Vous êtes ici

La mémoire de GPS&O

Accident de voiture de la châtelaine d’Hardricourt

Par : 
Michel Kohn - ACV, la mémoire de Villennes

A la suite d'un fait divers, un accident de la route, en juillet 1863, la presse de l'époque nous fait connaître l'actrice d'un théâtre parisien qui possédait alors le château d'Hardricourt.

Le propriétaire le plus connu du château d’Hardricourt, qui accueille aujourd'hui des séminaires et des réceptions, a été Jean-Bedel Bokassa, des années 1970 jusqu’en 2011. C'est grâce à un accident de la circulation,  relaté dans La gazette des étrangers  puis dans la revue La Comédie, en juillet 1863, que nous connaissons l’actrice, qui possédait alors le château : sa calèche s‘était renversée dans la descente d’Hardricourt alors qu’elle devait jouer le soir sur la scène du Théâtre du Boulevard-du-Temple. Des articles élogieux précisaient que, n’ayant que de légères contusions, elle put prendre le train à Meulan pour s’y faire applaudir, deux heures plus tard.

«  [...] Mlle Victorine de Courtais revenait, dans sa voiture, d'une propriété qui lui appartient à Hardricourt, auprès de Meulan, en compagnie aussi de deux messieurs, dont l'un M. S..., notaire en cette ville, était placé près d'elle, tandis que l'autre, M. Saint-Albin, assis sur le siège, tenait les rênes en main. Le cheval, dès le départ, soit qu'il fût mal attelé, soit excès de repos et de nourriture, donnait des signes d'impatience, lançait à chaque instant des ruades et cherchait à gagner à la main de son conducteur. Arrivé à la descente d'Hardricourt, qui est très rapide, M. Saint-Albin cessa de pouvoir le contenir ; l'animal s'élançait par bonds furieux, et, saisi d'une sorte de vertige, imprimait à la voiture, dans sa course désordonnée, de terribles cahots. Une catastrophe était inévitable ; pour essayer de la prévenir, M. S... sauta rapidement hors de la voiture, espérant arriver à la tête du cheval pour le maîtriser. Renversé par le choc, il eut la chance de se relever sans blessure, mais déjà distancé par la voiture, il ne put que de loin assister à l'effroyable collision de l'animal contre le mur d'une ferme où la voiture se brisa avec fracas. M Saint-Albin fut lancé en l'air et retomba, par bonheur, sur le dos du cheval abattu, d'où il roula dans la poussière, sans autre mal. Quant à Mlle de Courtais, cramponnée à la voiture, elle n'avait pas un instant perdu la tète, et encourageait son compagnon à ne pas quitter le siège, ce qui probablement lui a sauvé la vie. Mais le chemin de fer n'attend personne, il fallait arriver à Meulan pour saisir le train qui se dirige sur Paris au passage, afin de ne pas faire manquer la représentation du soir. [...] »

Un autre journal Le Tintamarre, qualifiant son concurrent de “journalicule théâtral”, mit en doute cette version des faits « [...] Malgré la très vive émotion que lui avait causée cet affreux accident, la VAILLANTE ACTRICE est montée en chemin de fer et est arrivée assez à temps encore pour entrer en scène. Oh ! là, là ! Il n'y a qu'un petit malheur dans tout ce récit, c'est que la VAILLANTE artiste n'a pas joué, et que le théâtre a fait relâche pour cause d'indisposition de mademoiselle de Courtais, qui a envoyé reprendre le même soir, par sa sœur, ses toilettes de théâtre. »

Il est à noter que Mme de Moronval, dont Victorine de Courtais ne put pas, ce soir, jouer le rôle, est un personnage dont les souffrances sont imaginaires. Il ne semble, toutefois, pas que cet accident de la châtelaine-actrice n’aurait été que le résultat d’une mise en scène. Cette comédienne n’a laissé ni beaucoup de souvenirs ni son portrait. En juillet 1860, le journal Les coulisses - Gazette de Paris écrivait : « Mademoiselle Victorine de Courtais vient d'arriver à Paris après une saison passée aux théâtres de Madrid et de Barcelone, où elle a obtenu de très grands succès ». Elle a alors joué au Théâtre du Vaudeville. Un article du quotidien Le Figaro du 26/10/1865 à propos de la pièce La Louve de Florence, qu’elle interprétait au Théâtre-Beaumarchais, la présentait ainsi : « une de ces personnes distinguées dont les menuisiers du faubourg Saint-Antoine disent Voilà une bien grande dame ! [...] Mme Victorine de Courtais a parfois des élans vers la haute comédie. Dans les scènes de passion elle a un de ces gestes pleins de noblesse qui veulent dire Messieurs, fleurissez vos dames. »

Publicité