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Prolongement de l'A104

A104 : l’offensive fracassante du COPRA 184

Par: 
Rodrigo Acosta

Chaque rentrée se présente de la même manière dans ce dossier épineux pour le Val-de-Seine : les politiques veulent prendre la main en expliquant qu’il « est grand temps qu’enfin ce projet se réalise ! » En face, adversaire acharné du projet A104, l’association COPRA 184 sort l’artillerie médiatique et stratégique en soulignant l’absurdité et le caractère dépassé de ce prolongement de la Francilienne. Enfin, le COPRA 184 préconise des choix alternatifs et demande un rendez-vous avec la ministre Ségolène Royal.

Le trio de choc du COPRA 184(1) (Christiane Paravy, présidente, Victor Blot, fondateur, et Laurent Lantoine, porte-parole) était en forme dans cette nouvelle offensive contre les politiques qui osent encore croire dans les vertus de l’autoroute A104 et, par conséquence, dans le dogme « tout-bagnole ».  Depuis vingt-cinq ans, le COPRA 184 critique la pertinence de ce projet qui obéit à un dogme du passé : 120 000 voitures/jour sur un tracé vert (élaboré et discuté en 2006 !) qui augmenterait de 30 % le CO2 et donc la pollution. Son coût, 3,2 Md €, est jugé exorbitant ! D’une manière paradoxale, le gouvernement français organise en novembre la COP 21 pour atteindre une réduction générale de la pollution dans le monde. La mobilité par la voiture individuelle et le transport de marchandises par camion posent problème et restent la grande source de pollution. Ceci entraîne des problèmes de santé publique.  « Le manque de courage [des différents gouvernements et élus locaux] du passé ne doit pas imposer [à la population actuelle] une solution désastreuse » a insisté Christiane Paravy.

Avec pédagogie, Mme Paravy a démontré que la solution A104 serait éphémère comme étant un appel d’air pour plus de voitures et plus de camions, qui vont, à terme, produire les mêmes effets de « congestions [embouteillages] comme celles constatées sur le deuxième pont de Gennevilliers et près d’Herblay. » La prolongation de la Francilienne (autre nom de l’A104) impactera la santé de 300 000 habitants et conduirait à une situation d’asphyxie de la circulation locale. Il faut plutôt dissocier le transport national du celui à caractère local. Quant à la situation actuelle de Poissy, qui souffre d’une circulation difficile près de la Collégiale dans le centre-ville, le COPRA 184 ne voit pas d’inconvénient de voir se construire une déviation locale comme c’est le cas dans la majorité des villes françaises. Pourquoi ne pas la faire « à l’Est de la ville, entre la ville et la forêt de Saint-Germain ».  Mais, laisser croire que la déviation et la prolongation sont équivalents n’est pas du goût de Victor Blot, chef « historique » du COPRA 184.  

Démystifier l'A104

M. Blot n’a de tout pas apprécié l’instrumentalisation de l’A104 par de nouveaux élus. C’est toujours la même rengaine : on se fait élire et on tente le coup en prétextant le sacro-saint « développement économique ». Selon M. Blot, « l'A104 s’appuie sur des hypothèses farfelues» : les autoroutes ne sont pas génératrices d’emplois ; l’exemple de la Picardie, où le taux de chômage est très fort malgré la belle autoroute A16 la traversant, doit faire taire ces arguments fallacieux. Dans une étude de la Cour de comptes (1998), la corrélation entre emplois créés et autoroutes n’est pas évidente.  A contrario, la ville de Rodez, qui n’a pas une grosse infrastructure autoroutière, affiche des taux d’emploi très satisfaisant pour les élus et pour les habitants. En somme, l’A104 produirait, selon les études de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), des effets indésirables pour la santé des habitants près des autoroutes.  « Il serait criminel de faire passer une autoroute en zone urbanisée », a assené Laurent Lantoine. Le COPRA 184 s’insurge pour défendre les futurs « sinistrés » de l’A104, si projet se réalise.

Cela dit, le COPRA 184 n’a pas perdu son savoir-faire pour mobiliser ses troupes afin de se faire entendre. A travers des forums  de la rentrée (sauf à Andrésy, qui interdit leur présence), à travers les réunions publiques, à travers des lettres et des contacts avec les élus, les dirigeants du COPRA 184 ont fait du lobbying : Herblay, Orgeval, Pierrelaye et Poissy ont adopté des motions et/ou des délibérations concernant ce projet.

Imposer l'agenda politique à Mme Royal

Les dirigeants du COPRA 184 ont demandé un rendez-vous avec Mme Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie. Sans succès. Il y avait même une fin de non-recevoir en août 2015. Inadmissible selon les dirigeants qui vont tenter une dernière fois d’écrire à la ministre Royal : « L’A104 se trouve alors vraiment au cœur du sujet et devrait constituer l’une des préoccupations principales de la ministre de l’Ecologie. » Selon le COPRA 184, « l’A104 est en totale contradiction avec la COP 21 »  Mme Paravy a réitéré sa demande de rendez-vous avec la ministre de l’Écologie.  S’il y a échec, les adhérents seraient prêts à se mobiliser Boulevard Saint-Germain (Paris 7e arrondissement) où se trouve le cabinet et les bureaux de Mme Royal. En plein COP 21, le gouvernement se ridiculisera-t-il devant tous les participants de ce sommet mondial ?

En somme, les adhérents du COPRA 184 ont sorti l’artillerie lourde pour exposer les arguments de ce projet « obsolète, irréalisable et inacceptable » qui va coûter plus que le triple du budget affiché en 2006, soit 9,6 Md €. Avec l’urbanisation galopante de ces dernières années, on voit mal comment le gouvernent et les élus « proches des lobbys de la bagnole, du pétrole et du béton » pourraient mener à bien ce projet. Il est temps de se mettre en cohérence avec la transition énergétique qui préconise une réduction des effets de CO2, et surtout un système économe en consommation d’énergie fossile. Vingt-cinq ans de mobilisation du COPRA n’ont pas encore contrecarré le dogme du tout routier. En s’adressant à Mme Royal, le COPRA souhaite que l’on aboutisse à un accord COP 21 ; sur le plan local, cela signifierait l’abandon du projet de l’A104. Utopique ? L’histoire jugera.

 

Aménager la RN 184 et diminuer le « tout-bagnole »

En lieu et place de la prolongation de l’A104, il vaudrait mieux aménager la route nationale RN184. Pour un montant estimé à 100 millions d’euros, la sécurisation de l’infrastructure et la mise en place d’un système de transports en commun (TC) pourraient améliorer la mobilité des habitants notamment entre Cergy et Saint-Quentin-en-Yvelines. Il s’agirait de « promouvoir et construire des transports en commun avec les économies dégagées par l’abandon de l’A104 ». Des élus sont généralement d’accord sur le principe d’améliorer les infrastructures existantes comme la RN184. Cependant, ces mêmes élus ne « font rien remonter aux autorités compétentes» en prétextant que la RN184, ce n’est pas du ressort du Département des Yvelines mais de l’État. Le COPRA 184 constate ici « une volonté délibérée des autorités de ne pas améliorer la RN184 pour  justifier  l’A104 ».

Au contraire, le mode de déplacement doit être au cœur de la réflexion et de l’action des autorités compétentes avec l’arrivée d’EOLE et de la Tangentielle. Améliorer l’offre des transports en commun et diminuer le rôle et la place de la voiture sont intrinsèques à la transition énergétique qui est prônée par l’urgence climatique.

Notes

1. Collectif pour la Protection des Riverains de l’Autoroute A184 (devenue A104). Il regroupe des sections dans les treize communes, qui seraient impactées par l’A104, représentant environ 300 000 habitants.  Mme Christiane Paravy est la présidente.

 

V191015

 

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