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Infrastructures routières

Le projet de l'A104 resurgit, camouflé de manière fragmentée

Par: 
Rodrigo Acosta

A Maurecourt a eu lieu, le 23 novembre, l’assemblée générale du Collectif pour la Protection des Riverains de l'Autoroute A184 (devenue A104), le CO.P.R.A. 184. C’était l’occasion de revoir les enjeux environnementaux et sociétaux du projet autoroutier, digne des années 1960, qui avance alors qu'il a été repoussé de plusieurs dizaines d'années.

Voir aussi la vidéo du CO.P.R.A.184

Dans la salle Gérard Blondeau pleine, environ cent personnes se sont réunies pour débattre des enjeux environnementaux et sociétaux de ce projet néfaste, proposé par les services de l’Etat depuis vingt-sept ans. Victor Blot, fondateur du CO.P.R.A 184, a résumé la longue bataille menée par les élus et les adhérents du collectif : "le maire de Maurecourt Gérald Rutault et son adjoint Joël Tissier, appuyés par toute l’équipe municipale, ne se sont pas contentés de protester, ils [avaient] « mouillé la chemise », comme on dit, produisant au moment du débat public études, analyses, comparaisons, statistiques, rapports médicaux, etc. Conduisant par leur détermination à faire sauter le verrou de Maurecourt, entraînant ipso facto, l’annulation du tracé rouge sauvant, entre autres, la colline de l’Hautil à Andrésy et son panorama extraordinaire sur la vallée de la Seine".

 

Officiellement, le projet de l'A104 a été repoussé aux prochaines décennies

Nous suivons ce dossier depuis 2011 ; dans cette période, rien n’a bougé concrètement : aucune décision de la part de l’Etat depuis que le rapport Duron a repoussé le spectre de l’A104 à 2030, voire aux calendes grecques (2038). Depuis les années 1990, une poignée de visionnaires a retardé ce projet, leurs actions produisant des effets incroyables, notamment les annulations des décisions de trois Premiers ministres(1). A ce projet se sont ajoutés celui du Pont d’Achères, reliant la Boucle de Triel à Achères, ainsi que la déviation de la RD154 qui rejoindrait, à terme, la Boucle. C’est le Conseil départemental des Yvelines qui est derrière cette liaison de la RD 30 et de la RD 190 par le pont d'Achères.

Un retour sur le passé s’impose. A la lumière de cette AG de novembre 2018, il est également utile d’examiner la tentative des pouvoirs locaux de réaliser le projet A104 par petites doses, c’est à dire en saucissonnant le projet initial pour le transformer en une sorte de A104 bis.

Tentative de passage en force de l'A104 bis

Déjà, Eddie Aït, à l’époque maire de Carrières-sous-Poissy, avait prédit, en janvier 2012, une bataille à moyen et long terme. Bien que son successeur, Christophe Delrieu (DVD), soit en faveur de la construction du pont entre la Boucle et Achères, des opposants, notamment ceux qui habitent à proximité, ont œuvré avec une détermination sans faille pour s'opposer à ce pont, dont le projet semble mal parti. Le  débat  a continué dans notre territoire ; l’association « NON au Pont d'Achères » poursuit, en appel, le combat avec un dernier recours qui entrave la belle mécanique départementale. Dans un souci de solidarité, l’association ADIV-Environnement a décidé de l'aider financièrement.  

Pour Bernard Destombes, président de l’ADIV, l'explosion des projets de construction (merci à la Centralité et à l'Ecopôle de la Communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise !) est à l'origine de la logique de cette autoroute bis, qui fait l'objet d'un camouflage inédit. Le Pont d'Achères est considéré comme une infrastrucure nécessaire pour désenclaver la Boucle de Carrières-sous-Poissy. L'urbanisation galopante à Carrières-sous-Poissy et à Triel-sur-Seine ainsi que la prévision du nombre d'emplois du projet Ecopôle constituaient les principaux arguments de ce prétendu besoin autoroutier. Il y avait, également, l'argument classique de la "valorisation du territoireau détriment du cadre de vie des habitants de la zone allant de la Confluence à Triel-sur-Seine, forte d'un capital humain et naturel

Quant aux enjeux de société, les débats, entre 2012 et 2018, ont souligné leurs désillusions : multiplication prévisible des atteintes à l'environnement (triplement des nuisances sonores), grignotage progressif du paysage local (notamment dans l'Île de la Dérivation). Le passage en force d'une A104 bis, qui semble être aux antipodes de la valorisation tant voulue par les élus en place, est fait sans justification et sans études préalables.

Certes, la Région Île-de-France a décidé de financer (avec 6 millions d’euros) une partie de la déviation de la RD 154 qui rejoindrait, à terme, le Pont d’Achères dans le cadre d’un plan « anti-bouchons » mais la région s’est basée sur des arguments erronés(2). Selon l’ADIV, les estimations de circulation publiées dans le rapport du projet RD 154 se sont avérées "fausses" ! Ainsi, les habitants des communes impactées seraient piégés par un flot de véhicules incommensurable, sans que l'on puisse anticiper les effets induits et indésirables de ce type d'infrastructure.  Même les villes de Villennes, de Triel et de Médan seraient, alors, fortement affectées par le Pont de Triel, ouvert en 2003 : c'est par lui que se fera la liaison entre la RD 154 et le Pont d’Achères.

Contester le saucissonnage

Dans le cas du Pont d'Achères et de sa prolongation, les habitants seront piégés par une évaluation incorrecte de la circulation future ; ce pont sera une sorte d'aspirateur de pollution. C'est un comble pour les élus des villes concernées qui ne jurent que par le développement durable et par le souci écologique !

Ce diagnostic, partagé par tous les participants au combat contre l’autoroute urbaine, a été exposé au départ par Antoine Millet, président de « NON au Pont d'Achères » : pour cette associaition et les habitants de l'Île de la Dérivation, le projet de pont à deux fois deux voies a été conçu pour une circulation de niveau national, voire international. L'Île de la Dérivation, dont le cadre de vie harmonieux risque d'être détruit, fait face à un défi : soit elle sera cassée par ce projet pharaonique, soit elle aura été défendue par tous car elle est un exemple à reproduire dans toutes les communes de la boucle de Carrières-sous-Poissy. De plus, l'écosystème des méandres de la Seine et ses oiseaux migratoires sont en danger par cette logique « du tout bagnole par le tout béton ». Ces propos ont été corroborés par le message du CO.P.R.A. 184, le 23 novembre 2018 : le collectif s'est opposé à toute tentative de phasage ou de saucissonnage de ce projet d'autoroute urbaine. Pour Victor Blot, les dangers sont toujours d’actualité : une coalition de Karl Olive, Arnaud Péricard et Christophe Delrieu, respectivement maires de Poissy, de Saint-Germain-en-Laye et de Carrières-sous-Poissy, pousse la ministre Elisabeth Borne à réaliser ce projet néfaste !

Le Conseil départemental des Yvelines devrait « arrêter de saucissonner les projets autoroutiers » et se mettre à l’œuvre pour développer une politique de mobilité innovatrice, en phase avec les enjeux de société. En ce qui concerne les associations qui luttent pour la défense de l'environnement,  elles sont fédérées et leurs adhérents sont en ordre de marche(3) : « Ce n'est pas un bouclage, c'est un bricolage», a martelé Victor Blot.

En somme, il est possible de contester la pertinence de ce projet autoroutier en quatre points. D'abord, le périmètre n'est pas adapté. Pourquoi avoir exclu de la consultation les habitants de communes telles Andrésy, Villennes et Vernouillet ? Ensuite, l'impact du trafic et des flux des voies rapides voisines étant erroné, les chiffres sont à revoir. L'hypothèse du projet de l'A104 conduit à penser que les élus ont décidé un pis-aller avec cette liaison bis. Enfin, la spirale infernale - plus on construit des infrastructures routières, plus on aura de bouchons - sera un piège pour tous les habitants de la Boucle de Carrières-sous-Poissy.

L’association CO.P.R.A. 184 est un phare qui éclaire de nouvelles pistes d’actions. D’abord, cela implique une bonne dose de solidarité : « Cette solidarité existe pour lutter contre un projet qui n'a rien à faire chez nous »,  a argumenté, le 23 novembre, Victor Blot, fondateur du CO.P.R.A. 184. Il est loin le temps où les adhérents de cette association étaient considérés comme des affreux « écolos ». Ils ont servi d’exemples à d'autres associations et d'autres acteurs du territoire pour lutter pour un cadre de vie convenable et durable dans la ville de leur choix.

La bataille de la Boucle

« Tous pour un et un pour tous » était la devise de l'ancienne intercommunalité CA2RS(4). De la même manière, les associations comme le CO.P.R.A. 184 ont  compris la force de cette devise et l'utiliseront également parce que l'on ne doit « pas laisser le monopole de l'action locale à des élus qui ne tiennent pas compte, par la situation actuelle, des minorités agissantes et a fortiori des habitants qui ne demandent qu'un répit dans un processus d'urbanisation galopante en œuvre ici dans la Boucle ». Ainsi, le message principal des acteurs locaux commence à s'imprimer chez les élus et les technocrates :  l'aberration environnementale et économique de ce projet « tout bagnole ». Il faudra rester vigilant et se préparer à des batailles prochaines dans la Boucle de Carrières-sous-Poissy et au-delà(5). Les carottes ne sont pas cuites et il est temps d'entendre l'avis des habitants. « Votre mobilisation doit rester intacte et nous comptons sur vous », a conclu, le 23 novembre 2018, Mme Christine Paravy, présidente de l’association CO.P.R.A. 184.

 

Gérald Rutault : "engagement moral et humanitaire"

 

Lors de l'assemblée générale du CO.P.R.A 184 le 23 novembre, le maire de Maurecourt a renouvellé son appui pour le collectif qui lutte contre le prolongement de l'A104. 

ALLOCUTION d’ACCUEIL de Gérald RUTAULT, Maire de Maurecourt

 

C’est avec grand plaisir que nous vous accueillons, dans notre Espace Gérard-Blondeau, pour « votre », je devrais dire « notre » assemblée générale.

Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier pour toutes ces longues années d’actions qui, en 1991, paraissaient à certains totalement à contrecourant ; voire un débat de bobos, d’arrière-garde et pourtant, on sait aujourd’hui que vous étiez visionnaires : que ce soit au niveau de la santé publique, du dérèglement climatique et de la fin annoncée du tout automobile.

Je n’oublie pas non plus que, sans votre combat constant nous aurions ici ce que certains hauts fonctionnaires appelaient « l’autoroute du bonheur ». Souvenez-vous de ce directeur de cabinet qui nous vantait l’A104 comme « commodités pour rejoindre la forêt de Fontainebleau » !!!

Mais aussi votre action, après un début difficile, a permis de nous aider à fédérer un grand nombre de maires et de créer le « comité des maires contre l’A104 », nous permettant d’être plus efficaces et plus entendus auprès des Autorités.

Ce fut une grande victoire car pour les plus anciens qui se souviennent, dans les années 90, nous n’étions qu’une poignée d’élus à nous opposer à cette infrastructure.

Face à notre mobilisation commune, trois Premiers Ministres vont annuler les décisions antérieures, ce qui, en France, ne s’était encore jamais vu.

Et je me rappelle aussi la qualité de vos interventions, de votre grande mobilisation lors du débat public de 2006, de votre soutien sans faille aux élus des communes impactées : actions majeures qui marqueront un véritable tournant dans les décisions à venir.

Mais comme nous avons pu le constater tout au long de ces 27 ans, les tenants de l’autoroute restent convaincus de son utilité et, comme le dit si bien Boileau, « remettent sans cesse l’ouvrage sur le métier ».

Comment, au 21e siècle, rester sur des projets des années 60. Comment ne pas développer des projets alternatifs, tels que la « Tangentielle ferrée ouest », « l’Aménagement de la RN 184 » et le « Raccordement à l’A14 », entre autres.

Ce qui est sûr, c’est que par la force des choses, nous devons changer de paradigme pour le bien-être, la santé de nos concitoyens et surtout pour la préservation de notre planète.

Votre, notre vigilance doit rester constante, car le rapport Duron n’ayant toujours pas été validé par l’ÉTAT, l’arrêt de ce projet démentiel n’est pas effectif.

Vous le savez, Maurecourt a été de tous vos combats, sera toujours à vos côtés car bien que nous ne soyons plus impactés, nous n’avons jamais « prêché pour notre paroisse ».

C’est un engagement moral, humanitaire, que nous devons envers toutes nos populations.

 

Je vous souhaite bon courage car, dans l’incertitude, il est facile de se démobiliser. 

Notes 

1. Dominique Perben, Pierre Beregovoy, Lionel Jospin

2. http://journal-deux-rives.com/actu/08659-conseil-regional-dile-france-decide-financer-deviation-rd154-base-darguments-errones

3 ADIV-Environnement, ADRUP 154, Andrésy Qualité Pour Tous, Berges en dérive, Comité de Sauvegarde de Chanteloup-les-Vignes, Bien vivre à Vernouillet, CO.P.R.A de Carrières-sous-Poissy et d’Achères, Non au Pont d’Achères, Triel-Environnement et l’ADRESP.

4. Pierre Cardo, député-maire et créateur de la CA2RS, l'avait utilisé pendant les cérémonies de vœux et lors du lancement médiatisé de cette intercommunalité, le 3 janvier 2012.

5. La création par Aéroport de Paris, ADP, d’un gigantesque Terminal T4 pour agrandir l’aéroport Charles-de-Gaulle- Roissy dans le Val d’Oise. (voir le Parisien du 20/10/2018 dans son édition du Val d’Oise, intitulé « Roissy va devenir un aéroport XXL »).  Ce nouveau terminal s’étendra sur 167 ha et remplacera le T3 qui sera détruit. Il nécessitera le prolongement du métro (ligne 17 du Grand Paris Express) et le « bouclage de l’A104 » (sic). Pour ce projet, l’ADP a saisi la commission nationale du débat public (CNDP) qui mènera une concertation du 07 janvier au 07 avril 2019. Le début des travaux pourrait commencer à l’été 2020, avec une ouverture progressive du T4, d’abord en 2024 (Date des JO à Paris), puis en 2028-2030 pour le bâtiment principal et en 2033-2037 pour l’ouverture totale.

 

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