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Inter-Cardo

Les choix politiciens de Pierre Cardo

Par: 
Lionel Wastl

Les décisions relevant du découpage intercommunal ont entraîné une nouvelle configuration de la Communauté d’agglomération des Deux Rives de Seine (CA2RS). Celle-ci en ressort économiquement affaiblie.

Les réactions de Pierre Cardo, suite à ces décisions,  confirment les choix purement politiciens du président de la CA2RS, dont le principal objectif est bien de garder la main sur son fief, quoiqu’il en coûte sur l’avenir du territoire de la CA2RS.

« Ce n’est pas sérieux » : voilà la réaction du président de la CA2RS au souhait de Poissy de demander son rattachement à la CA2RS. Alors que Pierre Cardo ne veut ni de Conflans, ni de Poissy, il exige que Maurecourt change d’avis et rejoigne la CA2RS. Y a t-il une stratégie claire et cohérente à ses positionnements ? Oui : Pierre Cardo veut garder le pouvoir sur la communauté d’agglomération, quitte à obérer l’avenir du territoire, quitte à ne pas répondre aux souhaits de ses habitants qui désirent la constitution de vrais bassins de vie à l’occasion de la constitution des intercommunalités.

L'échec économique de la CA2RS

Comme nous l’avons démontré dans notre dossier spécial sur la CA2RS à l’occasion de l’arrivée de six nouvelles communes (voir Le Journal des Deux Rives n°99), les choix opérés par Pierre Cardo, avec l’accord des six maires de la CA2RS actuelle, ne sont pas pertinents, tant économiquement que socialement pour les habitants du territoire.

Pierre Cardo a créé, en 2006, une intercommunalité politique à sa taille, autour de son fief (Chanteloup et sa plaine). Depuis, seule Carrières a changé (modérément) de bord, tenu par un maire radical-gauche. Les résultats économiques de la CA2RS sont mauvais : l’organisation intercommunale a ajouté une couche au mille feuille administratif, avec hausse de la dette et hausse des charges de personnel. Alors que le regroupement devait apporter plus d’efficacité, les impôts locaux n’ont cessé d’augmenter dans toutes les villes de la CA2RS ! L’une des raisons à cet échec tient à ce que la CA2RS n’a pas atteint la taille critique qui lui permettrait de réaliser de vraies économies d’échelle.

A cela, la CA2RS ne correspond pas à un « périmètre cohérent et pertinent », condition indispensable à la constitution d’une intercommunalité : les six villes actuelles appartiennent à des bassins de vie différents, concrétisé par de forts effets centrifuges, à l’origine de flux de mobilité interurbains plus forts que les flux intra-urbains (à l’intérieur de la CA2RS). Les pôles d’emplois majeurs sont extérieurs au territoire : Poissy et Conflans à l’est, Les Mureaux à l’ouest. Les pôles d’éducation sont à Poissy ou Conflans. Et l’on pourrait multiplier les exemples : services sociaux, lieux de loisirs, lieux de chalandises… Les Vernoliens, Andrésiens ou Carriérois n’ont pas du tout les mêmes bassins de vie. (Voir Le Journal des Deux Rives, n°99)

 

Les décisions de Cardo contraires aux voeux du préfet

Dès 2007, l’Etat, très conscient du problème, souhaitait intégrer la CA2RS dans un territoire plus large et plus cohérent. A l’occasion de l’actuelle refonte intercommunale et l’obligation d’intégrer une structure pour toutes les communes, le préfet et ses services désiraient une intercommunalité élargie à Conflans, Poissy, Achères, et, à l’ouest, Les Mureaux. Cette puissante CA2RS devait ainsi embrasser le territoire oriental de la Seine-Aval et par conséquent « s’inscrire dans les perspectives de développement pris en compte dans l’opération d’intérêt national Seine Aval » (citation du préfet tiré du « Schéma départemental d’orientation sur la coopération intercommunale », 2007).

 

On connaît la suite (voir Le Journal des Deux Rives 99) : les préfets ont reçu comme consigne de ne froisser aucun élu local, à deux mois des Sénatoriales. Les intérêts politiques locaux ont conduit à des rapprochements intercommunaux incohérents ou des coupures inacceptables. Les choix de Pierre Cardo, approuvés par les six maires de la CA2RS, ne font, hélas, pas exception. La CA2RS récupère 6 nouvelles communes… mais pas toujours celles attendues : à côté de Vernouillet et d’Orgeval, on retrouvera Morainvilliers, Les Alluets, Médan et Villennes.

Pierre Cardo est satisfait : la CA2RS restera son fief politique. Ce ne sont pas les deux villes de gauche (Carrières et Vernouillet, qui rentre à reculons dans la CA2RS) qui déséquilibreront les forces politiques en présence. L’ancien député a toujours aimé se présenter comme un élu responsable, au-dessus des querelles partisanes, dont l’unique objectif serait un développement économique optimal de « sa » boucle. Mais comment réaliser cet objectif en se coupant des pôles économiques majeurs du territoire de la Seine-Aval ?

Cardo refuse Poissy mais veut Maurecourt…

Ce qui se trame en sous-main entre Pierre Cardo, la CA2RS et Maurecourt est une seconde illustration des agitations purement politiciennes autour de ce redécoupage intercommunal. La ville qui abrite le nouveau conseiller général des Yvelines, Joël Tissier, a décidé de rejoindre la communauté d’agglomération de Cergy Pontoise. Vainqueur surprise du sortant UMP Hugues Ribault – pourtant  successeur de Pierre Cardo sur le canton -, Joël Tissier et EELV sont devenus les ennemis politiques numéro 1. Les élus UMP de la CA2RS ont profité de ce choix a priori surprenant de Maurecourt pour taper sur Tissier. C’est de bonne guerre.

Mais la CA2RS ne compte pas en rester là : Andrésy puis Triel ont émis un avis défavorable sur le rattachement de Maurecourt à Cergy. Pierre Cardo est probablement derrière tout cela. L’objectif est d’obtenir un vote défavorable de la commission départementale de coopération intercommunale (CDCI) sur le choix de Maurecourt, afin de gêner le conseiller général EELV. S’enclencherait alors une procédure longue et complexe. Mais ce n’est pas pour autant que Maurecourt sera rattachée, in fine, à la CA2RS…

Poissy avec la CA2RS : pas sérieux ?

Les dernières déclarations du président de la CA2RS (Le Courrier des Yvelines, 6 juillet 2011) confirment cette analyse : Pierre Cardo refuse tout rapprochement avec Poissy. Le maire, Frédérik Bernard (PS), vient, en effet, d’émettre le souhait d’intégrer la CA2RS. Réponse de Cardo : « nous n’avons jamais parlé d’intercommunalité avec Poissy, ce n’est pas très sérieux ».

On se demande qui est sérieux : M. Cardo sait très bien que, lors de la création de la CA2RS, nos élus avaient bien émis le souhait de convier Poissy (alors fief UMP). M. Cardo connaît aussi très bien les conclusions du rapport du préfet (2007) qui demandait le rattachement de Poissy à la CA2RS.

Poissy avec la CA2RS : pas de l'aménagement de territoire ?

On ne peut que sursauter en lisant la suite des propos tenus par Pierre Cardo : la décision de Poissy serait de « la politique politicienne, pas vraiment de la stratégie et de l’aménagement du territoire ». Glissons rapidement sur « la politique politicienne » car notre ancien maire de Chanteloup, dans cette affaire, est le plus politicien de tous. Inutile de rappeler que toute adhésion de communes importantes comme Poissy ou Conflans (qui a aussi émis le vœux de rejoindre la CA2RS) pourrait faire basculer la CA2RS à gauche. Pierre Cardo qui a déjà lâché la mairie de Chanteloup puis son poste de député, veut garder ce qui lui reste : la présidence de la CA2RS.

Arrêtons-nous par contre sur l’incohérence supposée par M. Cardo en terme d’aménagement du territoire du rattachement de Poissy à notre interco. Pierre Cardo, en homme intelligent, ne peut croire en ce qu’il dit ! Toutes les études sérieuses démontrent absolument le contraire.

La CA2RS fait partie des zones d'emplois de Poissy et des Mureaux

Premièrement, en matière d’incohérence, notre CA2RS se pose en championne, écartelée entre les pôles économiques majeurs des Mureaux et de Poissy. Le ministère du travail, en collaboration avec l’INSEE et la chambre de commerce d’Ile-de-France (CCRI), distingue en effet 26 zones d’emplois dans notre région. Parmi elle, la zone de Poissy regroupe… toutes les communes de la CA2RS à l’exception de Verneuil & Chapet, rattachées à la zone d’emploi des Mureaux. Plus amusant, le ministère, l’INSEE et la CCRI rattachent Maurecourt à… Cergy, justifiant implicitement le choix de la ville de rejoindre le Val d’Oise - n’en déplaise à Pierre Cardo !

Les études de l’INSEE (1) rappellent que le pôle de Poissy est constitué de plus de 34 000 emplois. La présence du constructeur PSA Peugeot Citroën est renforcée depuis 2003 par l’implantation de son pôle d’activités tertiaires dans cette commune, employant plus de 3 000 personnes. PSA concentre 48 % des salariés pisciacais. Les liens avec Achères et Conflans sont forts. L’INSEE rappelle que cette dernière est « la deuxième commune où travaillent les salariés des établissements réalisant des commandes pour Renault et PSA Peugeot Citroën (18 % des emplois hors intérim). Conflans accueille également un des quatre sous-traitants employant plus de 250 salariés. »

Pierre Cardo est bien placé pour connaître Chanteloup. Au moment où l’ancien maire refuse tout lien avec Poissy, il faut rappeler que près de 1 000 Chantelouvais ont, selon l’INSEE, un emploi lié à PSA Poissy (emplois directs, indirects ou induits). De même, plus de 600 salariés triellois sont liés au groupe PSA.

Et que dire de Carrières dont le centre de recherche et développement de PSA regroupe 675 salariés ! La ville d’Eddie Aït a plus de 1500 habitants qui travaillent, directement ou indirectement, pour PSA Poissy.

Conséquence, la zone économique de Poissy est finalement l'une de celles qui comptent le plus de déplacements, à la fois d'entrants et de sortants. D’où l’enjeu des projets routiers actuels (pont d’Achères et A104).

Les choix de Cardo : l'intérêt particulier au détriment de l'intérêt général

En définitive, au regard des liens économiques très forts et des flux de mobilité importants, peut-on considérer comme « non sérieux et politicien » le rapprochement de la CA2RS avec Poissy ? Au moment où nos élus soutiennent à fond les projets de développement financés au sein de l’opération d’intérêt national (OIN) « Seine-Aval », peut-on refuser un rapprochement avec les grands pôles économiques du territoire que sont Poissy, Conflans, Achères et Les Mureaux, dont deux grands sites de production (Renault Flins et PSA Poissy) accueillent à eux seuls 17 % des emplois du territoire de l’OIN « Seine-Aval » ?

Dans cette affaire, Pierre Cardo confond son intérêt particulier avec l’intérêt général. L’actuel projet de développement économique de la CA2RS peut ne pas avoir l’assise financière suffisante pour concurrencer la puissance économique des voisins. Surtout quand les dotations de l'Etat se tariront après la Présidentielle 2012, au regard des déficits publics abyssaux.

Il est vraiment temps que les habitants du territoire, épaulés par les associations qui tirent la sonnette d’alarme depuis longtemps sur les choix faits au niveau de l’intercommunalité par nos élus en toute opacité, rappellent leur désir d’être rattachés à leur bassin de vie, sans être le jouet de découpage/recoupement intercommunaux purement politiciens.

 


(1) - « Déplacements domicile-travail dans les Yvelines.Les pôles de Versailles/Vélizy/Saint-Quentin-en-Yvelines et de Seine-Aval concentrent l’essentiel des échanges », C. Rannou-Heim, Insee Ile-de-France, Sophie Gonnard, Conseil général des Yvelines, 2008.

- « Seine-Aval : un emploi sur six lié à l'activité des usines Renault-Flins et PSA Peugeot Citroën-Poissy », F. Grésèque, V. Pic, J. Roy, Insee, 2008.

 

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