Le collectif : "Il faut revoir la copie"
Une réunion publique du collectif «Non à l’extension routière » dans la boucle de Chanteloup a eu lieu le 20 janvier 2012. Les enjeux environnementaux et sociétaux ont été évoqués. Un diagnostic sans concession, une boîte à outils pour contester la pertinence du projet et la volonté de faire reculer ce projet auto-routier digne des années 60 ont alimenté le débat. Pour le collectif, qui a réussi à prolonger l’enquête publique jusqu’au 15 février, les carottes ne sont pas cuites. (Voir aussi la vidéo)
Le collectif d'onze associations(1) a réuni environ soixante-dix personnes à Carrières-sous-Poissy pour débattre des enjeux environnementaux et sociétaux du projet proposé par le Conseil général des Yvelines (liaison de la RD 30-RD 190 avec le pont d'Achères). Trois exposés et un accueil politique de la part de l'un des ténors de la CA2RS, Eddie Aït, fournissaient un menu copieux pour les habitants à la recherche des éléments de compréhension pour se décider sur cette enquête publique actuellement en cours.
Passage en force de l'A104 bis
Justement, Eddie Aït, maire de Carrières-sous-Poiss, vice-président de l'interco CA2RS, conseiller régional, a accueilli à bras ouvert les participants avec une détermination sans faille pour s'opposer à ce pont d'Achères, qui est mal parti : "Le Pont d'Achères fait débat au sein de la CA2RS; les élus n'ont pas encore dégagé un consensus et la ville de Carrières-sous-Poissy n'exclut pas l'éventualité de déposer un recours à ce projet," si l'enquête publique encours donnait un avis favorable à l'issue de la consultation des habitants.
Bernard Destombes (association ADIV environnement) a cadré par la suite le débat de la soirée. L'explosion des projets de construction (merci à la Centralité.... et à l'Ecopole... ) sont à l'origine de la logique de cette autoroute qui ne dit pas son nom. Une infrastructure telle le Pont d'Achères est considéré comme nécessaire pour désenclaver la Boucle de la CA2RS. L'urbanisation galopante (la Centralité de Carrières) et la prévision du nombre d'emplois du projet Ecopôle constituaient l'argument central de ce besoin autoroutier. Ainsi que l'argument classique de la "valorisation du territoire" au détriment du cadre de vie actuel des concitoyens dans les Deux Rives.
Quant aux enjeux de société, l'exposé de B. Destombes a souligné les désillusions des habitants : multiplication prévisible des nuisances (triplement des nuisances sonores), grignotage progressif du paysage local (exemple de l'Ile de la Dérivation) fort d'un capital humain et naturel -qui semble être aux antipodes de la valorisation tant voulue par les élus en place-, et le passage en force d'une A104 bis sans études préalables et sans justification.
Pis, pour le collectif réuni le 20 janvier, les estimations du trafic publié dans le rapport du projet se sont avérées "fausses" ! Ainsi, on estime que les habitants des Deux Rives seront piégés par un trafic incommensurable et sans pouvoir anticiper les effets induits et indésirables pour ce type d'infrastructure. "On est à la dérive... à Villennes et à Médan en raison du Pont de Triel, qui était ouvert depuis 2003" s'est exclamée Gisèle Furling de l'ADRUP 154.
Le collectif conteste le projet
Dans le cas du Pont d'Achères et sa prolongation, les habitants seront piégés par un trafic mal mesuré et mal maîtrisé, une sorte d'aspirateur de pollution. C'est un comble pour les élus du coin qui ne jurent que par le développement durable et par le souci écologique !
Ce diagnostic, partagé par les 11 associations, était complété par l'exposé d'Antoine Millet, président du "NON au Pont d'Achères" : pour les riverains de l'Ile de la Dérivation et cette dernière association, le projet de pont et ses barreaux étaient conçus pour une autre échelle de circulation, nationale, a fortiori internationale. L'Ile de la Dérivation fait face à un défi : soit elle sera cassée par ce projet pharaonique, soit elle est défendue par tous car L'Ile de la Dérivation est une illustration d'un cadre de vie à reproduire dans toutes les communes de la boucle de la CA2RS. Le prototype existe. Et ce projet risque de détruire ce cadre de vie harmonieuse. En plus, l'écosystème des méandres de la Seine et ses oiseaux migratoires sont en danger par cette logique "du tout bagnole par le tout béton". Ces propos ont été corroborés par l'analyse de Gisèle Furling sur l'expérience du Pont de Triel (cf. supra). Selon Mme Furling, le Conseil général des Yvelines devrait "arrêter de saucissonner les projets autoroutiers". "Les habitants ne sont pas dupes !", a-t-elle martelé.
En somme, le collectif a contesté la pertinence de ce projet autoroutier en quatre points. D'abord, le périmètre n'est pas adapté. Pourquoi avoir exclu de la consultation les habitants des communes telle Andrésy, Villennes, Vernouillet.... ? Ensuite, l'impact du trafic et des flux des voies rapides voisines est erroné. Les chiffres sont à revoir. L'hypothèse du projet de l'A104 conduit à penser que les élus ont décidé un pis aller avec cette liaison bis. Enfin, la spirale infernale - plus on construit des infrastructures routières, plus on aura de bouchons...- sera le piège pour tous les habitants de la Boucle de la CA2RS.
Appel à la solidarité entre les habitants des Deux Rives
S'est ensuivi un débat sur deux points sensibles pour le collectif. Primo, comment construire un consensus entre les 11 associations qui légitimement représentent une parcelle du pouvoir démocratique directe ? Pendant l'enquête publique, cette question devrait être au coeur de la réflexion de tous les acteurs associatifs. Cela dit, parmi les trois choix (2), une tendance a semblé se dégager : un moratoire serait indispensable sur tout projet autoroutier tant que la décision POLITIQUE (Etat et collectivités territoriales...) sur l'A104 n'est pas prise.
Christiane Paravy, président du COPRA 184, pilier de la lutte contre l'A104, a conclu provisoirement le débat sur la position commune en appelant à la solidarité entre les associations et les habitants dans les Deux Rives.
Yannick Pichaud, l'architecte et animateur du collectif du 20 janvier a mis en avant une avancée du collectif : la prolongation de 15 jours (jusqu'au 15 février 2012) de l'enquête publique coordonnée par M. Clerc dans les communes concernées. De plus, le collectif a suggéré que les habitants peuvent :
- utiliser le savoir-faire du collectif par la boîte à outil mis à disposition sur les sites internet des associations participantes; il faudra utiliser ces arguments pour contrecarrer ceux du projet.
- faire remonter l'information susceptible d'aider ultérieurement le collectif pour conforter ses arguments ou découvrir d'autres lacunes du projet : "il faut être plus réactif que jamais".
- collaborer à la mise en place d'une équipe compétente pour préparer un éventuel recours; Michel Cullin, aguerri à des recours (relatifs à la RD154), a laissé entendre que des compétences juridiques sont déjà en train de se mettre en place.
La bataille de la Boucle
"Tous pour un et un pour tous" est devenu la devise de la CA2RS(3). De la même manière, les associations des Deux Rives ont compris la force de cette devise et l'utiliseront également parce que l'on ne doit "pas laisser le monopole de l'action locale à des élus qui ne tiennent pas compte, par la situation actuelle, des minorités agissantes et a fortiori des habitants que ne demandent qu'un répit dans un processus d'urbanisation galopante en oeuvre ici dans la Boucle". Ainsi, le collectif du 20 janvier 2012 a réussi son coup tout en démontrant l'aberration de ce projet "tout bagnole". Le collectif a également dénoncé les lacunes et les erreurs du rapport de l'enquête publique. Ainsi, le message a été clair : il faudra revoir la copie de ce projet "ni fait, ni à faire".
Les carottes ne sont pas cuites et il est temps d'entendre l'avis des habitants. Pour ce faire, les associations du collectif envisageraient plusieurs actions sur le terrain dans cette période électorale où les élus cherchent une légitimité démocratique... Avis aux candidats de juin 2012 !
Enfin, la bataille de la Boucle de Chanteloup ne fait que commencer. Après ce collectif du 20 janvier, combien de bataillons ?
(1) ADIV-Environnement, ADRUP 154, Andrésy Qualité Pour Tous, Berges en dérive, Comité de Sauvegarde de Chanteloup les Vignes, C.O.P.R.A de Carrières sous Poissy et d’Achères, Non au Pont d’Achères, Pissefontaine-Environnement, ADRESP et la APPCT.
(2) Moratoire de construction de ce type d'infrastructure routière avant la prise de décision par le gouvernement de l'A104; se battre contre le Pont d'Achères mais proposer une alternative, par exemple la voie sous-fluviale; pas d'autoroute en zone urbaine.
(3) Pierre Cardo l'a utilisé pendant les cérémonies de voeux et lors du lancement médiatisé de la CA2RS le 3 janvier 2012.



















