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Infrastructures routières et environnement

Prolongation de l'A104 : une triple aberration environnementale, économique et sanitaire

Par : 
Laurent Lantoine, porte-parole du CO.P.R.A. 184

Le 15 novembre à Conflans-Sainte-Honorine, l'assemblée générale du Collectif pour la Protection des Riverains de l'Autoroute A184 (devenue A104) a été conclue par M. Laurent Lantoine avec un message offensif contre ceux, notamment le maire de Poissy, qui tentent de relancer le dossier de l'Autoroute A104. Nous publions l'intégralité de sa tribune qui résonne dans les communes qui pourraient être affectées par cet ouvrage. 

Chères Coprasiennes, Chers Coprasiens, Mesdames et Messieurs les Elus, Mesdames, Messieurs, Chers Amis, bonsoir.

Depuis 28 ans que nous nous opposons à ce projet fou de prolongement d’autoroute en plein tissu urbain, on peut dire qu’il s’est passé bien des choses.

Beaucoup de joies mais aussi des peines. Collectives, individuelles, professionnelles comme personnelles. Il y a eu de joyeuses naissances mais aussi de bien tristes décès.

Tout un chacun a dû faire face durant toutes ces années à de nombreux problèmes. Petits ou grands mais qu’il a bien fallu résoudre.

L’homo sapiens a acquis, à travers les âges, cette faculté de mobiliser son esprit sur chaque problème rencontré et de mettre sa puissante intelligence au service de sa résolution.

Il a d’abord imaginé des méthodes de camouflage et de fuites pour survivre face à ses prédateurs ancestraux, puis petit à petit il a développé des techniques lui facilitant la tâche ardue de trouver quotidiennement de la nourriture.

Au fil des siècles nos aïeuls ont inventé la roue pour transporter de lourdes charges sur des distances de plus en plus longues, puis des outils toujours plus sophistiqués dont le but systématique fut de résoudre les problèmes qui se mettaient sur leurs routes.
 


Parlons-en des routes. L’homme en a construit des centaines de millions de kilomètres tout autour du globe ! Ces routes ont joué dans l’histoire de l’humanité un rôle majeur dans le cadre de son développement territorial, commercial et culturel. Puis, pour se déplacer au travers d’espaces de plus en plus grands, l’homme a inventé le chemin de fer et la machine à vapeur. Un très grand nombre de nations ont, grâce à ces nouvelles voies, décuplé leurs interactions, mais aussi leurs consommations énergétiques et leur production de déchets.
 

Plus récemment encore, pour faire face à de nouveaux problèmes liés à l’accélération des échanges internationaux, l’avion de ligne a fait son apparition avec son fantastique rayon d’action mais ses énormes consommations d’énergie et émissions de Gaz a Effet de Serre qui l’accompagnent.

 

Aujourd’hui nous nous déplaçons dans l’espace et qui sait, un jour peut-être, nos descendants seront en mesure de rallier des planètes situées à des distances aujourd’hui difficilement imaginables.

 

Mais quel rapport avec ce projet de prolongement de l’A104 me direz-vous ?

Et bien si vous m’avez écouté attentivement, vous aurez certainement remarqué que le mot « Problème » est très souvent associé aux deux suivants : « Faire Face ».

Faire face à un problème. C’est bien ce qu’ont fait nos ancêtres depuis la nuit des temps.

S’ils n’avaient pas fait face à leurs problèmes, notre espèce n’aurait sans doute pas survécu jusqu’à ce jour et nous ne serions pas réunis ce soir.

En effet, on ne résout pas un problème en le déplaçant ou en l’éludant mais en y faisant face, en focalisant son énergie sur la recherche d’une solution, si possible pérenne.

A l’opposé de cette posture, on rencontre fréquemment deux attitudes contre-productives :

La première consiste a croire que l’on peut résoudre un problème en détournant le regard ou en le rejetant sur son voisin. C’est une erreur grave !

La seconde est celle qui vise à FAIRE croire aux autres que l’on peut résoudre un problème en détournant le regard ou en le rejetant sur son voisin. Nous ne sommes plus ici dans l’erreur mais dans la manipulation et c’est bien pire encore !

Le COPRA a parfois dû lutter pour ne pas succomber à la facilité de la première attitude, et grâce à la sincérité de son combat et des membres qui le composent, il n’a jamais cédé. Quant à la seconde attitude, jamais le COPRA n’aurait pu y songer un instant, c’est hors de notre ADN. Le COPRA ne manipule personne, et lutte en toute sincérité en utilisant des arguments factuels et opposables. Ce qui visiblement n’est pas le cas de tous les protagonistes de ce dossier.

Mais avant de revenir en détail sur ce point, posons-nous la question suivante :

Quel est donc le problème qui nous réunit tous ce soir ?

  • Le prolongement de la francilienne ? NON !

  • Le choix, il y a 13 ans maintenant, par l’ancien ministre des transports Dominique Perben, du tracé dit « vert » ? NON !

  • Le non-respect de la continuité de l’Etat, suite à l’annulation du prolongement de la francilienne par trois premiers ministres, NON !

Ce qui nous réunit ce soir c’est le problème bien plus global de nos déplacements quotidiens dans nos villes du val d’Oise et des Yvelines et plus généralement le déplacement des personnes et des marchandises à travers toute l’Ile de France.

Notre dossier de prolongement de la francilienne n’est que la conséquence localisée d’un manque de vision à long terme d’une partie significative de nos élites politiques comme économiques, combiné à un acharnement qui vise à concentrer jusqu’à l’asphyxie un nombre toujours croissant d’habitants dans ces 8 départements qui couvrent seulement 2 % du territoire national métropolitain mais qui contiennent près de 20 % de sa population !

 

Il y a plus d’habitants en Ile de France qu’en Belgique !

Et certains pensent ou espèrent nous faire croire, que pour notre bien-être, il faudrait encore augmenter cette densité de population. Et pour permettre à tous ces gens d’aller travailler et à toutes les marchandises d’entrer et sortir de la zone, il faudrait donc continuer à construire des autoroutes.

Mais ceux qui souhaitent tant voir se multiplier les kilomètres de 4 voies n’envisagent, pas un instant, que ces aspirateurs à véhicules soient construits sur leurs communes.

Bien évidemment, il est si facile de réclamer une soi-disant solution à partir du moment où celle-ci, ou plutôt les désagréments de celle-ci, seraient subis par les autres.

 

Déplacer le problème avions-nous dit ?

Alors qu’il faudrait faire face et trouver collectivement des solutions pérennes, modernes et efficaces pour limiter la congestion qu’entrainent les déplacements pendulaires du matin et du soir notamment. Et réfléchir concrètement à limiter les transports de marchandises par camion qui sont un fléau pour un très grand nombre de communes de la région. Certains préfèrent répondre à ces vrais problèmes par une fausse solution autoroutière.

Mais pourquoi ne pas vouloir de ces monstres de bitume dans sa commune si c’est LA réponse au problème de déplacement des citadins et consommateurs que nous sommes ?

Bruit, pollution chimique et visuelle, artificialisation des sols, accidentologie, impact sur la qualité de vie et le patrimoine, la liste des inconvénients majeurs associés à ces autoroutes urbaines est bien trop longue.

Le COPRA depuis 28 ans les dénonce en s’appuyant sur des faits, des chiffres, des témoignages de scientifiques de plus en plus nombreux qui énoncent des faits que maintenant personne ne peut ignorer. Vivre à proximité d’une infrastructure routière d’envergure ou autoroutière tue !

Les constats sont là. Le temps n’est plus à la réflexion ou à l’analyse mais bien à l’action.

 

Il est enfin temps de faire réellement face au problème !

Il faut effectivement repenser en profondeur notre manière de voir nos déplacements. Arrêtons de croire qu’en ajoutant des axes routiers et autoroutiers dans nos villes, nous résoudrons ces problèmes de congestions. Bien au contraire, plus l’offre de transport routier augmentera et plus le nombre de véhicules s’y engouffrant sera grand. On le sait depuis des années !

 

Pour répondre efficacement aux problèmes de congestion, deux types au moins de solutions existent.

Des solutions de type « aménagement du territoire » tout d’abord et qui font actuellement cruellement défaut. Il faut vraiment se poser la question de la pertinence d’une hyper concentration urbaine dans notre région. Aujourd’hui 12,2 millions d’habitants en Ile de France, demain combien ? 15, 20 millions ?

Voulons-nous vraiment que notre région capitale ressemble demain à cette mégalopole indienne, New-Dehli où chaque jour 10 millions de véhicules circulent en dégageant leurs flots de CO2, d’oxyde d’azote et de particules fines de toutes tailles qui asphyxient ses habitants, allant même jusqu’à la paradoxale paralysie de son activité économique, comme encore tout récemment le 3 novembre dernier ?

Le reflexe presque pavlovien est toujours le même : On construit des routes et on y met de plus en plus de voitures jusqu’à ce que cette concentration devienne contreproductive.

 

Ecoutez bien. Une étude que l’on peut retrouver sur le site de la région a estimé que le nombre d’heures perdues par an dans les bouchons en Île de France s’élevait en 2016 à 90h en moyenne, soit plus de 2 semaines d’heures de travail gaspillées pour chaque francilien qui se rend à son travail en voiture !

L’Ile de France compte 6,31 millions d’emplois. 50% de ces actifs environ se rendent à leur travail en prenant une voiture, par conséquent le temps perdu pour l’économie francilienne s’élève à près de 284 millions d’heures et ceci chaque année !

Le coût associé à ce temps perdu sur nos routes atteint donc, tous les ans, la somme astronomique de 5,3 Milliards d’euros. Autant dire que si nous mobilisions nos forces pour réduire efficacement ces embouteillages, en limitant la concentration des habitants dans notre zone et en augmentant de manière significative l’offre de transport en commun, nous pourrions économiser des sommes colossales !

LE COPRA n’a donc même pas besoin d’invoquer des considérations environnementales ou sanitaires pour dénoncer l’absurdité qui consiste à rejeter toujours plus de monde sur les routes puisque des arguments purement économiques nous donnent raison.

Il existe aussi des solutions techniques qui ont toutes pour point commun de passer par du report modal : Plus de transports en commun ferrés, plus de transports en commun en site propre, plus de vélo, bref plus de transports alternatifs à la route. Certaines de ces solutions réclament peut-être une vision et des investissements à plus long terme car elles s’appuient souvent sur des travaux d’infrastructure plus couteuses qu’une autoroute. Mais parfois c’est le contraire, les infrastructures routières sont plus couteuses !

Le coût du projet de prolongement de l’A104 avec plus de 3 milliards 500 millions d’euros estimés, il y a déjà 13 ans, pour 22 km seulement revient plus cher au kilomètre que les pires estimations faites pour les 200 km du métro automatique Grand Paris Express estimés eux à 27 milliards d’euros. Méfions-nous donc de certains discours trompeurs, il est parfois plus cher et moins efficace pour les populations de construire des routes plutôt que des voies ferrées !

 

Pourquoi donc s’obstiner dans l’erreur ?

 

Depuis plusieurs années maintenant, tous les signaux montrent que notre position est la bonne.

Le COPRA a été et restera force de proposition, toujours présent pour s’associer à celles et ceux qui souhaitent concrètement améliorer la situation dans l’intérêt général.

Nous continuerons néanmoins à nous opposer à tout tracé autoroutier en zone urbanisée quel que soit le nom qu’on lui donnerait, « A 104 » officiellement ou « A104 bis » officieusement, qui passerait par des tronçons de routes construits en catimini sans exprimer le but final de leur assemblage comme ceci est en train de se mettre en place dans les Yvelines, notamment avec le futur pont d’Achères.

La solution passera indubitablement par une offre de transport en commun à la hauteur de la concentration de population qui ne cesse d’augmenter et sans doute aussi par une révision des principes actuels d’aménagement de notre territoire. A ce titre, notons que notre zone reste la grande perdante des projets d’infrastructures programmés dans le cadre du Grand Paris. Il faut y remédier !

Le COPRA propose donc à tous les acteurs politiques comme économiques, de remettre à plat ce dossier mal ficelé et d’entamer une vraie réflexion autour de ce gigantesque problème de déplacement en choisissant d’y faire Face et non pas en tentant, une fois encore, de le déplacer chez le voisin.

 

Permettez-moi, en guise de conclusion pour ce discours, de reprendre les mots du secrétaire d’Etat aux transports qui, dans un courrier récent, nous expose sa manière de voir et de faire face au problème. Une vision dans l’alignement de celle du COPRA qui montre bien que les mentalités évoluent et que certains ont bien compris que la réponse au problème n’était plus dans le tout routier.

Je cite Jean Baptiste Djebbari : « Je souhaite donc d’abord privilégier l’optimisation du réseau existant et le report des usagers vers les transports collectifs afin de répondre aux enjeux liés à l’amélioration de la desserte du nord-ouest de l’ile de France »

Le COPRA est tout à fait d’accord avec cette assertion et n’a presque rien à ajouter à part :

 

Un grand Merci à toutes et à tous pour votre écoute et nous vous rappelons que grâce à votre présence et vos contributions depuis 28 ans, le prolongement de l’A104 n’est toujours qu’un mauvais projet. Nous comptons donc, encore et toujours sur votre fidélité et votre aide précieuse.

Nous ne rappellerons jamais assez que ce tracé autoroutier constituerait, dans notre région, une véritable :   

 

ABERRATION ENVIRONNEMENTALE.

ABERRATION ÉCONOMIQUE.

ABERRATION SANITAIRE.

 

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