La majorité UMP départementale passe outre l’avis défavorable du commissaire-enquêteur
La droite départementale considère que l’avis défavorable émis par le commissaire enquêteur sur le projet de connexion routière RD 30 / RD 190 n’est pas justifié.
C’est Philippe Tautou, conseiller général UMP et maire de Verneuil, qui a présenté la délibération proposant la poursuite du projet routier contesté. Un seul vote "contre : l'écologiste Joël Tissier.
Le vice-président de la CA2RS, Eddie Aït, pourtant à l’origine des projets de développement de la boucle, continue de s’opposer au projet du pont, traduisant un malaise grandissant au sein de l’exécutif de la CA2RS.
Lors de l’assemblée départementale du 13 juillet, la majorité UMP/Divers droite des Yvelines a réalisé ce que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de « coup de force » : demander au préfet de poursuivre le projet routier de 4 voies entre Achères et Triel, par la plaine de Chanteloup, ce malgré l’avis défavorable émis par le commissaire-enquêteur lors de l’enquête publique qui vient de se clore (voir notre article : « Le projet du Pont d’Achères retoqué »).
Philippe Tautou en super star
C’est le conseiller général UMP (et maire de Verneuil) directement concerné par ce projet routier, en tant que vice-président chargé de l’aménagement du territoire de la communauté d’agglomération des Deux Rives de Seine (CA2RS), Philippe Tautou qui a présenté la délibération, défendu le projet routier et remis en cause les arguments défavorables émis par le commissaire.
Ce projet routier (liaison RD 30 – RD 190) a soulevé, pendant l’enquête publique, une levée de boucliers pour deux raisons (voir notre article : « Un pont… et la A104 »).
D’une part parce que cette connexion départementale importante risque de faire office d’autoroute puisque la future francilienne démarrant à Méry, s’arrêterait devant la Seine, au niveau d’Achères. D’autre part parce que le pont entre Achères, Carrières et Andrésy serait construit en zones urbaines.
L'urgence du désenclavement de la Boucle
La majorité départementale, par la voix de son représentant Philippe Tautou, a répondu point par point aux critiques du commissaire-enquêteur : « le Conseil général prend acte de l’avis défavorable mais reste convaincu de l’utilité publique de ce projet qui désenclavera la boucle de Chanteloup en permettant le développement des projets de ce territoire que ce soit en matière de développement économique, de logement et d’aménagement durable ».
Sur ce point, le président Alain Schmitz, ainsi que le conseiller UMP de Poissy, Jean-François Raynal, ont insisté sur l’urgence de « désenclaver la boucle et permettre le développement de la filière écoconstruction ». D’autant que le CG 78 s’est investi financièrement sur ce projet.
Le pont d'Achères source de pollutions : la réponse de la majorité départementale
Le pont qui enjambera la Seine est, selon le commissaire enquêteur, « très présent dans le paysage et sans mesure pour compenser cette sensation. Il y a dégradation des conditions sonores (multiplié par 4), même si on reste dans les normes règlementaires. Il y a dégradation des conditions de qualité de l’air et de l’environnement sonore », notamment pour les habitants de l’île de la Dérivation, mais aussi pour les habitations situées sur la rive droite, à Carrières et à Andrésy, avec les vents dominants sud-ouest. « Des lieux très calmes subissent une augmentation très importante de leur ambiance sonore », martèle le commissaire.
Philippe Tautou a usé de l’argument traditionnel de réduction de la circulation routière sur les voies environnantes, grâce au pont d’Achères – ce qui compenserait l’impact polluant du projet. Argument non vérifié par les derniers projets routiers franciliens (notamment le prolongement de la A104 entre Roissy et Cergy) qui accentuent le trafic sur les voies secondaires connectées à la nouvelle route.
Le projet routier, au niveau du pont, a, selon le commissaire, « des incidences plutôt négatives sur le paysage, avec absence de mesures compensatoires pour l’insertion du viaduc », notamment au niveau des murs anti-bruit.
A 104 et Pont d'Achères : "le fond du problème"
Le commissaire a émis un jugement encore plus négatif sur les « incidences sur les autres projets locaux ». Pour l’expert désigné, « nous touchons ici au problème de fond du dossier : comment justifier de faire un pont à l’emplacement où l’Etat a prévu de faire un franchissement sous-fluvial ? ». Le commissaire reprend donc à son compte la critique principale émise tant par les associations que par les élus locaux, même chez ceux qui étaient favorables initialement au projet , comme le maire d’Andrésy, Hugues Ribault (UMP). Voilà « une position très difficile à développer car on entend à la fois le CG 78 qui dit "je fais tout seul parce que l’Etat ne décide pas assez vite" et des déclarations de bon sens qui confirment que l’on pourrait étudier une mutualisation d’un seul franchissement en sous-fluvial », analyse sévèrement le commissaire.
Pour Tautou : "deux projets routiers différents"... vraiment ?
Pour répondre à cette critique de fond, la majorité de droite du département a développé un argument qui ne tient pas devant la réalité du projet routier : « les deux projets répondent à des objectifs différents ». Pour Philippe Tautou, on ne peut concevoir un souterrain à la place du pont « si l’on veut avoir une desserte fine du territoire avec un maillage sur le réseau routier existant ».
L’étude des projets A104 et de la liaison RD 30-RD 190 infirme la position de M. Tautou : il est bien prévu une entrée/sortie de la Francilienne sur les deux rives de Seine, tout comme pour la connexion départementale. Ainsi, la A104 servira autant de « desserte fine » sur le territoire de la CA2RS – tout comme projet routier traversant des zones urbaines (pensons à la N 184, à Eragny et Cergy, à la A6 à Lyon, etc.). Les deux projets sont bien redondants, du moins sur le papier.
Quoiqu’il en soit, la majorité UMP de M. Schmitz reste convaincue que – jamais, ô grand jamais – cette liaison départementale « dans l’hypothèse où la A104 ne serait pas réalisée, ou de façon partielle [en s’arrêtant à Achères], comportera des caractéristiques géométriques non compatibles avec un statut autoroutier et ne pourra pas écouler le trafic dédié à la A104. La liaison sera une route départementale destinées à écouler un trafic local ».
Qui peut être convaincu par une telle naïveté ? Le projet départemental entre Achères et Triel sera-t-il interdit aux camions ou aux véhicules venant du nord par la future A 104 ? Que vont faire les usagers de la future A104 si elle s’arrête à Achères ? Préféreront-ils entrer dans Poissy pour rejoindre la A13 et A14 ou poursuivre sur le pont d’Achères/Denouval jusqu’au pont de Triel, en évitant ainsi les engorgements de Poissy ? Philippe Tautou et sa majorité croient-ils réellement en ce qu’ils affirment ?
Par ailleurs, le département a rappelé « n’être pas en mesure de réaliser un tel ouvrage souterrain » pour des raisons techniques et financières.
Enfin, l’évaluation économique et sociale du projet ne convainc pas le commissaire : « les conclusions du CG 78 sont très étonnantes », basées sur « des chiffres de 2007 ou de 2006 ».
Par contre, le commissaire ne remet pas en cause les « incidences positives sur l’activité économique » et « les gains de temps appréciables des automobilistes ».
Eddie Aït, le maire de Carrières, « regrette » le choix du CG 78 :
« Je suis surpris de cette décision ». Ce projet est une « atteinte grave à l’intégrité de l’île de la Dérivation. Le département préfère se voiler la face et poursuivre coûte que coûte le projet. C’est regrettable ».
Eddie Aït (PRG) est aussi vice-président de la CA2RS, tout comme le conseiller général UMP Philippe Tautou. Mais les deux ne sont pas d’accord sur la pertinence de ce projet routier : « la raison doit l’emporter et le projet est d’une utilité contestable » pour l'édile de Carrières.
Beaucoup soulignent « l’ambiguïté » du maire de Carrières, dont sa ville profite à plein des projets de développement de la CA2RS et qui va construire 2 800 logements pour un accroissement de population estimé à 8 500 habitants. Comment Eddie Aït compte-t-il absorber les flux engendrés par ce développement ? Uniquement par le pont de Poissy ?...
Le CG 78 décide de passer outre
Lors de la présentation en séance, la majorité de M. Schmitz considère finalement que « les remarques du rapport ne sont pas de nature à justifier un avis défavorable ». Philippe Tautou a resservi la menace prophétique du déclin économique irrémédiable du territoire sans la route : « ce projet concerne la survie économique de ce territoire. Cet axe local est aujourd’hui indispensable au développement de l’emploi et de l’habitat ». Et pourtant : le premier élu local concerné par ce développement, le maire de Carrières-sous-Poissy, Eddie Aït, ne semble pas convaincu par cet argument en s’opposant toujours avec vigueur à ce projet de pont d’Achères (voir encadré).
La gauche s'abstient : une première
L’opposition départementale de gauche a toujours soutenu ce projet routier, en votant « pour » à toutes les délibérations concernant cette connexion.
Cette séance du 13 juillet a décidément été bien désagréable pour la majorité départementale puisqu’elle n’a plus été soutenue par le PS et le PCF. En effet, leurs élus se sont abstenus même s’ils ont rappelé leur attachement au développement économique de la plaine de Chanteloup.
Joël Tissier (EELV), le seul vote « contre » :
Le conseiller général a argumenté, en séance, sa position : « on ne peut accepter un tel projet routier en zones urbaines : j’ai pu constater, par de nombreux courriers reçus, la détresse des populations de l’île de la Dérivation ». Par ailleurs, M. Tissier a rappelé qu’il « faut rendre prioritaire les transports en commun car cette liaison routière ne résoudra pas les problèmes de circulation engendrés par les projets d’urbanisation de la boucle de Chanteloup. »
La séance a été marquée finalement par un seul vote « contre » du « vert solitaire », conseiller général du canton d’Andrésy, Joël Tissier.
Ce dernier a bien mis dans l’embarras les élus UMP en rappelant, outre l’opposition des maires de gauche touchés par le projet (Eddie Aït et Marie-Hélène Lopez-Jollivet, à Vernouillet), la nouvelle position de l’ancien conseiller UMP, et actuel maire d’Andrésy, Hugues Ribault. Ce dernier, après avoir voté toutes les délibérations en faveur du pont d’Achères, entre 2002 et 2009, a depuis changé d’opinion, devant les risques politiques d’un soutien à ce projet routier, longeant le sud de la ville. (voir encadré)
Le Conseil général des Yvelines veut donc poursuivre sa politique d’investissement routier. C’est un pari risqué après un tel avis défavorable lors de l’enquête publique. Le préfet des Yvelines suivra t-il la majorité UMP du département sur ce dossier ?
Les associations déçues :
Pour l’ADRESP et le COOPA (Collectifs d’Opposants au Pont d’Achères), il faut un « moratoire sur le pont tant que l’Etat n’aura pas annulé sa décision sur le tracé vert de la A104 au même endroit ». Les associations comptent « interpeller le préfet afin qu’il reporte la décision de déclaration publique ». Enfin, elles rappellent que « plus de 1 600 riverains et usagers des berges de Seine ont signé une pétition pour un moratoire du pont ». Des habitants majoritairement de Carrières et d’Andrésy.























