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Décharge à ciel ouvert

Encore une malédiction trielloise ?

Par : 
Rodrigo Acosta

Les élus de la majorité trielloise ont déclenché une véritable offensive contre la décision préfectorale du 16 novembre qui rouvrira  la décharge de la Plaine de Triel. D'abord, un voeu tardif  au Conseil municipal le 16 décembre et ensuite un appel à la population trielloise à s'indigner contre cet arrêt préfectoral. Pierre Cardo, le président de la CA2RS, a envoyé une lettre le 21 décembre au maire de Triel pour lui rappeler  les incohérences trielloises et lui demander d'assumer ses responsabilités sur ce site emblématique de la Plaine... Ambiance avant Noël !

Depuis un mois, les rapports se pourrissent entre les élus de Triel et la tête de l'exécutif de la CA2RS, communauté d'agglomération des Deux Rives de Seine. Une des élus de Triel, qui siège au conseil communautaire, avait déjà malmené un fonctionnaire de l'interco sur ce dossier hautement sensible de la réouverture de la décharge de la Plaine de Triel. En outre, Joël Mancel,  le maire de Triel, qui avait acquiescé à cette  réouverture en bureau du conseil communautaire, a été mis en minorité par le bureau de la majorité municipale à Triel. Dans cette ambiance de fin de règne, l'affaire EMTA, filiale de Véolia, qui exploite sous une concession le méthane au sous-sol de l'ancienne décharge de la Plaine met en exergue les difficultés de l'aménagement de la Plaine même si l'on est désormais en interco'.

Ne pas accepter l'inacceptable et interpellation du préfet

Le 11 octobre dernier, le Conseil Départemental de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Techniques (CODERST) a donné son accord à la modification de l’arrêté préfectoral relatif à l’exploitation de l’ancienne décharge à l’entrée sud de Triel-sur-Seine. Dans son arrêté en date du 16 novembre, le préfet Michel Jau autorise la société EMTA, filiale de Véolia, à remblayer pendant six ans, sur les 70 hectares concernés par l'ancienne décharge, soit "quatre millions de tonnes de nouveaux déchets sur une hauteur de quatre mètres."


De plus, selon la municipalité trielloise, "sur ce site, initialement envisagé pour permettre l’implantation de panneaux solaires, il s’avère qu’aucune certitude n’a été acquise par le conseil municipal sur la réalisation effective de ce projet." Par conséquent, le pigeon de la CA2RS se trouve être la ville de Triel-sur-Seine. Accepter l'inacceptable sous l'angle écologique, explique le site internet de Triel, revient à faire un retour en arrière de vingt ans et à laisser le flux de camions (entre 100 et 300 par jour) dans une zone déjà saturée. Selon la majorité trielloise, la ville a déjà donné pour l'ancienne décharge et estime que "cette fin de non-recevoir hypothèque sérieusement le projet de ferme solaire" mais c'est avec regret ! Deuxième malédiction trielloise. 


CHRONOLOGIE DE LA FRICHE

1991 -1992 : fermeture de la décharge à ciel ouvert de Triel-sur-Seine; EMTA devient le concessionnaire de la gestion de la décharge post exploitation (méthane et biomass)

1992-2009: le site de 70 hectares est devenu le lieu d'implantation récurrent de gens du voyage faute de réponse adaptée en matière d'aire d'accueil;

2009-2010 : le maire a projeté un golf académique, pas de suite... On a aussi lancé l'idée la ferme solaire (projet Alterrya) ; situation de blocage par le fait du gouvernement;

2010-2011 : EMTA préconise un remblai en moyenne de deux mètres d'épaisseur pour des besoins de l'entretien de l'ancienne décharge.

 

Le maire explique que sa majorité pense "avant tout à protéger la population des nuisances qui accompagneront immanquablement la réouverture de la décharge." Les élus de Triel ont donc émis un "voeu que soit officiellement abandonné" ce projet de réouverture de décharge. De plus, le maire de Triel interpelle le préfet afin qu’il annule l’arrêté en date du 16 novembre 2011 "et demande officiellement "au préfet de revenir en l’état antérieur de la réglementation sur le suivi post-exploitation du site par la société EMTA.

Méconnaissance du dossier

Pierre Cardo, président de la CA2RS, n'a pas tardé à réagir dans une lettre circonstanciée. Pour l'interco', la ville de Triel était toujours associée à toutes les démarches préalables à la préparation des projets successifs tendant à valoriser ces 70 hectares :'implantation de sorgho, ferme solaire qui finalement avait été coupée de 16 hectares (au nord de la zone) pour laisser de l'espace à un "golf académique" (1). En fin connaisseur de la contre-attaque, Pierre Cardo porte un double coup : le projet de golf, voulu par J. Mancel,  impliquait aussi "un apport important de remblais... et donc plusieurs millions de m3 de remblais".  Et l'estocade est fatale : pourquoi l'avoir présenté à la population de Triel lors de la cérémonie de voeux de 2009 ? Et cela sans une réaction épidermique de la part des élus de Triel ! Même les élus de la minorité "verte"en  ont pris pour leur grade.

Au lieu de s'opposer frontalement, Pierre Cardo invite le maire de Triel à négocier avec l'Etat et la société EMTA pour imposer "les conditions pour un maximum d'avantages et un minimum de nuisances" et notamment dans le cadre d'une commission de contrôle sur la nature des remblais à créer. Pour l'interco, le transport par voie d'eau doit être privilégié... (merci qui ?).

Enfin, la CA2RS s'étonne de la méconnaissance du dossier de la part des élus qui ont voté le voeu : c'est un arrêté "post exploitation" et cette décision s'impose de fait à l'agglomération et  à la ville de Triel. Et dans l'hypothèse où le préfet annule la réouverture, se posera alors le problème du financement de l'aménagement de l'entrée de ville. Et sans le financement du remblais, qui paiera la couche de terre végétale sur l'ensemble de la surface, qui, de toute façon, nécessitera elle-même un acheminement ? La troisième malédiction trielloise, l'absence de réflexion stratégique pour les années à venir... avec ou sans les élus d'aujourd'hui.

 

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Note

(1) Selon Pierre Cardo, la commune de Triel n'a jamais effectué les études préalables permettant de s'assurer de la faisabilité du projet de golf (compatibilité de la nature du projet avec l'obtention d'une DUP, et lancement d'une étude préalable lancée par la DRI2E, Direction régionale industrie, énergie et environnement.)