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Futurs élus, com­ment com­men­cer votre pro­jet de Smart City ?

par | 15 juin 2020 | Poli­tique

Le pay­sage de la Seine Aval fait l’ob­jet de demandes contra­dic­toires depuis des années. (DR)

Par cette tri­bune, Guillaume Vacher, Antoine Papi­ni et Michel Guieysse démontrent l’in­té­rêt du concept de Smart City dans le cadre d’une nou­velle man­da­ture muni­ci­pale. Ce pro­pos n’en­gage pas le Jour­nal les 2 Rives et ses contri­bu­teurs.

Les col­lec­ti­vi­tés locales sont au cœur de la pro­blé­ma­tique de la trans­for­ma­tion des ter­ri­toires et des aspi­ra­tions des citoyens, mais quelles sont les oppor­tu­ni­tés qui s’offrent vrai­ment à elles ? Com­ment favo­ri­ser les solu­tions éco­lo­giques ? Com­ment répondre à ces enjeux com­plexes alors même que le coût de l’électricité aug­mente, que l’Etat se désen­gage et que la décar­bo­na­tion devient une néces­si­té ? Com­ment inté­grer la crise sani­taire Covid-19 que nous tra­ver­sons et la recons­truc­tion du fonc­tion­ne­ment d’une ville dans le monde d’après avec une sécu­ri­té sani­taire ?

L’une des réponses tient peut-être en deux mots : Smart City.

Quelles res­sources pour les col­lec­ti­vi­tés locales ?

D’un côté, le coût de l’énergie est un frein à l’investissement ; confron­tées à la hausse du coût de l’électricité, due en par­ti­cu­lier à l’augmentation de la part des éner­gies renou­ve­lables dans la pro­duc­tion (mais aus­si aux cer­ti­fi­cats d’économie d’énergie), les col­lec­ti­vi­tés locales voient éga­le­ment leurs res­sources gran­de­ment bais­ser. Selon un article de Vie Publique publié en octobre 2019, les recettes fis­cales et les dota­tions de l’Etat, sont pas­sées de « 58,2 mil­liards d’euros en 2013 à 47,1 mil­liards en 2017, soit une baisse de 19 % ».

D’un autre côté, l’augmentation des impôts et des taxes est une idée bien peu sédui­sante à l’heure d’une grogne de fond concer­nant la pres­sion fis­cale actuelle. Quant à l’emprunt, les col­lec­ti­vi­tés se sou­viennent encore dou­lou­reu­se­ment de ceux contrac­tés dans les années 2000 et ayant conduit bon nombre d’entre elles vers un gouffre finan­cier, lors de la crise des sub­primes à l’automne 2008.

La Smart City répond sans conteste à ces enjeux finan­ciers et éco­lo­giques dont la conver­gence se fait à tra­vers l’impérieuse néces­si­té de consom­mer mieux et moins. Or, force est de consta­ter que les réseaux d’aujourd’hui ne sont pas adap­tés à cette opti­mi­sa­tion. Il fau­drait donc au préa­lable les rendre com­mu­ni­cants et inter­ac­tifs avec la pos­si­bi­li­té de pilo­ter les ser­vices de la ville pour les opti­mi­ser.

Par où com­men­cer et pour quels béné­fices ?

Dans un domaine, les éco­no­mies sont faciles à géné­rer : l’éclairage public repré­sente 41 % de la fac­ture d’électricité des col­lec­ti­vi­tés. En effet, selon le rap­port du groupe de tra­vail Pou­voir publics : com­ment être moteur et exem­plaire : « Rap­por­tée à la dépense de fonc­tion­ne­ment hors frais de per­son­nel, la dépense d’énergie repré­sente envi­ron 10 % de la dépense de fonc­tion­ne­ment et elle appa­raît sou­vent com­pres­sible sans nuire à la qua­li­té du ser­vice public ren­du ». L’éclairage public appa­raît donc comme le cas d’usage avec le meilleur retour sur inves­tis­se­ment dans le domaine de la Smart City.

Par exemple à Dijon, 65 % des inves­tis­se­ments Smart City de « On Dijon » sont cou­verts par les éco­no­mies d’énergie géné­rée sur 12 ans. A Mon­tar­gis, la ville se dote d’un hyper­vi­seur contrô­lant les accès au par­king, la signa­li­sa­tion et 2657 points lumi­neux. Grâce à l’amélioration de son dis­po­si­tif d’éclairage, Mon­tar­gis espère éco­no­mi­ser 200 000 euros par an . Sur la période 2016–2025 la com­mune de Rillieux-la-Pape renou­velle 69 % de ses ins­tal­la­tions d’éclairage public pour se doter d’un sys­tème d’éclairage éco­lo­gique équi­pé de cap­teurs de mou­ve­ment.

Com­ment finan­cer de tels pro­jets ?

Ces pro­jets peuvent être lourds pour les col­lec­ti­vi­tés locales mal­gré leur ren­ta­bi­li­té. Les Contrats Per­for­mance Ener­gie (CPE) offrent une solu­tion, uti­li­sée par Dijon et Rillieux-la-Pape pour leurs pro­jets Smart City. Les CPE consistent à fixer contrac­tuel­le­ment avec le maître d’œuvre des objec­tifs de per­for­mance éner­gique. Sans atter­ris­sage opé­ra­tion­nel du pro­jet, celui-ci s’engage à ver­ser des indem­ni­tés, rédui­sant les risques finan­ciers pour les col­lec­ti­vi­tés. Depuis une dizaine d’années, le pro­jet euro­péen e‑street light pro­meut ce type de contrat ayant notam­ment per­mis d’équiper la ville d’Oslo avec un sys­tème d’éclairage intel­li­gent ain­si qu’une ving­taine de villes en Europe .

L’Agence de l’Environnement et de la Maî­trise de l’Energie (ADEME) en fait la pro­mo­tion et met à la dis­po­si­tion des docu­ments juri­diques ad hoc, ain­si qu’un modèle de cahier des charges.

Les pro­jets de Smart City sont une réelle oppor­tu­ni­té de construire des poli­tiques publiques effi­caces pro­po­sant des nou­veaux ser­vices intel­li­gents et éco­lo­giques, encore plus avec la recons­truc­tion de la rela­tion Ville-Citoyen après la sor­tie de la crise sani­taire Covid-19. Des pro­jets dans des domaines comme l’éclairage public, le sta­tion­ne­ment et la signa­li­sa­tion per­mettent de construire les pre­mières réus­sites d’une pla­te­forme Smart City, conçue pour inté­grer nati­ve­ment d’autres ser­vices repo­sant sur des tech­no­lo­giques dédiées (IOT, appli­ca­tions mobiles, etc.). Ces pro­jets ont l’avantage indé­niable de rendre rapi­de­ment tan­gibles les retours sur inves­tis­se­ment en termes finan­ciers mais éga­le­ment d’appropriation par les citoyens et d’adhésion des popu­la­tions. A l’heure où la dépen­dance publique est deve­nue insup­por­table pour un grand nombre des citoyens, appor­ter rapi­de­ment des gages en matière de baisse des dépenses « inutiles » et de réaf­fec­ta­tion de celles-ci vers des postes de dépense plus intel­li­gents (tis­su éco­no­mique local, écoles…) semble une bonne rai­son de lan­cer un pro­gramme de Smart City. De plus, cette démarche s’appuie sur les com­pé­tences et les outils exis­tants (don­nées, réseaux, équipes) et n’obligent pas à tout jeter avant de recom­men­cer.

Auteurs : Guillaume Vacher, Antoine Papi­ni, Michel Guieysse
Res­pec­ti­ve­ment Mana­ger, Consul­tant et Asso­ciate Part­ner du cabi­net Magel­lan Consul­ting, enti­té du groupe Magel­lan Part­ners.

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