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Edito du J2R n°143

La fracture numérique et sociale

Par : 
Valentin Jaunet

Difficile d'occulter au quotidien les difficultés qu'une multitude rencontre dans leurs rapports sociaux, depuis l'avènement des nouvelles technologies de communication ! Ce domaine du vivre ensemble manque, pourtant, singulièrement de considération.

Paul, quarante trois ans, est propriétaire d'une voiture citadine qui sert à ses besoins familiaux. Conduire ses enfants à l'école chaque matin n'est pas sans risque. Récemment, il s'est fait surprendre au volant avec un téléphone à la main. Les gendarmes, comprenant les raisons qui l'avaient poussé à prendre l'appel, lui ont conseillé d'équiper son véhicule d'un système sans fil appelé Bluetooth ; ils l'ont laissé partir après lui avoir donné un simple avertissement. Paul s'est donc rendu dans un magasin spécialisé pour acquérir l'équipement préconisé, mais il ne sait ni l'installer ni comment procéder par la suite. 

Jacques, lui, est demandeur d'emploi. Il vient de découvrir que le site susceptible de lui en procurer un a fondamentalement changé, de sorte qu'il ne s'y retrouve pas et que la formation qu'on lui a fait suivre est devenue obsolète. En outre, il se pose énormément de questions quant aux façons de réduire les coûts d'accès à Internet au moyen de son smartphone et de son ordinateur portable. Madame D., soixante-dix-sept ans, a récemment appris qu'il lui faudrait désormais faire l’ensemble de sa déclaration de revenus "en ligne", expression dont elle vient par la même occasion de découvrir l'existence. En réalité ce n'est pas exact car on lui octroie la possibilité de surseoir à cette obligation du fait de son âge. Toutefois, elle ne saura pas obtenir une information plus précise en se connectant à Internet, pour repérer une page qui la contient. Elle devra s'armer de patience avant qu'un centre d'appels, au temps d'attente interminable, l'informe du règlement en vigueur.

D'autres cas pourraient être mentionnés : un étudiant doit, obligatoirement, s'inscrire sur un site dédié pour sa prochaine année de faculté et y préciser ses vœux d'orientation ; une malheureuse mère de famille se voit privée, depuis de nombreuses semaines, de son revenu minimal social, à défaut d'avoir rempli un important formulaire déclaratif de ses ressources trimestrielles. Le document qu'elle espérait trouver dans sa boite à lettres physique n'est disponible que dans un espace numérique personnel, dont elle est reste incapable de connaître, mémoriser et modifier les identifiants d'accès.

Ces situations, nombreuses, complexes et quasiment universelles, ont toutes un point commun : leurs protagonistes risquent un jour de figurer dans une catégorie de population laissée pour compte et même marginalisée ; tous sont victimes d'un fléau, sans cesse, grandissant que l'on appelle "fracture numérique et sociale".

Pour autant, permettre à chacun d'être présent sur les autoroutes de l'information, pour utiliser les plus récents moyens d'information et de communication, n’apparaît pas comme une solution idéale ; l'effet pervers de leur développement engendre plus d'inégalités qu'il ne résout de difficultés à s'en tenir éloigné. Bon nombre de municipalités de notre région ont compris que cette disparité s'atténue dès qu'elles luttent contre l'isolement des personnes concernées, en favorisant les regroupements culturels : sociologiques, ethniques, voire religieux ou politiques.

Dans ce domaine essentiel au bien-être de l'individu dans ses rapports avec autrui, le partage de connaissances, considéré sous forme de prestations commerciales ou entièrement bénévoles, s'avère prépondérant. Dans les communes qui se sont organisées, cela reste insuffisant. 

Nous pouvons tous constater un dépérissement des services à la personne, publics et privés. La Poste, la CAF et les centres médicaux s'éloignent des lieux de vie des habitants. Ce sont des services inexistants à certains endroits. Le président de la République en a pris conscience et a décidé d'arrêter la fermeture d'écoles et d'hôpitaux. Traiter les habitants des différents territoires et leur élus de manière plus humaine est, également, un objectif très louable. Le numérique simplifie les relations entre les citoyens et les administrations ; la généralisation de son usage génèrera des économies significatives. Toutefois, il convient que les Maisons France Services, dont Emmanuel Macron a annoncé le déploiement,  constituent un réseau de médiateurs numériques afin d'aider ceux qui ne maîtrisent pas les outils informatiques et Internet.

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