans le cadre d'un programme Orientation d'aménagement et de programmation (OAP).

L'une des personnes qui critiquent ce PLUi à Triel l'a noté : « Tout comme pour Pissefontaine, on y voit des zones UBa et 1AUBa (à urbaniser en UBa) qui reflètent l’état de carence de Triel en logements locatifs aidés pour satisfaire la loi ALUR, qui oblige la ville et la communauté urbaine à préparer des zones pour accueillir des projets de construction de logements sociaux. Ces deux zones sont  "surchargées" par l’OAP dite Feucherets – Basins , qui donne quelques indices comme : "Au nord, les deux résidences panoramiques admettront des hauteurs plus importantes pouvant aller jusqu’à R+5 ; au centre, un îlot dont l’implantation favorise les perméabilités vers le paysage agricole de la Boucle accueillera un programme d’habitat intermédiaire et semi-collectif ; un collectif sera implanté sur l’actuel terrain de sport" .» Pire, la continuité écologique sera inopérante et la biodiversité de la zone entre la forêt de l'Hautil et la Seine risque d'être largement impactée. "Biodiversité détruite !" a été lancé par Julien Gaignerot, un défenseur des oiseaux qui nichent actuellement dans la future zone à construire(3)

Justement, un des enjeux de GPS&O est de "construire suffisamment de logements pour compenser les besoins du territoire" (évaluation du point-mort : 1460 logements/an entre 2008 et 2013). Ainsi, le Plan local de l'habitat intercommunal (PLHi) vient se greffer pour totaliser la production de logements à environ 2300 par an sur le territoire de GPS&O. Avec le retard du quota en logements sociaux (25 % du parc), Triel devrait donc faire face à ce double enjeu, quasi-contradictoire : construire davantage et préserver l'environnement !

Effectivement, c'est la quadrature du cercle car Triel devrait fournir environ 800 logements sociaux dans le cadre d'un contrat pluri-annuel avec l'Etat et ce n'est pas chose aisée : les périmètres en bleu montrent les zones à enjeux urbains à court terme. Comment équiper, désengorger le centre-ville et fournir, en même temps un cadre de vie agréable (et de préférence vert) ? Une membre de l'association Triel Environnement a tendu la main aux élus et aux autorités de GPS&O pour faire remonter l'information  ;  en particulier, les points qui font débat à Triel seront décrits dans un document d'urbanisme qui sera sécurisé (sous l'angle juridique), solide et convenable pour tous. Il reste aux responsables politiques, dont l'actuel maire, de saisir  cette opportunité !

La Communauté urbaine GPS&O a adopté le 2e arrêt du PLUi
 
Selon le communiqué de GPS&O, l'arrêt du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) de Grand Paris Seine & Oise a été adopté, le 9 mai, par 97 voix pour, 11 contre et 16 abstentions. 
« Ce scrutin exprime la confiance et la volonté des élus de partager une vision
collective et de construire un destin commun à ce territoire. C’est aussi une étape
décisive car ce vote va maintenant permettre de donner la parole aux habitants de
notre communauté urbaine grâce au lancement de l’enquête publique du 5 juin au 17
juillet prochains », s'est félicité Philippe Tautou, président de Grand Paris Seine & Oise.
Concernant 73 communes et plus de 408 000 habitants, le PLUi de GPS&O, initié au
mois d’avril 2016, est le plus ambitieux d’Île-de-France ! Son objectif : garantir un
développement cohérent d’est en ouest, en phase avec les spécificités locales et
respectueux des équilibres entre le développement économique et la préservation
des espaces naturels et de la biodiversité.

 

 

Avis de la Mrae

"La réalisation d’un PLUi sur un territoire aussi vaste soulève en effet des difficultés méthodologiques particulièrement complexes, notamment en ce qui concerne la conciliation entre hiérarchisation et clarté des orientations stratégiques principales, et portée réglementaire locale du document. Après examen du dossier transmis, la MRAe constate que le contenu du rapport de présentation du projet de PLUi de la communauté urbaine GPS&O ne répond pas de façon entièrement satisfaisante à l’ensemble des obligations du code de l’urbanisme relatives aux PLU soumis à une évaluation environnementale. Par exemple, concernant l’état initial, si le rapport de présentation du PLUi est un document lisible, offrant une bonne vision des enjeux environnementaux à l’échelle intercommunale, il est difficilement exploitable pour caractériser ces enjeux à des échelles plus fines, et ainsi définir les points sur lesquels l’analyse des impacts du PLUi doit porter. Une hiérarchisation des enjeux environnementaux est proposée (elle sert notamment à sélectionner les secteurs sur lesquels l’analyse des incidences est effectuée), ce qui est à souligner. Toutefois, fondée sur la seule sensibilité du territoire, et non sur les secteurs appelés à évoluer, cette hiérarchisation ne prend pas en compte les enjeux des projets significatifs qui résultent de la mise en œuvre du PLUi alors qu’ils ces projets concernent des secteurs où l’état initial de l’environnement ne relève qu’un niveau d’enjeu moyen."

http://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/190321_mrae_avis_delibere_sur_projet_plui_de_gpseo_78_.pdf

 

Pour en savoir plus :

Site Préservons Pissefontaine : 

https://preservonspissefontaine.wordpress.com/2019/04/21/plui-feucherets-basins-loap-qui-tue/

https://preservonspissefontaine.wordpress.com/2019/04/22/plui-les-emplacements-reserves/

https://preservonspissefontaine.wordpress.com/2019/04/21/plui-pissefontaine-la-critique/comment-page-1/#comment-199

Conseil communautaire] Le 2e arrêt de projet du Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) est le principal point à l’ordre du jour ce jeudi 9 mai. La séance se tient à partir de 18h, à la salle des fêtes de Gargenville (place du 8 Mai 1945).
▶️ https://bit.ly/2WsxAAF

http://www.mrae.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/190321_mrae_avis_delibere_sur_projet_plui_de_gpseo_78_.pdf

 

Notes

1. Pierre Vionnet est en charge du suivi et de la procédure PLUi de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise.

2. Selon GPS&O, cette élaboration a été collaborative, grâce à six ateliers thématiques, qui ont eu lieu entre octobre et novembre 2016 sur les thèmes suivants : la place de la communauté urbaine, l’environnement, l'habitat, le développement économique, la mobilité, les pratiques et les usages du territoire.  Ces ateliers ont réuni le président Philippe Tautou, les vice-présidents, les élus du territoire et des experts thématiques qui ont répondu aux interrogations des participants. ll s'agissait d'échanger sur les objectifs stratégiques pour mettre sur les rails le projet d'aménagement et de développement durable (PADD). En outre, six réunions publiques avec les habitants ont eu lieu afin de mieux connaître les réalités locales par rapport à ce vaste territoire. Environ 1400 participants ont fait part de leurs remarques et ont formulé des propositions.

3. La faune importante d’oiseaux et de reptiles qui passent par cette zone humide du bosquet pour rejoindre la Seine depuis la la forêt de l’Hautil constitue la base du classement de cette zone en tant que zone spéciale de conservation (ZSC) ou zone de protection spéciale (ZPS) Natura 2000. Si ces sites étaient désignés en ZSC ou ZPS Natura 2000, leur biotope pourrait être protégé de "l’écocide volontaire" de GPS&O.

Ce biotope contient des oiseaux rares, protégés par l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN) du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), comme la mésange noire et la mésange bleue. Des photos devraient être prises pour un inventaire ZNIEFF (Zones naturelles d’intérêt écologique faunistique et floristiqueafin de faire passer les Bois de Triel-sur-Seine en zone protégée comme le Biotope du Bout du Monde aux Mureaux.

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